Thriller psychologique et horrifique coécrit et réalisé par Stanley Kubrick, Shining est un très bon film. L'histoire nous fait suivre Jack Torrance, un écrivain alcoolique en panne d'inspiration, qui est engagé pendant tout l'hiver comme gardien d'un hôtel isolé du Colorado, où il espère enfin surmonter son manque d'inspiration littéraire. C'est ainsi qu'il s'y installe avec son épouse Wendy et leur jeune fils Danny, lequel possède un don surnaturel de voyance. Mais, alors que les semaines passent, chaque membre de la famille voit son comportement changer. Wendy est terrifiée face à la détérioration mentale de son mari, alors que Danny est de plus en plus hanté par des visions horribles de meurtres qui se sont déroulés à l'hôtel il y a de cela des décennies. Tout bascule lorsque Jack se retourne contre les siens. Ce scénario, adapté du roman de l'auteur Stephen King, s'avère prenant à visionner tout du long de sa durée de près de deux heures et demie dans sa version américaine. L'intrigue prend le temps de se mettre en place et prend le temps tout court tout du long avec son rythme lent qui fait monter la tension au fil des minutes qui s'égrainent. Et cette montée en angoisse est liée à la chute dans la folie meurtrière du père de famille qui perd pied dans cet environnement. Hélas, on ne voit pas assez la descente mentale se faire au fil des semaines, voir des mois. Le basculement est plutôt brutal et manque donc d'évolution psychologique. Pour autant, le vrillage va donner lieu à des scènes hautement menaçantes, au cours desquelles on a peur pour la survie des deux victimes. Malgré cette inquiétude, l'atmosphère n'est pas effrayante pour autant car il manque de danger immédiat et de blessures. L'ensemble est porté par des personnages perturbés très bien interprétés par une distribution comprenant un Jack Nicholson semblant possédé par le malin, une Shelley Duvall dépassée par la terreur et un juvénile Danny Lloyd flippant. À cette distribution s'ajoute Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone ou encore Joe Turkel. Les trois membres de la famille entretiennent des rapports compliqués procurant beaucoup d'angoisse et d'incertitude. Des échanges soutenus par des dialogues qui le sont tout autant. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain est extrêmement qualitative. Sa mise en scène est impeccable avec une caméra toujours bien placée afin de nous immerger au cœur de la tragédie. De plus, elle évolue au sein d'un bâtiment ayant une identité marquante, jouant un rôle central puisque c'est lui qui altère les comportements. Ses pièces immenses, sa hauteur sous plafond vertigineuse et sa décoration, ainsi que leurs couleurs offrent quelques plans imprimant la rétine, notamment à la faveur d'une photographie soignée. Cet hôtel en plus isolé au sommet d'une montagne enneigée nous fait ressentir la froideur du lieu et son labyrinthe extérieur donne une sensation d'emprisonnement. Ce visuel glacial est accompagné par une bande originale aux compositions stridentes, parfois presque insupportables, tant elles sont terrifiantes et cherchent à mettre mal à l'aise. Elles renforcent grandement l'atmosphère et ont un immense impact sur les images. Cet éclatement familial s'achève sur une fin satisfaisante, mais qui aurait pu être meilleure, venant ainsi mettre un terme à Shining qui, en conclusion, est un long-métrage méritant assurément d'être visionné.