La Bataille d'Alger
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jroux86
jroux86

17 abonnés 47 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 juin 2024
Il aura fallu attendre 1966 et un cinéaste italien, Gillo Pontecorvo, pour que le cinéma livre son œuvre la plus puissante sur la guerre d’Algérie, mélange de lyrisme révolutionnaire et de rigueur historique qui continue de servir aujourd’hui le nécessaire travail mémoriel. Et d’entrée de film, le décor est planté : celui-ci s’ouvre sur un détenu du FLN encore tremblant, "réconforté" par des militaires français alors que s’achève une séance de torture que l’on devine éprouvante. Rapidement, celui-ci est sommé de dévoiler l’endroit où se cache Ali la Pointe, dernier chef du FLN à échapper à l’armée française alors que la bataille d’Alger touche à sa fin. S’ensuit une séquence qui s’avère être le dénouement du film : les soldats français débarquent en nombre dans les rues de la casbah afin de débusquer le rebelle. Gros plans sur les visages d’hommes et de femmes traqués.

Puis c’est un retour en arrière : nous sommes en 1954, année qui marque le début d’une guerre qui ne dit pas encore son nom. En voix off, la lecture du tout premier communiqué du FLN sur des images de la casbah. Tout à coup, une course-poursuite entre un policier et un musulman (il s’agit d’Ali la Pointe jeune, pas encore un combattant) qui va se terminer en bagarre avec des européens d’Algérie. Le cadrage précis sur les visages et le montage dynamique installent d’emblée le parti pris anticolonial et illustre parfaitement la violence qui couve entre les communautés. Mais Pontecorvo ne s’arrête pas là. En filmant en très gros plan le visage d’Ali, tel un Christ au regard empli de colère que n’aurait pas renié Pasolini, en évoquant les détails de son passé par la voix off d’un policier (analphabétisme, maison de redressement, prison…), il montre aussi les effets de la violence du système colonial. Il faut ajouter à cela la superbe musique d’Ennio Morricone, apportant de l’ampleur à cette introduction à la signification limpide. Le contexte est planté, on sait maintenant quel camp a choisi Pontecorvo, le film peut commencer. Remarquable.

Malgré ce parti pris, l’image donnée de l’armée française n’est jamais caricaturale. Le personnage du colonel Mathieu, inspiré probablement de Marcel Bigeard, en est la parfaite illustration. A son apparition au mitan du film, alors que la foule pied-noire l’acclame, celui-ci est présenté comme un héros militaire tandis que son passé de résistant est rappelé par la voix off. C’est un meneur d’homme intelligent et fin tacticien. Il semble pourtant davantage agir en administrateur qu’en chef de guerre revanchard (rappelons que la France a perdu l’Indochine peu de temps auparavant). Quand il met la main sur le chef du réseau (joué par Yacef Saadi, ancien combattant du FLN et auteur du livre dont est inspiré le film), il éprouve davantage la satisfaction du travail bien fait que le plaisir du chasseur ayant capturé sa proie. Le personnage reste finalement assez opaque derrière ses lunettes de soleil. C’est bien lui qui ordonne l’usage de la torture (l’unique moyen selon lui de démanteler le réseau du FLN) et qui trouve comment se jouer des codes de la guerre pour la légitimer (la grève des travailleurs algériens). Mais il se montre aussi empathique à l’égard de l’ennemi et ne cache pas son admiration pour les chefs du FLN.

