Un film soviétique de 1980 aux airs frappants de Nouvelle Vague. Je ne suis pas spécialement adepte de la Nouvelle Vague, et de fait, ce film ne m’a pas vraiment emballé, sans me déplaire pour autant. J’ai beaucoup apprécié la forme. Si l’on met de côté une caméra plutôt statique, mais qui sert l’esprit « tableau » du métrage, le film est très beau. Chaque plan est une toile impressionniste, avec son lot de vapeur, d’odeur, d’iode, le tout dans une grisaille automnale des bords de Crimée. L’ambiance en mode sanatorium impériale un peu désolé dans une station balnéaire tristoune est extrêmement plaisante, il y a un soin méticuleux du détail qui rend le film esthétiquement irreprochable. Cela se double d’une superbe partition musicale, entre musique classique et tsigane.
Ce travail sur la forme est brillant il est vrai, mais le film est assez terne dans son récit. Typiquement Nouvelle Vague, il n’y a pas vraiment d’histoire, juste des personnages qui se croisent en ce lieu, avec leurs problèmes, leurs sentiments, leur passé… C’est plutôt bien écrit, parfois drôle, souvent touchant, mais en dépit de sa durée courte (1 heure 20), le film paraît lent, laborieux dans sa narration, handicapé par le fait que ces gens s’ennuient quand même un poil dans leur solitude et ces lieux plus ou moins désertifiés, et que cet ennui est contagieux. On ne peut pas dire que les acteurs soient mauvais, même si personnellement je n’ai pas du tout accroché au jeu inexpressif de Regimentas Adomaïtis, le personnage principal. En revanche, les autres interprètes m’ont globalement convaincu et ce qui séduit c’est le réalisme de leurs personnages. Ils sont nombreux mais sont bien dégrossis et tous présentent un intérêt. Après pour ma part l’acting dans le cinéma soviétique m’a rarement déçu. Mais bon, ils sont au service d’une histoire somme toute très molle, qui pourra parfois susciter des émotions un peu rafraichies par l’austérité du film.
Un métrage pas désagréable donc, et même doté de vraies qualités, mais à la narration très lente et incapable de vraiment tirer le spectateur d’un sentiment d’ennui poli. Pour moi c’est ce que je ressens généralement devant les films de la Nouvelle Vague. Ce réalisme à tout prix, ce caractère documentaire, l’absence d’intrigue, tout ça à tendance à m’ennuyer et à me paraître artificiel. Heureusement, Goubenko dote ses images d’une véritable dimension artistique, ce qui m’autorise à lui donner 3.