Une fresque flamboyante aux accents shakespeariens, traitant de la guerre des clans dans le Japon féodal, avec des scènes sublimes mais également des longueurs, récompensée par la Palme d’or à Cannes.
C'était le bon temps. Celui où le jury de Cannes parvenait encore à détecter les vrais grands films. J'ai, par le passé, connu pas mal de personnes qui n'aimaient pas "Kagemusha". Non pas parce qu'elles lui contestaient ses qualités cinématographiques, mais parce qu'elles s'attendaient à autre chose, quelque chose où l'action occuperait davantage de temps. Or, il est primordial de savoir une chose : c'est que le Maître nippon mettait un point d'honneur à développer ses intrigues et qu'à ses yeux, l'action sans stratégie n'avait pas de sens. Que ce soient "Les 7 samouraïs", "Le château de l'araignée", "La forteresse cachée", "Yojimbo" ou "Sanjuro", tous les 5 répondent à cette logique. Il n'y avait alors aucune raison que "Kagemusha" fasse entrave à la règle. Et sans toute cette démarche que certains, et c'est leur droit le plus absolu, trouvent longue, il n'y aurait pas ce combat final. Lequel montrait une nouvelle fois (en admettant que ce fut utile) aussi bien dans sa mise en scène que dans sa maîtrise de la dramaturgie et de l'épique, pourquoi Kurosawa est toujours considéré comme l'un des plus grands cinéastes que l'on a connus. D'abord jouet de la folie des hommes, le Kagemusha finira par en être aussi la victime.
"Kagemusha" était visuellement une merveille à voir au cinéma et il est évident que le film perd beaucoup sur sa télé surtout si on ne dispose pas d'une version remasterisée. Il faut bien avoir conscience que ce n'est pas un film d'action ou de guerre, contrairement à ce qu'on pourrait croire, que c'est un film à la narration lente et intériorisée, ponctué de scènes guerrières qui ne sont pas des scènes de batailles : on ne voit que des déplacements de troupes, toute l'action se passe hors champ. Ce choix très radical de Kurosawa fait que le film est assez déstabilisant voire même difficile pour qui n'adhèrerait pas au rythme qui en découle et qui ne se laisserait pas porter par sa superbe histoire qui est son autre point fort.
Mortellement blessé lors d’un siège, le chef du clan Takeda demande que sa mort soit camouflée durant trois ans et qu’aucune expédition guerrière ne soit décidée durant ce délai. C’est là qu’intervient le voleur, sosie du chef, il va le remplacer et respecter les directives. D’abord loin de pouvoir tromper son monde, il se mettra petit à petit au diapason pour faire un chef de substitution plus que crédible. Seuls le petit fils du chef avec lequel il construira une relation forte et l’étalon auront des doutes, le premier les exprimera le second dévoilera la supercherie. Le fils du maitre reprendra alors le pouvoir et des velléités guerrières mise entre parenthèse durant trois ans jusqu’à la perte du clan. Akira Kurosawa aura le renfort de Lucas et Coppola pour financer cette grande fresque épique historique. C’est aussi son premier film en couleur et comme un gamin avec un jouet, il en use voire à mon sens parfois en abuse. Il ouvre son film avec un long plan fixe de 6’ durant lequel trois personnages conversent qui est l’occasion d’introduire une des deux thématiques phares du film. Le sosie deviendra « l’ombre » du chef, tout est dit. Ce sera un drame intimiste sur un homme confronté à une tache qui le dépasse et finira par le tuer. Ce processus d’aliénation est au centre du drame du personnage principal. Incapable de retrouver sa propre personnalité une fois démasqué, il finit par sombrer dans la folie, le conduisant au sacrifice pour le clan. C’est aussi un film antimilitariste avec un final qui fait écho aux velléités expansionnistes des nippons durant la seconde guerre mondiale qu’ils paieront aussi très cher. Cette thématique fait déjà l’objet d’un échange entre le voleur et le chef dès la première scène. Elle reviendra lors de l’épilogue comme une affirmation, quelle cause mérite tant d’horreur ? Même si on ne peut que souligner l’énorme talent de Kurosawa, reconnu par l’obtention de la Palme d’Or pour ce film ; on peut déplorer que tout soit si appuyé au travers de séquences longues farcies de détails. Trop hermétique pour moi, même si on perçoit l’intelligence et la maitrise. tout-un-cinema.blogspot.com
Belle fresque d'un Japon du XVIe siècle, ravagé en permanence par des guerres picrocholines. Tous les plans y sont magnifiques, d'une beauté formelle qui devient presque lassante. L'histoire est amusante, probablement historique, tant de chefs, surtout les plus tyranniques, ayant eu recours à des sosies. Beaucoup de sous-entendus que l'on devine sont hélas incompréhensible pour un esprit occidental. C'est sûrement dommage ! Et le rythme hiératique est lui aussi tout à fait japonais (3 heures) mais quel beau livre d'images. Un véritable chef-d'œuvre comme quasiment toute la filmographie de Kurosawa.