Pontecorvo évite donc le piège de la caricature en faisant de celui-ci un personnage très romanesque, ce qui renforce considérablement le propos anticolonialiste du film. Cela fait par exemple reposer la question de la torture moins sur la décision d’un seul que sur le système colonial dans son entier, comme la conséquence tragique et inéluctable dans un tel contexte de révolte. Le colonel Mathieu le rappelle lui-même lors d’une conférence de presse où il renvoie dos à dos journalistes et commentateurs en énonçant la question centrale : "La France doit-elle rester en Algérie ? Si vous répondez encore oui, vous devez en accepter toutes les conséquences nécessaires". D’un point de vue scénaristique, en plus de l’extrême rigueur historique, on est là dans un travail d’écriture remarquablement subtil et précis. Si on ajoute à cela une mise en scène "sur le vif" caméra à l’épaule, d’inspiration néoréaliste, qui fait s’emboîter intelligemment les différents points de vue, on a un film qui, porté par le sens de l’histoire, atteint une intensité dramatique rare, comme dans ces scènes de révolte vibrantes qui auront lieu deux ans plus tard, à la surprise générale, et lors desquelles le drapeau vert et blanc se répandra irrésistiblement dans les rues d’Alger. Alors que la bataille d’Alger a été remportée (du moins militairement) par les français, le peuple musulman crie alors sa liberté sous les balles, bien certain de la marche de son destin.
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 octobre 2020
Lion d’or à la Mostra de Venise en 1966, La bataille d’Alger est un film historique bouleversant autant qu’un film qui a lui-même fait l’histoire. Tournée quelques années seulement après l’indépendance de l’Algérie, au cœur de la Casbah d’Alger, cette œuvre-culte reconstitue avec une certaine fidélité la bataille d’Alger, comme son titre l’indique, qui eut lieu en 1957 et opposa le FLN à l’armée française, chargée de « pacifier » la zone. Le long-métrage raconte avec finesse et intelligence la stratégie des deux camps pour parvenir à ses fins, montrant sans détour l’usage de la violence chez les uns et chez les autres – et l’utilisation de la torture du côté français. L’œuvre pose en cela la question de la légitimité de l’usage de la violence pour se libérer d’une forme d’oppression, et selon le camp pour lequel on combat – certaines séquences de militants ouvrant le feu sur des terrasses de bars et de cafés sont troublantes à voir dans le contexte actuel, et prennent littéralement aux tripes. Bénéficiant d’une mise en scène magistrale, ce film qui ambitionne de raconter la naissance d’une nation fut censuré pendant longtemps en France car prenant clairement le parti du FLN. Et pourtant, il parvient à trouver un équilibre constant dans les raisons qui poussent l’une et l’autre des deux parties à agir selon son but – personne n’est dépeint comme totalement bon ou totalement abject. Un chef-d’œuvre.
Nicolas L.
Nicolas L.

117 abonnés 2 060 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 5 mai 2020
Film sur les prémices de la guerre d'Algérie qui a été interdit en France pendant 40 ans ! On comprend d'ailleurs en le visionnant que ce film a du déranger la France gaulliste et anti-FLN tant il dépeint un portrait néfaste de l'armée française sur ses missions militaires en Algérie. Ce qui choc aussi dans ce film c'est cette distance avec les événements. C' est une fiction au bord du documentaire. Cet effet de style volontaire apporte au film une vérité toute particulière au propos. Il n'en demeure pas moins que le film comporte nombreuses scènes intenses et une action super maîtrisée. Très bon film et film utile pour l' histoire.
Charlotte28
Charlotte28

203 abonnés 2 836 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 10 septembre 2019
Une reconstitution minutieuse des événements qui conduisirent à l'indépendance de l'Algérie grâce à une alternance de points de vue et de choix narratifs. Le parti-pris de ne pas sous-titrer les dialogues arabes m'a d'abord interloquée mais j'ai compris la volonté du réalisateur de nous montrer véritablement les deux camps ainsi que leurs divers moyens de lutte, sans didactisme ni moralisme, permettant au spectateur de se questionner et d'analyser à son gré. Néanmoins l'incompréhension d'une partie des dialogues - même si on en saisit l'intention - ainsi que l'aspect documentaire ne permettent pas un intérêt autre qu'intellectuel. Reste un témoignage historique passionnant.
que du cinéma
que du cinéma

5 abonnés 78 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 avril 2019
Film de guerre qui retrace avec brio les attentats d'Alger. Film avec une ambiance noir, et de très bon protagoniste.
Nicolas S
Nicolas S

54 abonnés 667 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 avril 2019
Un document brut, au plus près du réel, mais néanmoins une vraie oeuvre de cinéma, parfaitement stylisée et mise en scène pour un tension constante. Pontecorvo ne tait rien des exactions de l'armée française en Algérie, mais ne tombe pas non plus dans le piège de la célébration béate du FLN, car le terrorisme auquel celui-ci a eu recours est aussi montré dans toute sa cruauté. Un témoignage précieux sur la période coloniale.
mx13
mx13

