Le plus fascinant reste l'intimité sociale et surtout psychologique de ce Kagemusha, prisonnier à l'insu de son plein gré dans la figure du chef auquel il doit s'identifier coûte que coûte. Si on comprend le parti pris de mise en scène il n'en demeure pas moins qu'on peut ressentir une certaine frustration à ne jamais voir en branle ces armées qui semblent en constante manoeuvre. On remarque d'autant plus les décors austères et les paysages épurés dans un style souvent contemplatif. Kurosawa s'inspire aussi énormément des formes de théâtres traditionnels nippons, le kabuki et le théâtre Nô, notamment dans des séquences qui renvoient à des estampes et/ou à des fantasmagories. Très peu d'action, plutôt bavard même si il n'y a rien de superflu, le rythme reste lancinant et laisse le temps marqué le pas pour mieux montrer la solitude et la perte d'égo du kagemusha. Site : Selenie
L'histoire est intéressante et retient l'attention. Les acteurs sont bons. Néanmoins, la mise en scène manque parfois de vigueur épique (les scènes militaires sont des parades de cirque ...) et - surtout - les cadrages sont d'un banal académisme télévisuel qui ne s'accordent pas aux attentes du grand écran. Enfin, le scénario aurait été meilleur s'il avait été centré sur la personne du "double" et l'interaction de celui-ci avec son environnement social. Dommage ... J'ai vu et j'ai été déçu. J'espérais un tout autre spectacle. Cela reste toutefois un film distrayant.
Quand on voit les noms de Georges Lucas et de Francis Ford Coppola en tant que producteurs délégués, on s'attend à un super film. Quand ensuite on voit Akira Kurosawa à la réalisation, on s'imagine déjà le chef d'oeuvre.
Le récit se passe pendant la période Sengoku, à la fin du 16ème siècle au Japon. La guerre oppose différents clans, le plus puissant est commandé par Shingen Takeda. Cependant, il est blessé à mort lors d'une bataille. Les rumeurs affluent sur sa possible mort. Pour éviter que le clan perde sa puissance, le seigneur Shingen va trouver un ancien voleur qui lui ressemble trait pour trait. Il est embauché pour faire office de doublure pendant 3 années. Quand le faux Shingen est démasqué, il doit quitter le palais sans les honneurs qu'ils méritaient par le clan Takeda. Le fils de Shingen est maintenant au pouvoir et balaie les dernières volontés de son père en voulant conquérir des terres. Le combat final a lieu.
Kurosawa ne met pas en scène les corps qui tombent mais seulement tous les corps inertes et l'hécatombe final sous un silence de mort avec pour seul musique extra-diégétique un chant au clairon. Il filme aussi le faux Shingen déchu qui semble souffrir de voir la perte de son ancien peuple. Au final, à l'image d'un général de grand nom, courageux, il fonce au combat pour mourir avec les siens au combat et avec les honneurs.
Comme dans Rashômon, Kurosawa filme une fois de plus la place de l'honneur chez les guerriers japonais.
Shingen n'est presque jamais dénigré à part dans la scène d'introduction. Il est comparé à un dictateur qui a tué sa famille pour pouvoir accéder au pouvoir. Il traite de criminel une personne qui ne s'est pas hissé au sommet sur une montagne de cadavres.
La scène où les proches de Shingen sont présentés est la séquence où il devient psychologiquement le seigneur. Cette scène montre vraiment le talent de l'acteur qui a réussi à développer un charisme fou seulement grâce à sa posture.
Pendant le repas avec les concubines, sur le plan fixe de Kurosawa, une seule ombre est présente et c'est celle du faux Shingen. A la fin de la séquence, il est filmé en contre plongé pour montrer que l'ombre est plus grande que le personnage. Cela renvoie au titre du film car Kagemusha veut dire "guerrier de l'ombre" et montre le talent de Kurosawa qui réalise des plans superbes et un chef d’œuvre.
Kagemusha n'est peut-être pas le meilleur film de Kurosawa, mais c'est indéniablement un bon film. L'histoire est assez intéressante et originale. On arrive à être tenu en haleine tout le long du film malgré quelques longueurs. Le film est tout de même trop long (trois heures de visionnage, c'est beaucoup trop). Le film est très riche sur le plan du scénario, on voit de près les stratégies militaires en évolution permanente. Les acteurs (même si je ne les connais pas) m'ont semblé plutôt bien jouer, notamment Tatsuya Nakadai dans un double-rôle assez complexe. Les scènes de guerre sont assez épiques (pour voir que le film date des années 80). Bon film.
