Le Cuirassé Potemkine
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 16 juin 2026
Il y a des films qui ne vieillissent pas, qui résistent au temps. Le Cuirassé Potemkine en fait partie et continuera encore de mûrir au fil des années. Pour son centenaire, le chef-d’œuvre de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Une rencontre qui redonne à ce monument du cinéma muet toute la puissance subversive de ses origines. Une ressortie événement, portée par Potemkine Films, dont le nom est lui-même un hommage, pour les 100 ans du film et les 20 ans de la maison de distribution.

"Tourné en 1925, le film reconstitue la mutinerie de 1905 à bord du cuirassé Potemkine et le soulèvement de la classe ouvrière dans la ville portuaire d’Odessa (dans l’Ukraine actuel), deux épisodes de la première révolution russe que l’Histoire a transformés en mythes. Une révolution qui éclate dans un empire déjà ébranlé par la défaite humiliante contre le Japon la même année. Ce qui avait fissuré le prestige militaire du tsar Nicolas II et mis à nu la fragilité d’une autocratie à bout de souffle. Le Cuirassé Potemkine n’est pourtant pas simplement un monument de l’histoire du cinéma qu’on visite comme on visiterait un musée, avec le respect que l’on doit aux choses mortes. C’est une œuvre qui continue de se réinventer, de faire effet, de provoquer quelque chose chez le spectateur. Et c’est notamment ce que la bande originale des Pet Shop Boys révèle avec une acuité nouvelle. Il existe une rage universelle derrière la propagande soviétique et sous l’idéologie. La rage de ceux qu’on écrase et qui n’a pas de date de péremption."

"Ce qui frappe au (re)visionnage du film, c’est à quel point le montage d’Eisenstein est encore aujourd’hui d’une modernité désarmante. Ses coupes n’étaient pas popularisées à travers le globe en 1925, et le sont désormais partout dans la publicité, dans le clip, dans le cinéma d’action. On trouve là une maîtrise sémiologique de l’image, avec une construction un peu théâtrale. Ici, une image ne représente pas seulement quelque chose, elle signifie quelque chose. La cuillère de soupe, prétexte dérisoire à une mutinerie qui allait changer le cours des choses, la viande avariée grouillant d’asticots, les lunettes du médecin de bord qui basculent… Il y a autant de signes qui se percutent et qui engendrent un sens qu’aucun des plans pris séparément ne contient. C’est le cœur de la théorie eisensteinienne du montage dialectique, une pensée qui doit notamment au cinéma de D. W. Griffith (Naissance d’une nation, Intolérance), dont Eisenstein hérita de la grammaire pour mieux la radicaliser et la retourner contre ses propres présupposés bourgeois."

"Il n’y a pas de héros dans Le Cuirassé Potemkine et c’est là le geste révolutionnaire du film, bien plus que son idéologie explicite. Eisenstein filme les matelots comme une seule et même masse, constamment humiliés par des supérieurs, menés par le commandant Ievgueni Golikov, qui se complaisent derrière leurs privilèges. Par contraste, un traitement plus individuel, presque caricatural, leur est consacré. C’est par leur singularité que les oppresseurs s’exposent, et c’est par leur fusion que les opprimés trouvent leur puissance. Même dans cette immense barque métallique qui manœuvre dans la mer Noire, on peut lire le microcosme d’une société qui repose sur ses inégalités de classe. On mesure la distance avec Hollywood, qui construisait alors ses récits autour d’un visage ou d’un arc narratif personnel. Chez Eisenstein, la star, c’est la foule. Il y a vraiment beaucoup d’envergure dans sa mise en scène. Les plans de grue donnent aux séquences de révolte une puissance qui écrase le spectateur. Les mouvements de foule à Odessa, avec les citoyens traversant la baie du port, la ville et son architecture qui évoquent le prestige et la grandeur, relèvent d’une grâce et d’une force chorégraphique que le cinéma n’avait jamais atteintes à ce degré. Il y a véritablement un sens du spectacle dans Le Cuirassé Potemkine, et d’une grande maîtrise. La figuration a presque la force d’un documentaire.