284 abonnés 1 963 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 avril 2019
La bataille d’Alger est un vieux film en noir et blanc très réaliste et intéressant sur les conflits entre les FLN et l’armee française à la Casbah. A voir pour s’instruire dans le domaine historique. Je le déconseille aux moins de 10 ans. 3/5
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 30 décembre 2018
Ce film, comme le sujet qu'il traite, a marqué son époque. Impossible à tourner pour des Français dans les années 60, le film, plusieurs fois récompensés, est d'autant plus crédible que des acteurs de la révolution algérienne y ont contribué. Alors qu'il a longtemps été censuré en France, ce manifeste de l'anticolonialisme a connu une destinée sordide en servant de support à la formation des cadres contre la "guerre subversive" dans les écoles de police américaine, avec la participation d'officiers français qui avaient "servi" durant la Guerre d'Algérie. Les policiers ainsi formés ont pu a leur tour torturer les opposants politiques en Haïti et en l'Amérique latine et plus récemment en Irak.
Cyril J.
Cyril J.

33 abonnés 625 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 janvier 2018
Une des docu-fictions les plus réalistes et réussies que j’ai pu voir à ce jour sur les « événements » d’Algérie, restreints ici au cadre d’Alger entre 1954 et 57. A coups de sérieuses documentations, sociales, historiques, politiques, militaires, factuelles, et de mise en scène réalistes témoignant des états d’esprit des Algériens, du FLN, des Pieds-Noirs, des militaires en charge sur place, de la France et de l’ONU de l’époque, cette fresque historique franco-italienne de 1966 relate méthodiquement l’escalade indépendantiste. Chacun s’en prenant plein les gencives comme il le mérite durant les étapes allant des premiers attentats à la guérilla urbaine généralisée, en passant par les ruses sanglantes, les violences fourbes et assassines, les insoutenables pressions et les tortures barbares, nous étalant la désespérante chronologie de l’horreur qui s’obstinera tant que durera l’occupation coloniale.
Clairement du point de vue des indépendantistes, mais tout en sachant rendre habilement tant les lettres de noblesses, les respectives motivations que les cruautés, lâchetés et barbaries de chaque camp, ce film nous fait réaliser dans une accessible ambiance quotidienne l’implantation Française en Algérie depuis 130 ans, l’organisation progressive et conséquente du FLN, les épurations inter-algériennes, les premiers attentats à la bombe, les tueries arbitraires de Français dans les rues, les édifiants (volontaires ?) retards, aveuglements et réponses surréalistes d’inefficacité du gouvernement Français, la naissance de l’OAS, le développement des guérillas et de l’inextinguible nationalisme indigène triomphant. Aucune guerre n’est tendre, mais un réalisateur qui l’a vécue nous rapporte ici, sans angélisme ni aucun héroïsme théâtral engagé et périmé, tous les ingrédients d’une guerre sale.
this is my movies

823 abonnés 3 087 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 9 octobre 2017
Il s'agit sans doute d'un des meilleurs films sur la guerre d'Algérie et du meilleur film sur la guérilla urbaine, qui est encore tristement d'actualité. Mise en scène type documentaire, acteurs amateurs, scénario hyper bien documenté et attaché aux faits, "La bataille d'Alger" n'en reste pas moins un vrai film, avec un vrai point de vue et un vrais sens de la scénographie. Surtout, le film ne choisit pas son camp, exposant les conséquences des attentats avec le même soin (les attentats des algériens sont aussi destructeurs et violents que ceux des français) car c'est un film humaniste et non bêtement partisan. C'est aussi un film vibrant, puissant, loin d'être anodin ou condescendant, c'est un film de guerre puissant, viscéral et nécessaire. D'autres critiques sur thisismymovies.over-blog.com
jean-paul K.
jean-paul K.

17 abonnés 323 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 13 septembre 2017
Excellent film, qui pose bien certaines problématiques, notamment le rôle des politiques en fait déterminant et l'engrenage de la violence. Le film n'est pas du tout manichéen et ne recule devant aucune vérité, notamment la torture évoquée à plusieurs reprises, ni condamnée, ni approuvée. L'image est magnifique et bien souvent saisissante. Le colonel est plein de bon sens et essaie malgré tout d'être juste dans certaines circonstances et le dirigeant du FLN, lui paraît réfléchi et non pas comme un être aveuglé par la vengeance. Du grand cinéma, qui se veut, je le pense assez objectif sur un sujet aussi délicat.
paul
paul

24 abonnés 56 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 octobre 2021
Montrant l'action des paras français dans la zone autonome d'Alger, ce film s'avère rapidement être éblouissant en tous points : esthétiquement sobre, musicalement pertinent (on est bien loin des sonorités épiques hollywoodiennes !), il révèle aussi de talentueux acteurs, malheureusement trop peu connus par la suite (et c'est bien dommage !). L'inutile, les émotions, le superflu sont mis de coté, Gillo Pontecorvo oeuvre à ne montre que ce qui pourra éclairer le spectateur.