Un film dont j'avais entendu parler depuis longtemps et pour lequel je m'étais fait plein d'idées à l'avance; du coup même si je l'ai trouvé très bon il m'a quand même laissé une pointe de déception. Kagemusha est une très belle fable politique sur le pouvoir, assez illusoire et qui peut se perdre aussi vite qu'il s'est gagné. Le film est aussi une dissertation sur l'identité très réussie. Les décors et costume de ce Japon médiévale sont bluffants. Cette histoire d'homme de paille qui cache ceux qui décident vraiment trouve un écho très moderne et plaisant. J'ai regretté cependant le nombre de plans fixes trop longs qui gâtent un peu le film.
Dode's Kaden vu il y'a de cela trois semaines m'avais déjà fortement chamboulé de part son passage à la couleur. Akira Kurosawa magnifie son geste comme il le faisait à l'époque de ses longs métrages en Noir et Blanc. C'est la première chose qui m'a frappé en découvrant Kagemusha car il pousse son intention à son paroxysme. La musique qui me frappe de plus en plus dans ses œuvres est aussi au rancard à travers Kagemusha, Shin' Ichiro Ikebe m'a transporté avec sa composition musicale. Ce film est donc infiniment beau mais aussi très humain, comme à son habitude le cinéaste japonnais y incombe toute une dramaturgie et il s'y atèle avec discipline et entrain. Son film est un long défilé de choix, de décision, cette homme condamné ( ou presque ) à devenir quelqu'un d'autre nous donne une réelle leçon d'humilité et de bravoure. L'ultime séquence en est l'incarnation la plus frappante. Pour autant, je concède une certaine frustration, j'ai beaucoup décroché ... Cela m'est déjà arrivé de part le passé avec Kurosawa et malheureusement ce fut encore une fois le cas. Ce point toutefois est un détail devant la puissance de ce contenu, ce tableau en mouvent réalisé par cet immense artiste. Le 19e films que je vois de cet homme au cours de ces douze derniers mois, Ran sera le prochain ...
Et bien... J'ai créé un compte rien que pour ce film, c'est pour dire! Je pensais avoir vu tous les classiques japonais, dont Kaguemusha, mais je n'en avais aucun souvenir. En fait je pense que mon inconscient l'avait enterré bien profond. À part la beauté des costumes, que trouvez-vous de potable dans ce film, mesdames et messieurs les 5 étoiles ? Un scénario bancal, un montage au katana, une bande-son misérable, un jeu d'acteur très Nô (même si ça pourrait aller avec l'époque), des extérieurs tournés dans un bac à sable... Et que dire de la réalisation totalement inexistante. Le film a manqué de moyens financiers, soit. Mais pour un film qui se veut épique, les scènes de batailles sont désastreuses, avec la défaite finale digne d'une série Z, avec ses 30 malheureux figurants alors que l'armée compte 25.000 soldats. La bataille de nuit est tout autant risible avec ses projecteurs verts complètement irréalistes, et vu le découpage on ne comprend pas qui est qui et qui fait quoi. Et que dire de la psychologie des personnages, survolée ou surjouée. Bref. Un classique parce que Kurosawa ? Un classique parce que Palme d'Or ? Naaaa, un classique, ça doit être un film presque parfait quant a son scénario et sa technique, ou tout du moins innovant. Rien de tout ça dans ce navet, on dirait presque que c'est son double qui l'a tourné ;-)
Oh, que ça commençait mal avec cet interminable plan fixe censé nous poser le cadre du récit. Mais ça devient très vite intéressant, de par le sujet (le pouvoir et ses coulisses) et par la beauté des plans. Ils peuvent d'ailleurs surprendre, des hommes en armes à foison des scènes de sièges, d'avant bataille, puis de fin de bataille, mais pratiquement pas d'engagements, n'empêche que c'est visuellement magnifique. Un grand film !
