Quelques scènes et dialogues de ce film sont malaisants aujourd'hui à notre époque, et j'imagine qu'en 1970 cela devait l'être aussi mais d'une autre façon. Là on frôle le récit pédophile. Cela dit Brialy est classe, beau, excellent et malgré le côté ultra surjoué de l'ensemble, j'ai réussi à voir le film en entier...
Des choses très plaisantes niveau fond, comme cette volonté de préserver le désir chez le personnage de Brialy, c’est très subtil, simplement toucher un genou pour s’auto-satisfaire d’un plaisir qu’il sait inaccessible, les rapports intergénérationnels ont un sens qu’ils soient dans la complicité naturelle d’une conversation qu’un conflit d’idées, Rohmer n’a pas l’ambition sarcastique de faire du sulfureux ou du scandaleux. Car tout n’est vu qu’à travers un seul et unique point de vue, un peu comme un "Summer of ’42" inversé, on sait ce que le type ressent et il en devient attachant, je trouve ça intéressant de désinhiber des sentiments intimes qu’une morale puisse réprouver, inutile de dire qu’un tel film ne peut plus être réalisé aujourd’hui, et c’est dommage. Après ce n’est pas parfait au niveau de la mise en scène qui manque parfois de spontanéité et de simplicité, mais chez Rohmer c’est toujours fragile, par exemple la gamine (soeur de Claire) dégage une assurance un poil trop exagérée pour son âge, pour le bien de la prose, tout comme le jeune Luchini légèrement en roue libre …
Sur les bords du lac Léman, Liaisons dangereuses entre Jérome, jeune diplomate de 35 ans, sur le point de se marier et deux petites jeunes femmes de 15 et 18 ans environ. Jérome est mis au défi par Aurora, une romancière, une vieille amie. Le ton est d'une liberté totale, et offre une sorte de libertinage par la parole. Mais comme souvent chez Rohmer, du moins, en ai-je l'impression, il s'offre une partie de pure masturbation intellectuelle. On le sent même un peu frustré, car on ne croit qu'à moitié que tout son désir se résume à une fascination pour le genou de la belle Claire. Vu avec les yeux d'aujourd'hui, ce Jérome passe quand même pour un mec bien lourd, assez exaspérant car un peu trop sur de ses forces. Mon personnage préféré, c'est la petite Laura, d'une grande maturité pour son âge, aux petits yeux rieurs, et qui forme un couple exquis, bien que fugace, avec le tout jeune Fabrice Luchini.
S'asseoir au bord du lac Léman avec Rohmer, c'est comme si on y était ! Que de justesse dans ce film qui dépeint ce qu'il n'est plus autorisé d'évoquer aujourd'hui sans risque d'être soupçonné du pire. Et pourtant, ce film nous invite à considérer sans censurer d'un trait rouge l'attirance platonique, dérivée, d'un homme presque mûr pour la grâce absolue d'une jeune femme. Les genoux de Claire sont en effet admirables et la caméra de Rohmer nous convainc que ce fétichisme-là n'est pas criminel.
Un film un peu bizarre, non dénué de qualités, mais aussi de gros défauts, qui pour moi l'emportent. Certains dialogues sont très intéressants, très justes, d'autres sont carrément dépassés. Le décor du Lac d'Annecy est beau, mais certaines scènes sont horriblement mal faites (la pluie au jet d'eau par exemple, trop voyant). Jean-Claude Brialy est vraiment bon, Lucchini s'en sort, mais alors les autres, une cata... C'est ça le pire je crois. Et puis c'est un peu long et ennuyeux quand même...
Immoralité et abus de pouvoir des adultes sur les ados.
Un homme en passe de se marier s'allie avec une romancière en manque d'inspiration pour séduire une puis deux jeunes filles - sans souci des amours sans lendemain ou des ruptures par jalousie sans preuve qu'ils ont causées.
La causerie au salon n'est pas sans rappeler Les Liaisons Dangereuses - même manipulation machiavélique - qui sera mis en scène 18 ans plus tard (je n'ai pas vu la VF de 1959).
Un film de Rohmer c'est une conversation ininterrompue sur des thèmes différents. Parfois elle est intéressante, parfois moins, mais c'est souvent instructif. Ça parle très souvent d'amour, thème universel. Ici c'est plaisant et cela le devient au fur et à mesure. Il faut tenir la cadence.
