Ce film est basé sur le roman éponyme de Stephen King (1977).
Shining a une telle renommée (c'est un classique du cinéma, c'est culte), une telle aura (c'est du Kubrick, et il y a Nicholson), qu'il en est difficile d'en avoir un regard objectif.
On a envie de comprendre ce film, de l'aimer, de l'analyser, de percevoir tous les détails de la narration et toute la technicité déployée par le réalisateur.
Vu une première fois assez jeune, le film fait son effet : un grand hôtel glauque hanté, vidé de ses occupants, isolé au milieu des montagnes du Colorado, coupé du monde à cause d'une tempête de neige, puis la folie meurtrière qui s'invite. Je reconnais que c'était assez flippant et marquant.
Un second visionnage, quelques années après, où j'essaye de mieux comprendre les tenants et les aboutissants, et où je finis par me dire que l'histoire est complexe et le film cérébral... et que si je n'ai pas tout assimilé, c'est parce que je n'ai pas encore accédé au génie de Kubrick.
Et enfin, un visionnage plus récent, où je comprends que ce n'était pas un manque d'analyse de ma part pour comprendre, mais tout simplement Kubrick qui aime particulièrement laisser planer le mystère, la confusion (la femme dans la baignoire, où bien notamment la photo du bal de 1921 à la fin), et la libre interprétation de son œuvre par les spectateurs. Un peu comme une peinture où chacun y voit des choses et en ressent des émotions différentes. Pourquoi pas.
Stephen King a detesté le film car il n'est pas assez représentatif de son roman : la folie de Jack n'est pas amenée progressivement, le personnage de sa femme Wendy (Shelley Duvall) est niais, et la fin du film est très ambiguë.
King aurait dit: "C'est comme une belle voiture sans moteur".
Et je suis assez d'accord avec ça. Le film est esthétiquement réussi (les décors, les plans), cauchemardesque et psychédélique (les pièces aux couleurs vives, les jeux de miroirs, les couloirs interminables, le labyrinthe à l'extérieur,...), mais le fond est confus et la psychologie des personnages est superficielle.
Je rajouterais aussi qu'il y a une frontière également floue entre musiques à suspense et sons effrayants. Ce mélange bruits et musiques créent l'angoisse, et Kubrick les utilise à tout va. Parfois c'est génial, parfois un peu lourd.
En résumé, il est difficile de noter ce film, car tout dépend aussi de l'état d'esprit dans lequel on se trouve quand on le regarde: soit on ne se prend pas la tête, on accepte l'ambiance un peu psychédélique et hors du temps, les magnifiques plans de Kubrick et le côté légèrement flippant. Ou alors, on veut tout comprendre, donner du sens à chaque scène, et finalement c'est un peu le désenchantement quand on sait que le réalisateur nous laisse dans une interprétation incertaine.