"Neil Tennant et Chris Lowe, des Pet Shop Boys, n’ont pas habillé Le Cuirassé Potemkine : ils l’ont relu. Composée avec Torsten Rasch et orchestrée par l’Orchestre Symphonique de Dresde de Jonathan Stockhammer, leur partition mêle textures synthétiques, pulsations électroniques et envolées orchestrales, qui rappelle par instants le travail de Vangelis sur Blade Runner. On y retrouve la même suspension entre beauté et menace, qui finit par laisser place à un crescendo libérant toute la fureur du film. La musique suit scrupuleusement les cinq actes du récit, épousant chaque battement du montage d’Eisenstein sans jamais en contredire la logique, ni occulter une certaine mélancolie qui s’installe dans le drame historique. Elle évoque une tristesse propre aux révolutions qui savent d’avance ce qui les attend."

"Le Cuirassé Potemkine a traversé plusieurs censures, guerres et idéologies. Il a été interdit en France pendant vingt-sept ans et projeté clandestinement dans des ciné-clubs. Il a reçu des dizaines de bandes-son différentes, preuve qu’il est de ces œuvres que chaque génération cherche à s’approprier. Cent ans après sa naissance, il n’a rien perdu de sa superbe. La cuillère de soupe n’a pas refroidi. C’est là la marque des vrais monuments, ils sont inépuisables et nous rappellent, obstinément, que l’oppression n’a pas changé de nature, seulement de costume."

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ProjecteurTemporel
ProjecteurTemporel

1 abonné 58 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 mars 2026
Œuvre matricielle d’une puissance révolutionnaire intacte, Le Cuirassé Potemkine impose le montage comme une arme émotionnelle et politique d’une efficacité foudroyante. Avec une radicalité formelle inédite, Sergei Eisenstein fragmente l’espace et le temps pour provoquer un choc sensoriel qui dépasse le simple récit. La célèbre séquence des escaliers d’Odessa demeure un sommet d’intensité, où le rythme des plans sculpte littéralement la peur et la révolte. En abolissant la psychologie individuelle au profit d’une énergie collective, le film érige le peuple en véritable protagoniste tragique. De cette alliance entre expérimentation formelle et ferveur idéologique naît un manifeste cinématographique dont l’influence irrigue encore tout le langage du cinéma.
Max Rss
Max Rss

252 abonnés 2 307 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 juillet 2025
La question qui tue tout : est-il encore possible, de nos jours, de trouver valable et même plus que ça, un film faisant la propagande absolue du communisme, l'idéologie la plus mortifère du XXe siècle (le Livre noir du Communisme est édifiant...) ? Et bien la réponse est... oui. Parce que si propagande il y a (et quand on connaît les méthodes soviétiques, on a aucun mal à penser qu'elle fut contrainte et forcée) il y aussi du cinéma. Et justement, en terme de cinéma, ce "Cuirassé Potemkine" défonce tout sur son passage. On a souvent parlé de sa mise en scène ultra dynamique (et le prestige de la séquence des Grands Escaliers d'Odessa n'a rien d'usurpé) et de sa musique que l'on n'oublie plus une fois qu'on l'a entendue, mais étrangement, on n'a que rarement parlé d'une particularité de la mise en scène : ce savoir-faire pour capturer à l'instant T les regards ou de petits gestes que l'on ne remarque pas habituellement. Tout le film est truffé de ces séquences presque furtives, lui donnant une ampleur, jamais ou rarement égalée depuis. N'importe quel aspirant cinéaste se doit de le voir au moins une fois dans sa vie. Parce que visuellement, c'est l'une des Tables de la Loi.
Kinomane
Kinomane

3 abonnés 18 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 septembre 2025
Le centenaire du film de Serguei EISENSTEIN le cuirassé POTEMKINE sera-t-il célébré par le monde du cinéma ? Car il lui doit TOUT, pour ainsi dire, ce qui a construit et inspiré les cinéastes les plus audacieux jusqu'à ce jour. Et à ce titre, il mérite d'être qualifié de chef-d'oeuvre. Grâce au film d' Eisentein, résolument novateur, intense, le cuirassé Potemkine et l'escalier d'Odessa sont entrés dans l'histoire mais aussi la démonstration, on ne peut plus réaliste, du patriotisme et de l'héroisme tragique du peuple soviétique. Revoir ce film en 2025 serait un voyage dans le temps très cruel au regard des temps présents.
Alexandra Lesca
Alexandra Lesca

6 abonnés 92 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 avril 2025
Le Cuirassé Potemkine retrace la révolution russe de 1905, 20 ans après les faits. Évidemment une superbe mise en scène. On comprend directement les enjeux du film : des marins mécontents du traitement qui leur ai réservé (vis-à-vis de la viande) et leurs mauvaises conditions de vie. La révolte va alors s'opérer, très bien illustré par la musique et la dynamique du montage. Ce film de propagande est bon, mais sans bouleverser ma personne.