Eric Rohmer nous transporte en plein milieu des vacances estivales avec en toile de fond les bords du lac d'Annecy. Le lieu enchanteur est parfaitement propice à la séduction mais aussi à des réflexions diverses sur l'amour sous toutes ses formes. Jérôme (Jean Claude Brialy), 35 ans, futur marié, rend visite à une amie roumaine Aurora qui est écrivain. Ensemble, ils vont disserter sur l'amour, donner leurs points de vue sur le sujet. Par amusement, Aurora décide de lancer un défi à Jérôme: séduire la jeune Laura, 15 ans, fille de Mme Walter, l'hôtesse qui les accueille. Ce jeu lui fera comprendre que Laura ne l'attire pas mais c'est sa soeur Claire qui lui plaît et notamment son genou. Rohmer distille tout ce verbiage amoureux et ce bavardage romantique en une toile d'araignées des chemins possibles amenant au bonheur conjugal. Le style ampoulé et emphasé, presque théâtral, des dialogues rend l'ensemble très intellectuel voire philosophique. Du très bon cinéma à la française.
Incarné par un Jean-Claude Brialy tout en charme ambigu, Jérôme est un beau parleur aussi machiavélique que séduisant qui prétend n'être que la créature de son amie écrivaine Aurora. De ces marivaudages, Rohmer tire un film doux et subtil sur la séduction, le désir et l'amour. Les dialogues sont magnifiques, au diapason des paysages du lac d'Annecy.
« Le Genou de Claire » est le cinquième des Six contes moraux de Éric Rohmer. A sa sortie en 1970, adolescent, j’avais apprécié ces discussions subtiles entre l’amour, l’amitié, la camaraderie… Cinquante ans plus tard, je trouve qu’il y a beaucoup de verbiage un peu intello et que finalement – si on y réfléchit - ce sont les adultes qui sont « immoraux » ! C’est Aurora (Aurora Cornu), romancière roumaine, qui pousse Laura (Béatrice Romand), la jeune fille de 17 ans de son hôtesse à Annecy, vers Jérôme (Jean-Claude Brialy), attaché d’ambassade à Stockholm qui doit bientôt se marier… pour étudier leurs réactions et avoir des idées pour terminer son roman en cours. De même c’est Jérôme qui un peu vexé de ne pas attirer le regard de Claire (Laurence de Monaghan), la sœur ainée de Laura, et qui n’apprécie pas son fiancé, va en quelque sorte essayer de « torpiller » son couple lors de la scène où Jérôme raconte à Claire qu’il a vu à Annecy son fiancé embrasser une autre fille, Claire de pleurer et Jérôme de la consoler en lui caressant le genou. Et puis on arrive à la fin du mois de juillet et tout le monde repart de son côté et finalement rien n’a changé dans la vie de tous ces personnages. De l’importance de l’âge et du vécu du spectateur qui visionne un film. A noter la présence d’un jeune débutant de 19 ans qui fera parler beaucoup de lui : Fabrice Luchini dans le rôle de Vincent, le copain de Laura.
L'intrigue de Rohmer s'inspire de la démarche licencieuse et amorale des "Liaisons dangereuses". Jérôme est Valmont et Aurora est Madame de Merteuil, initiatrice et spectatrice d'un jeu de séduction que Jérôme doit mener auprès d'adolescentes candides. C'est, de surcroît, un façon de mise à l'épreuve pour le personnage qu'incarne Jean-Claude Brialy, tout près de se marier et qui semble tester la valeur et la réalité de ses sentiments en les confrontant à l'attirance que lui inspirent les jeunes filles, notamment Claire dont le genou focalise son désir. Pour autant, et en dépit que Rohmer insiste sur la beauté juvénile des ces jeunes filles en fleur, le film est une fantaisie sans cynisme, littéraire et cérébrale, où la diversité des attitudes amoureuses, illustrée par les différents protagonistes du film, s'exprime par des professions de foi et des échanges dialectiques très justes. L'intelligence du propos se manifeste alors tout à la fois sous une forme philosophique et ludique; elle est servie par une interprétation grâcieuse, naturelle et parfois sensuelle.
Le genou de Claire peine à intéresser, notamment à cause de ses dialogues inhabituellement précieux et vides, si ce ne sont pas des synonymes. Malgré tout il faut reconnaître le talent des acteurs et la qualité de la construction des personnages, un peu comme dans La Collectionneuse : Jérôme est un chasseur qui prétend faire semblant de chasser, et son amoralité ne réside pas tant dans l'âge de ses proies que dans son mariage prochain avec une femme que l'on ne verra jamais qu'en photo, ce qui met ce Conte moral un peu à part : d'ordinaire l'amoralité du protagoniste rohmerien repose sur son hésitation à trahir sa première femme, ici elle repose plutôt sur son mariage avec une inconnue, qui est perçu par le spectateur comme la seule véritable trahison ; c'est là tout le talent de Rohmer.
Il se passe pas grand chose et la différence d'âge entre les protagonistes est un peu choquante pour les mœurs actuelles. Reste des beaux décors, des dialogues surannés mais intéressants et bien interprétés.