Film un peu lent mais on l'accepte car l'histoire est particulière. Le doublage français fait très années 70. J'ai eu tendance à confondre les personnages physiquement ce qui est légèrement embêtant ! 3,3/5
Déjà, un grand merci à Coppola et à Lucas, qui ont permis à ce film de se faire connaître à l'international. A l'époque, Kurosawa est en pleine déprime et il fait ce film de manière très compliquée. Le soutien des 2 cinéastes US lui seront bienvenus et la vision du film, encore aujourd'hui, recèle de nombreux moments de grâce. Plastiquement déjà, c'est bien évidemment du très haut niveau : plans composés de manière minutieuse, couleurs qui explosent, séquences oniriques bluffantes, costumes incroyables, reconstitution pointilleuse et surtout, des exploits techniques à peine croyable comme ce ciel coloré sur fond de paysage maritime. Si c'est parfois un peu long et que certains éléments narratifs m'ont paru un peu bizarres (pourquoi ne pas se servir du sosie pour terminer la guerre et prendre un ascendant psychologique irrémédiable, le film n'y répond pas), ça prend parfois un peu de temps pour dire certaines choses évidentes mais c'est aussi d'une richesse thématique inépuisable, les thèmes de l'aliénation de soi, de l'ivresse du pouvoir, du mensonge d'état trouvant encore beaucoup d'écho aujourd'hui. Formellement brillant, philosophiquement très riche, voilà la définition même d'un classique immortel, un coup de maître de l'un des plus grands cinéastes de tous les temps. D'autres critiques à lire sur
Kagemusha est une œuvre particulière, semblant tenir plus souvent du théâtre que du film. Critique de l’esprit de conquête qui anime les hommes, il multiplie les intrigues de cour et les scènes très symboliques, jouant surtout sur les attitudes et le décorum, une manière très orientale qui n'est pas si évidente à appréhender. Très subtil dans son évocation de la violence guerrière qu'a connu le Japon, le film adopte un ton à part qui nourrit une atmosphère un peu étrange, se jouant des lenteurs avec plus ou moins d'efficacité sur un scénario qui insère ses rebondissements à bon escient.
C'est une plongée dans un monde totalement exotique pour nous autres occidentaux. Tout y est différent : les costumes, les relations entre hommes et femmes, entre maitres et serfs, les coutumes guerrières. Le réalisateur nous permet d'approcher cet univers historique fascinant. C'est parfois un peu lent, parce que leurs réactions sont tout sauf du tac au tac. Ils ne sont pas pressés comme nous.
Un des plus beaux films de Kurosawa, magnifiquement mis en scène et interprété. La photographie est également une splendeur, le rendu des couleurs atteignant la perfection. Les batailles sont filmées comme des ballets, à la fois irréelles et terriblement réalistes. Quant à la personnalité du voleur devenu "ombre", elle devient de plus en plus complexe au fil du récit, mettant en lumière l'humanité et la loyauté du personnage.