Ceci n'est que mon avis personnel
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

92 abonnés 4 230 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 11 janvier 2025
Le film célèbre d'Eisenstein relate la révolte, en 1905, des marins du cuirassé Potemkine contre leurs officiers et contre leurs conditions de vie à bord. Petite répétition avant la grande révolution de 1917...
Composé de plusieurs chapitres autour de la rebellion en mer puis du retour au port d'Odessa, le film a pour intérêt fondamental l'esprit de propagande avec lequel le cinéaste célèbre en 1925 l'avènement bolchévique. La modernité de ce film muet, ses cadrages parfois singuliers et son montage rapide qui introduit, peut-être, une des premières scènes de suspense du cinéma (à la fin, spoiler: lorsque la marine russe se prépare à attaquer le Potemkine)
, ne conditionnent pas forcément une action dramatique et un scénario authentiquement riches ou passionnants. Encore que la séquence des escaliers d'Odessa, spoiler: celle du landau qui dévale les marches et, plus largement, la foule venue porter son soutien aux insurgés et que la troupe fusille méthodiquement,
est restée fameuse à juste titre. Précisément, ces scènes de foule, du peuple convergeant vers le port sont remarquables, allégoriques et significatives de l'adhésion unanime au communisme.
Cet esprit de propagande s'exprime tout au long du film, à travers notamment l'appel à la fraternisation lancé par les marins du Potemkine à leurs frères des autres navires, à travers la stigmatisation des féroces suppôts du tsarisme. Sans oublier cet édifiant et long passage de la spoiler: mort de Vakoulintchouk,
le meneur des révoltés érigé en héros, devant la dépouille duquel se prosterne la population en larmes et en colère, suivant le style stalinien du culte des grands hommes.
Seb De Niro
Seb De Niro

2 abonnés 72 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 octobre 2024
Film soviétique intéressant au niveau artistique et encore plus au niveau historique. Il s'agit d'un film de propagande bolchevique et est considéré comme un des meilleurs de tous les temps.
On y aperçoit quelques techniques assez impressionnantes pour l'époque, et en tout cas révolutionnaires à ce moment-là.

Vu en 2024.
Alolfer
Alolfer

178 abonnés 1 739 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 août 2024
Film russe cultissime du Cinema muet, "Le Cuirassé Potemkine" est un classique à découvrir pour l'Histoire du 7e Art. Malgré un début léger, le film prend de l'ampleur et toute sa magie fait surface lors de la 2e moitié du film. Un bijou de mise en scène pour son époque et des personnages très expressionnistes pour montrer l'importance de cette révolution de 1905 en Russie. Sa scène mythique de l'escalier fait partie des meilleurs scènes du Cinéma tout confondu ! Un Classique
J31frites
J31frites

15 abonnés 285 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 5 juillet 2023
En une heure ce film vous raconte la révolte potemkine d'une manière prenante et superbement réalisé avec des choix artistiques et un montage excellent. La scène de l'escalier est une vraie claque cinématographique.
Mais malgré qui soit court le film reste plein de longueurs, un poil ennuyeux, et puis c'est surtout un film de propagande qui raconte pas grand chose. La musique est lourde et l'action traîne un peu.
Bon film de révolte mais surtout artistiquement.
OSC4R _
OSC4R _

81 abonnés 55 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 21 septembre 2022
Je viens de comprendre : Triangle of Sadness c’est un hommage au cuirassé Potemkine. En même temps les matelots communistes ça court pas les rues. Les ports.

C’est haletant. Le montage est encore très actuel. Les plans sont bien trouvés. Mais comme beaucoup de films muets, c’est redondant au sein des séquences.

