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Nicolas L.
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3,5
Publiée le 27 mars 2018
Bonne surprise. Film historique de 1935. J'en attendais pas grand chose. Et en le visionnant, je me suis étonné de sa modernité, de son audace et de son humour décompléxé. Il y a certes une morale douteuse (l'histoire fait l'apologie de l'envahisseur...) et la mise en scèen manque parfois de rythme mais les images picturales des Flandres, le jeu des acteurs et l'esprit féministe avantgardiste m'ont assez emballés.
Reconstitution (décors, costumes, ...) et mise en scène très agréable. Des situations souvent drôles (manque un peu de folie peut-être ?). Une certaine liberté de ton (libertinage et féminisme) qui font du bien, mais petit bémol si l'on remet cette histoire dans le contexte de 1935 cela peut paraître de mauvais goûts (était-ce voulu ?).
Belle illustration du réalisme à la Feyder, aux prémices du réalisme poétique. La reconstitution historique est superbe, notamment grâce au travail de Lazare Meerson (concepteur de production), d'Alexandre Trauner et de Georges Wakhévitch (chefs décorateurs), ou encore de Georges Benda (costumier). La réalisation, récompensée à la Mostra de Venise 1936, s'avère quant à elle joliment inspirée par la peinture flamande. Tout cela offre un écrin pittoresque au scénario de Charles Spaak. Un scénario qui prend la forme d'une farce truculente et charmante, tout à la gloire des femmes. Courageuses, diplomates ou impertinentes, elles ridiculisent leurs hommes, faibles, timorés, grotesques... Un féminisme avant l'heure, en quelque sorte, dans une veine malicieuse. Voilà qui a beaucoup plu, à l'époque, au public français. Mais beaucoup moins aux autorités belges qui ont censuré le film... On retiendra enfin la saveur de certains dialogues, nourris de mots d'esprit assez réjouissants et servis par une belle pléiade d'acteurs : Françoise Rosay (qui était l'épouse de Jacques Feyder) dans le rôle principal, André Alerme en bourgmestre couard, Louis Jouvet en moine peu orthodoxe...
Avec La Kermesse héroïque, Jacques Feyder livre une satire historique raffinée, où l’ironie grivoise se mêle à une observation sociale mordante. La mise en scène, élégante et très composée, donne au film un charme pictural indéniable. Pourtant, cette sophistication formelle tend parfois à figer les personnages dans une certaine artificialité. Le ton, oscillant entre farce et critique, peine à maintenir un équilibre pleinement convaincant. Reste une œuvre singulière et audacieuse pour son époque, séduisante dans sa forme, mais dont la distance ironique peut limiter l’implication.