Grâce à ce travail de neutralité et de reconstitution, La Bataille d'Alger est, plus qu'un film : un véritable témoignage historique vivant, d'une guerre qui n'a jamais dit son nom. Les attentats, la torture, l'inaction de l'ONU, tout est fidèlement montré. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que ce film a régulièrement été projeté dans des écoles militaires, ou qu'il a été censuré, en France, jusqu'en 2004, ne n'oublions pas !

Film de 1966 à voir absolument (en VO !), il peut aussi aider à comprendre l'après indépendance, à montrer pourquoi les plaies sont encore aujourd'hui ouvertes, pourquoi différentes mémoires de la guerre sont aussi difficiles à concilier.
QuelquesFilms.fr

354 abonnés 1 759 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 septembre 2025
C’est seulement trois ans après l’indépendance de l’Algérie que l’Italien Gillo Pontecorvo (ancien journaliste devenu réalisateur, politiquement engagé à gauche) a lancé ce projet de reconstitution historique de la bataille d’Alger et plus largement de la période 1954-1962. Projet ambitieux sur un sujet encore brûlant. Le film a été coproduit par une structure italienne (Igor Films) et par les nouvelles autorités algériennes, représentées par Casbah Films. Cette dernière société de production était dirigée par Yacef Saadi, ancien chef politique du FLN à Alger, qui a également interprété son propre rôle à l’écran.
D’emblée, on peut imaginer deux écueils : le manque de recul historique et l’absence d’objectivité, avec une orientation pro-algérienne. Mais le résultat surprend. Le scénario de Gillo Pontecorvo et de Franco Solinas témoigne d’un souci d’exactitude historique et d’équilibre entre les positions défendues par l’un et l’autre camp. Certes, le point de vue initial est celui d’Ali la Pointe et le récit intègre une part fictionnelle, mais le traitement de cette période trouble et sanglante apparaît rigoureux et sans excès d’interprétation. Les dates, les faits, les aspirations et les argumentations contraires sont précisément exposés. Il en va ainsi du terrorisme algérien pour pousser les Français vers la sortie et obtenir l’indépendance. Il en va ainsi du recours de l’armée française à la violence et notamment à la torture pour démanteler et décapiter le réseau du FLN, restaurer la paix sociale et maintenir l’Algérie française. Les horreurs des attentats et les victimes innocentes sont autant mises en avant que la barbarie des actes de torture et de certaines représailles françaises. Pas d’idéalisation d’un côté, pas de diabolisation de l’autre, pas de surdramatisation. Le réalisateur a réussi l’exercice délicat de décortiquer l’engrenage de la violence, en gardant ses distances.
Un Lion d’or obtenu à Venise, un Grand Prix de la critique internationale et trois nominations aux Oscars n’ont cependant pas empêché de vives polémiques, surtout en France, bien entendu. Le film n’est sorti dans l’Hexagone qu’en 1971, mais a très vite été retiré de l’affiche. La droite, plus précisément l’extrême-droite, a vu dans cette Bataille d’Alger un parti pris pour le FLN et une image fausse du comportement militaire français. Il a fallu attendre 2004 et une projection dans le cadre du festival de Cannes pour que le film ressortent dans les salles. Le journal Le Monde a révélé qu’un an auparavant, en 2003, La Bataille d’Alger avait été montré à l’état-major états-unien, afin d’établir un parallèle avec la situation en Irak…
Sur un plan purement cinématographique, le film est de bonne facture, malgré un petit décalage dans la postsynchronisation des voix. Beau noir et blanc, effets réalistes avec une caméra à l’épaule dans les ruelles de la casbah d’Alger, intensité des zooms et des gros plans, ampleur des mouvements de foule… À noter que les acteurs sont tous non professionnels, à l’exception de Jean Martin (dans le rôle du général Matthieu, derrière lequel on devine le général Massu).
Julien D