Et puis y’a la fameuse scène des escaliers.
Bariste
Bariste

5 abonnés 58 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 31 juillet 2022
Sorti en 1926, le cuirassé Potemkine est un excellent film de propagande russe, avec un rythme infernal et une violence sans nom, ce film pourrait presque être un documentaire plus qu'une fiction. La scène du massacre dans les escaliers du peuple est juste mythique ! Ce film même s'il est un film de propagande reste un des chefs-d'oeuvre de l'époque et du cinéma russe !
Roger T.
Roger T.

150 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 10 mai 2022
Après plusieurs tentatives, je suis enfin arrivé au bout de ce qu'il est de bon ton de considérer comme un chef d'œuvre.
Certes Eisentein a innové dans le montage, le traveling arrière, certes il a bien descendu les escaliers mais a surtout fait un film de propagande (comme ça c'est fait sous d'autres régimes politiques). Ce film est destiné aux archéologues du cinéma pour autant qu'ils aient le courage de subir ce préchi-précha (muet).
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 6 mai 2022
Tout d'abord, ce qui est interessant avec ce film c'est le contexte historique dans lequel il a été conçu. En effet, il a été commandé par la Commission d'Etat russe en 1925 pour célébrer le vingtième anniversaire de la révolution de 1905, c'est donc clairement un film de propagande soviétique destiné à satisfaire le pouvoir en place.

Cependant, Eisenstein met surtout à profit cet opportunité pour délivrer l'entendu de ses talents de metteur en scène. Regarder le "Cuirassé Potemkine" de nos jours n'est pas de s'attarder sur l'idéologie prônée dans le film mais plutôt de se concentrer sur sa valeur cinématographique et sur son impact. Il y a dans ce film toute une volonté de dynamiser le métrage avec un montage impressionnant pour l'époque. Les plans s'enchaînent très vite, à un rythme révolutionnaire pour l'époque, donnant une réelle nervosité au film pour affirmer l'esprit de révolte.

Ce film est une véritable explosion de cinéma, un afflux saisissant d'images qui fait de lui un immanquable du septième art.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 13 avril 2022
Soyons clairs : mater des films muets russes des années 20 ça relève davantage de la fouille archéologique que de l'attente de se prendre la claque cinématographique de sa vie. C'est bien parce qu'il figure parmis les "100 films pour une cinémathèque idéale" que je m'y suis risqué et, à part pour le plaisir intellectuel d'avoir vu Le Cuirassé Potemkine, j'en ressors plus qu'indifférent.

Le film a au moins la politesse de ne s'étendre que sur 1h10 car au-delà ça aurait été insupportable. De la propagande communiste sur de la propagande communiste, encore quelques couches et un nappage et vas-y que tu reprendras bien un p'tit coup de rouge, si l'on excepte les 25 premières minutes assez haletantes où j'ai pleinement ressenti la montée en tension au sein du navire et le discours était vertes pas subtil mais assez intelligent, le film s'égare très rapidement pour laisser place à la surenchère constante qui aura très vite attisé mon ennui et même une légère exaspération, même si dans le lot se perdent quelques scènes mémorables (la scène du landeau, le face-à-face final où l'on ressent encore une fois une grande tension, le film aurait dû se limiter à ça en fait ça aurait été mieux). Peut-être que Serguei Eisenstein était un génie plasticien, certes le film est très beau, mais de nos jours je n'arrive pas à concevoir l'intérêt d'un tel film, novateur pour son temps mais complètement désuet aujourd'hui.
Alex Motamots
Alex Motamots

10 abonnés 387 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 janvier 2022
Pour une cuillère de soupe...
J’ai trouvé ce film très didactique. Fait avec peu de moyens : des décors passe-partout ; des maquettes dans une bassine ; des regards en coin ; des visages très typés ; des plans-séquences qui sont ré-utilisés. Mais beaucoup, beaucoup de figurants.
J’ai souris aux expressions des lions de pierre et aux escaliers d’Odessa qui m’ont semblé interminables à descendre et la tension monte sur la fin avec la musique qui s’accélère.
J’ai été impressionnée par le landau qui descend les escaliers et par la seule touche de couleur : le rouge du drapeau hissé par les marins.
D’ailleurs, le scenario comporte quelques incohérences, notament avec le drapeau rouge qui a remplacé le blanc à croix rouge que l’on revoit plus loin dans le film.
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