Au 16ème siècle, des seigneurs se combattent pour s'octroyer la suprématie sur le Japon. Lors d'une bataille contre deux clans alliés, le chef Shingen conçoit de placer à la tête de la famille Takeda le roturier Kagemusha, son sosie. Le film d'Akira Kurazawa exprime une étrangeté qui n'est pas seulement lié à l'exotisme japonais. Dans un film solennel, le cinéaste fait cohabiter des scènes dépouillées et statiques -beaucoup de conciliabules agenouillés dans la tradition japonaise- et une action guerrière bien moins réaliste que stylisée. De ces combats incessants et fratricides dont, tout à la fin, dans les séquences les plus belles et les plus étonnantes, il suggère la cruauté et l'absurdité, Kurozawa tire une tragédie sur le mode shakespearien (guerres claniques, ambitions, cas de conscience...), non pas sombre et furieuse mais flamboyante par les couleurs vives, presque irréalistes, qu'affichent les costumes ou les étendards fouettés par le vent, aussi bien que les cieux crépusculaires ou que cette séquence onirique au coeur du film. Je ne me suis pas passionné pour l'histoire, moins dense, moins puissante, que les intrigues shakespeariennes, ni pour le trouble qu'éprouve Kagemusha à propos de son imposture -thème qui me semble insuffisamment développé. Mais cette beauté formelle, plus particulièrement attachée à la guerre -dont il ne s'agit pas tant pour Kurozawa de montrer les batailles mais plutôt la chorégraphie des déplacements de troupes- est fascinante; elle nous attache à une civilisation évidemment très éloignée du mode occidental, à ses particularismes, bien que les personnages et l'intrigue ne sont pas aussi riches que je l'aurais souhaité.
Un film dont j'avais entendu parler depuis longtemps et pour lequel je m'étais fait plein d'idées à l'avance; du coup même si je l'ai trouvé très bon il m'a quand même laissé une pointe de déception. Kagemusha est une très belle fable politique sur le pouvoir, assez illusoire et qui peut se perdre aussi vite qu'il s'est gagné. Le film est aussi une dissertation sur l'identité très réussie. Les décors et costume de ce Japon médiévale sont bluffants. Cette histoire d'homme de paille qui cache ceux qui décident vraiment trouve un écho très moderne et plaisant. J'ai regretté cependant le nombre de plans fixes trop longs qui gâtent un peu le film.
Dans la même lignée que son film suivant, "Ran", Akira Kurosawa nous propose une fresque historique dans laquelle se mèle des batailles épiques et des manipulations politiques. On retrouve donc le savoir faire du maitre nippon à travers une photographie sublime (jeux de couleurs, panoramas,…) et son art subtile de la mise en scène. Tout n’est certes pas parfait (quelques faiblesses dans le scénario) mais pas loin.
Dode's Kaden vu il y'a de cela trois semaines m'avais déjà fortement chamboulé de part son passage à la couleur. Akira Kurosawa magnifie son geste comme il le faisait à l'époque de ses longs métrages en Noir et Blanc. C'est la première chose qui m'a frappé en découvrant Kagemusha car il pousse son intention à son paroxysme. La musique qui me frappe de plus en plus dans ses œuvres est aussi au rancard à travers Kagemusha, Shin' Ichiro Ikebe m'a transporté avec sa composition musicale. Ce film est donc infiniment beau mais aussi très humain, comme à son habitude le cinéaste japonnais y incombe toute une dramaturgie et il s'y atèle avec discipline et entrain. Son film est un long défilé de choix, de décision, cette homme condamné ( ou presque ) à devenir quelqu'un d'autre nous donne une réelle leçon d'humilité et de bravoure. L'ultime séquence en est l'incarnation la plus frappante. Pour autant, je concède une certaine frustration, j'ai beaucoup décroché ... Cela m'est déjà arrivé de part le passé avec Kurosawa et malheureusement ce fut encore une fois le cas. Ce point toutefois est un détail devant la puissance de ce contenu, ce tableau en mouvent réalisé par cet immense artiste. Le 19e films que je vois de cet homme au cours de ces douze derniers mois, Ran sera le prochain ...
Film monumental du monumental Kurosawa, tourné entre Dersou Ouzala et Ran, voici une curieuse histoire de double dans le Japon du XVIe siècle livré aux clans rivaux. Le seigneur Shengen, le plus impitoyable et le plus cruel de tous, se voit présenter un parfait sosie de lui-même À partir de là, va se dérouler une variation sur l'identité avec un double venant peu à peu en position d'identification à son modèle au point de tomber lui-même dans le piège. Le film est long (2 h 30), lourd et souvent immobile, à l'image du symbole annoncé du seigneur (la montagne). Kurosawa nous livre au gré de son génie de sublimes pages de cinéma (les dix premières minutes, la bataille finale notamment) mais au total, on a une oeuvre un peu décevante où le propos semble ne pas avoir été exploité autant qu'il l'aurait mérité et où le maître se laisse trop souvent aller à la facilité de sa virtuosité. Constatons donc que même les plus grands ont droit à la paresse de temps à autre et ne retenons pas ce Kagemusha comme un film majeur de Kurosawa.