1 338 abonnés 3 461 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 5 juin 2013
Plus que la controverse qui fit de ce film une victime des censeurs français pendant plus de trente ans, ce que La bataille d’Alger apporte à la grande histoire du 7ème art est un réalisme frappant dans le traitement de la reconstitution de l’opposition entre les indépendantistes algériens et les militaires. Gillo Pontecorvo ne cherche aucunement à porter un quelconque jugement sur les méthodes des deux camps, mais n’est uniquement animé que par une profonde volonté de reconstitution superbement détaillée de ces événements violents, la réussite de cet aspect documentaire est tel qu’aujourd’hui son long-métrage est devenu un sujet d’études pour les soldats américains se préparant à la guérilla urbaine en Irak. La personnalité trouble des deux personnages que sont Ali La Pointe et le Colonel Mathieu est un autre élément qui éloigne cette œuvre hors du commun du manichéisme inhérent aux habituels films de guerre. Sans conteste la seule approche valable que le cinéma ait fait de la guerre d’Algérie.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 3 mars 2014
J'ai vu ce film à de nombreuses reprises et je le considère comme un excellent documentaire sur cet évènement .

Néanmoins je ne lui mets pas 5/5 parce que cette production comporte des erreurs historiques et ne nous dit pas tout.

J'ai lu plusieurs ouvrages sur la "Bataille d'Alger" (qui s'est déroulé du 30 Septembre 1956 au 7 Octobre 1957) et certains éléments n'ont pas été pris en compte .

Contrairement à ce que montre ce film , l'affrontement ne commence pas en 1957 mais en réalité deux ans plus tôt , en 1955 , lors du premier attentat à la bombe qui fera débuter l'escalade jusqu’à la bataille proprement dite (qui fut davantage un affrontement policier qu'un affrontement militaire).

Ensuite le principal défaut de ce long-métrage est qu'il a un coté "réducteur" de ce qui s'est réellement passé : on nous dit que du coté algérien , il n'y a eu que le terrorisme et du coté français il n'y a eu que la torture .

Or c'est faux !

Oh certes , loin de moi l'idée de minimiser ces deux phénomènes mais les deux camps ont aussi utilisé d'autres méthodes qui se sont révélées toutes aussi efficaces .

Les "indépendantistes algériens" (expression la mieux appropriée parce que c'était aussi une guerre civile) ont utilisé la guérilla urbaine (à peine vue dans le film) et la propagande pour mobiliser la population locale (ce qui n'est pas montré) dans le but de parvenir à leurs fins (à savoir créer une telle instabilité qui ferait d'Alger une ville de fait sous contrôle indépendantiste et attirer du même coup l'opinion).

Les troupes françaises de leurs cotés sont parvenues à mettre fin aux attentats par d'autres techniques que la torture : il y a eu le rôle des services secrets qui ont infiltré et intoxiqué les réseaux du FLN ayant permis de très nombreuses arrestations (je pense ici aux "Bleus de Chauffe" et à l'opération "Bleuite") et enfin il y a eu le bouclage de la ville avec les checkpoints qui ont asphyxiés les cellules indépendantistes (en les privant de leurs mobilités et en les séparant les unes des autres , ce qui les a rendu très vulnérables).

Une autre technique qui s'est révélée très efficace , est la mise en place du "Dispositif de Protection Urbaine" qui consistait à ficher systématiquement tous les habitants d'un immeuble et à désigner un responsable local .
Ce maillage urbain a permis de détecter puis d'éliminer un certain nombre de militants indépendantistes algériens (ce qui les a coupés de la population et donc de leurs soutiens et d'intégrer cette dernière de gré ou de force dans le camp français).

Or ces différents volets ne sont pas abordés dans le film .

Notons qu'il y a eu également des "mini-sièges" durant l'affrontement . A plusieurs reprises , des militants algériens qui s’étaient fait repérer ont du se réfugier dans des maisons et/ou des appartements pour s'échapper. Les paras français ont du alors monter des "groupes d'assauts" , constitués de 12-15 hommes pour venir a bout de la résistance de 3-5 indépendantistes (trop rapidement montré dans cette production).

Le film ne nous dit aussi pas le nombre des victimes (tous camp confondus) .

