Iconique. Si je devais qualifier ce nouveau film de Spielberg par un adjectif, ce serait par celui-là : en effet, il suffit d'un plan de quelques secondes pour emporter l'adhésion totale du spectateur, celui où on découvre les fameux dinosaures avec nos yeux aussi médusés que que ceux des paléontologues Alan Grant et Ellie Sattler ainsi que des deux accompagnants.
Déjà on se dit qu'on va avoir affaire à du grand spectacle, prenant et ébouriffant. Mais qu'est-ce que Spielberg nous a encore concocté ? Décidément, Spielberg aura marqué le monde du cinéma de son empreinte de la même façon que le T-Rex aura laissé la sienne dans les terres boueuses créées par la tempête tropicale.
Partant d'une idée pas si loufoque que ça, pour en avoir alors entendu parler, l'écrivain Michael Crichton a entrepris d'écrire ce qui deviendra un best-seller. Il n'en fallait pas plus pour que les studios Universal mettent la main à la poche (une grande poche) pour obtenir les droits. Mais c'est bel et bien l'écrivain qui s'occupera de l'adaptation, comme pour veiller sur son bébé jusqu'au dernier moment, de la même façon que John Hammond le fait sur chaque nouvelle naissance.
Pour autant, le spectateur n'est pas jeté en pâture tout de suite au milieu de dinosaures. Certes le film commence assez fort, par une scène longue qui pose des questions de sécurité (un des fils rouges du film), et qui va amener tout le reste du film, en passant par l'enrôlement des deux paléontologues directement sur leur lieu de travail. Mais comme à son habitude, Spielberg prend son temps et joue à loisir avec l'impatience du spectateur : une scène d'ouverture où le dinosaure n'est mais montré mais seulement suggéré, une seconde explicative entre Grant et un enfant, puis l'immersion dans le parc à dinosaures où, après avoir vu les brachiosaures, on se demande, à l'instar de Ian Malcolm, s'il y a des dinosaures dans le parc à dinosaures. Un peu comme dans les zoos, où on ne voit pas forcément les animaux en question.
Le film pose évidemment des questions d'éthique, savamment intégrées dans le film : la nature crée les dinosaures, la nature tue les dinosaures. La nature crée l'homme, l'homme crée les dinosaures. Deux espèces espacées de 65 millions d'années se retrouvent face à face. Que pourrait-il bien se passer quand l'homme joue aux apprentis sorciers alors qu'il est impossible d'effacer 65 millions d'années d'instinct, et que la vie finit toujours par trouver un chemin ?
La réponse est dans le film, absolument ébouriffante, avec des scènes cultes et à l'immersion incroyable. J'en viens à cette l'attaque du T-Rex, scène au bout de laquelle je me suis rendu compte que j'avais les doigts incrustés dans les accoudoirs de cette petite salle de cinéma au son incroyable. Une scène qui ne laisse aucun répit au spectateur, véritablement en apnée durant l'intégralité de la scène, en aménageant une bonne dose d'ambiance anxiogène même quand il ne se passe rien avec ce bruit de pas lourd qui fait trembler le verre d'eau. J'en viens aussi avec la chasse menée par les tricératops, notamment dans la cuisine avec les effets de miroir savamment intégrés. Et puis il y a ce plan final de grand spectacle (un peu cliché, je dois dire), où le T-Rex s'impose comme étant le nouveau maître du monde.
Un film bien conçu, sur une musique encore une fois inoubliable de John Williams, et où la cupidité de l'homme est une nouvelle fois montrée du doigt. Finalement, la mouture ressemble un peu à celle de "Les dents de la mer", où déjà l'argent prenait le pas sur la raison.
Un nouveau film marquant du maître Stevent Spielberg.