Le FLN a commis 751 attentats à la bombe (sans compter les attaques à l'arme légère) ayant fait 1231 victimes tant françaises qu'algériennes (314 morts et 917 blessés , dont un certain nombre sont devenus handicapés) .

L'armée française de son coté a arrête 24 000 personnes , sur ce dernier chiffre 1000 suspects au moins ont été soumis à des interrogatoires que l'on peut qualifier de torture (le chiffre diverge selon les auteurs mais il apparaît comme étant le plus fiable) et au moins 100 autres personnes ont été exécutées.

De plus 3000 personnes ont disparu durant cette bataille dont on a plus jamais entendu parlé ...

Enfin le film aborde trop rapidement le résultat de cette bataille .
Qui fut le vainqueur ?

D'un strict point de vue militaire et sécuritaire , l'armée française l'a emportée sur le terrorisme .
Durant toute la bataille , le réseau FLN d'Alger était composé de 2000 personnes (je désigne ici les militants actifs , les sympathisants politiques bien qu'ayant joué un rôle sont plutôt à mettre de coté) .

Sur ce nombre , 200 militants ont été tués par les autorités françaises et 1600 de plus ont été arrêtes.
Soit 90% de l'effectif indépendantistes éliminés ... (les 10% restants quant à eux on soit pris la fuite soit se sont dispersés). Et les chefs du FLN ont tous été capturés ou tués (Ali la Pointe et Larbi Ben M'hidi sont morts et Yacef Saadi arrêté).

Les attentats ont complètement cessé ou presque pendant les 4 années qui ont suivies , soit jusqu'en 1961 (les attentats ont repris à l'automne de cette année non plus par le FLN mais par ... l'OAS ! ).

Les troupes françaises de leurs cotés ont eu à déplorer quelques dizaines de tués et de blessés sur un effectif de 10 000 hommes engagés dans l'affrontement (policiers compris).

Mais l'impact de ce succès fut limité et assombri par les méthodes utilisées pour venir à bout de l'adversaire. Ce qui a placé les autorités dans une situation très délicate vis-a-vis de l'opinion publique...
C'est à partir de ce moment-là que cette dernière s'est progressivement retourné et a finalement opté pour l'indépendance de l'Algérie . Victoire militaire mais défaite politique.

Ce qui résume le résultat de cette guerre .

Certainement a-t'il manqué un Gandhi qui aurait pu permettre une solution pacifique .

Sans verser dans une uchronie sommaire , on peut se demander ce qui aurait pu se passer , si l'Algérie était reste française ou que les pieds-noirs n'aient pas été contraints à l'exode et soient restés dans
ce pays ...

Notons qu'il y a eu aussi des hommes d'honneurs des deux cotés , des algériens qui ont refusé de commettre des attentats et des soldats français refusant de pratiquer la torture .

Il aurait été intéressant que tous ces éléments soient montrés dans ce film , ce qui lui aurait donné un coté plus global mais aussi plus objectif dans la vérité historique .

Aujourd'hui ce film et cette bataille sont utilisés par de nombreuses personnes .

Des mouvements insurrectionnels et/ou indépendantistes tels que la Bande à Baader , l'IRA , l'ETA ,
les Talibans ou encore le Hamas se sont inspirés de ce film pour leurs actions.

A l'inverse les armées Britanniques en Irlande du Nord , Américaines en Irak et en Afghanistan ainsi qu' Israéliennes en Palestine se sont inspirées des techniques de contres-insurrections françaises pour leurs opérations.

Et même l'armée Algérienne a du examiner la stratégie française pour réduire à néant les Islamistes du GIA et du FIS durant la Guerre civile algérienne (1992-2002) . Et certains des officiers français venus enseigner ces techniques aux algériens étaient des vétérans de la guerre d'Algérie... quelle ironie et quel retournement de l'Histoire !

PS : Une remarque politique , je sais que les algériens étaient de facto des citoyens de seconde zone durant la colonisation française mais cela ne justifie pas - comme certains internautes l'ont laissé entendre - le recours a des méthodes terroristes et je pèse mes mots .
Pour moi , d'un point de vue philosophique , on est un Résistant dés lors que son pays est occupé et que l'on s'en prend EXCLUSIVEMENT à des militaires , c'est-a-dire à des hommes armés.
Mais dés lors que l'on s'en prend et ce de manière DÉLIBÉRÉ à des civils innocents , on est un Terroriste.
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