Le film d'époque, genre-phare de Kurosawa, revient comme une aura nostalgique dans l'ère hollywoodienne du cinéaste. Mais si on connaît et apprécie son style qui mélange action et grotesque, on peut rapidement être déçu de la tournure qu'a choisi Kurosawa pour sa mise en scène. Plus de bavardage et moins de batailles impressionnantes, ce qui fit le charme des 7 Samouraïs, ainsi que ses gueules d'acteurs, qui sont indispensables pour que le spectateur s'y attache dès le début, on ne retrouve pas Mifune, Takashi, ou ses amis acteurs de son âge d'or, mais des comédiens sans personnalité propre malgré un jeu correct. La réalisation de Kurosawa est très différente, les plans mouvementés qu'on lui connaît laissent la place à de nombreux plans larges et quasiment aucun très gros plan. La première séquence, bien que superbe, conserve beaucoup un aspect théâtral, mais reprendre cette idée sur tout le film devient lassante à la fin. L'histoire est néanmoins intéressante, mais le héros reste inactif, ses actes étant souvent le fruit du hasard. Et la séquence du cauchemar, très belle, est sans doute la pièce maîtresse du film.
Quelle chance d'avoir pu voir ce chef d'oeuvre de Kurosawa au cinéma dans sa version restaurée ! On ne remerciera jamais assez les petites salles d'art et d'essai de diffuser des oeuvres aussi fondatrices du cinéma international et de permettre au public cinéphile (ou non) de rattraper son retard ou seulement de profiter une fois encore de la magie d'une salle obscure pour voyager dans ces films d'anthologie. Ne l'ayant jamais vu auparavant, j'ai savouré ma découverte. Kagemusha est une oeuvre dont l'ambition est titanesque et qui parvient à la satisfaire pleinement. La fresque est peinte de main de maître et nous est exposée tout en couleurs vives et presque hallucinatoires. On voyage dans un passé amplifié, gonflé d'une vision exceptionnelle de l'histoire et des luttes de pouvoir, mêlant intrigues au sommet de l'Etat et déchainements des masses. C'est d'ailleurs tout à fait spécifique au cinéma de Kurosawa que de parvenir à filmer aussi bien l'immobilisme des preneurs de décisions en l'opposant aux mouvements carabinés de ce magma de corps anonymes. Les similitudes entre Kagemusha et Ran est frappante en ce sens, la perception du monde politique et guerrier du Japon médiéval varie entre distance et proximité de ces personnages qui expriment tant mais en disent finalement si peu. Le massacre final a d'ailleurs pour objectif de nous rappeler à la réalité. Kurosawa insiste clairement sur l'inconscience des chefs guerriers qui, fermés sur leurs stratégies militaires, en oublient les dizaines de milliers d'hommes qu'ils mènent et dont les vies leur appartiennent. Ce maître du cinéma japonais demeure donc toujours subtile, qu'il s'agisse de ses fresques épiques aux dimensions grandioses comme celui-ci ou de ses films plus intimistes (Rashomon, Le duel silencieux,...). Un bonheur de chaque instant pour tout passionné de cinéma !
Tout juste cinq années après Dersou Ouzala où Kurosawa explorait les terres soviétiques, il sort Kagemusha, l'ombre du guerrier. Il nous envoie dans le Japon du XVI siècle pour y suivre des guerres de clans dont l'un perdra assez vite son puissant et charismatique chef qui demandera, dans son dernier souffle, à ce que sa mort soit dissimulée.
Ayant du mal à financer ses projets, il se fait ici aider par Francis Ford Coppola et George Lucas, deux admirateurs du metteur en scène de Rashōmon, ce qui lui permet de mener à bien son projet et force est de constater que le résultat s'avère être à la hauteur de l'ambition c'est-à-dire colossal. Le cinéaste japonais nous offre une somptueuse épopée et surtout un film passionnant dont chaque seconde se révèle être un tableau d'une grande richesse, tant sur la forme que le fond.
Malgré une guerre omniprésente dans cette lutte des clans, Kurosawa s'intéresse surtout à l'humain, son rapport avec le pouvoir et la façon dont cela peut le changer et devenir une faiblesse. Il met l'Homme face à ses peurs et doutes et, pour mieux nous imprégner de ses thématiques, il ne néglige aucunement l'écriture des personnages et l'avancement de l'histoire. Il trouve toujours le bon équilibre tandis que, peu à peu, il met en avant la notion du double ainsi qu'une variation sur la dualité et la façon dangereuse dont il va se rapprocher du pouvoir, le tout dans un Japon féodal en proie à la guerre, la cruauté et les tromperies. Sublimé par une superbe mise en scène, il rend son film, tout le long, haletant et passionnant tout en faisant ressortir toute la dramaturgie, l'émotion, la puissance et la richesse du récit.
Ce qui frappe aussi à la vue de Kagemusha, c'est son côté esthétique, la façon dont Kurosawa orchestre ses batailles et dépeint de magnifiques, et marquants, tableaux, sublimant une belle reconstitution (décors, costumes etc). C'est spectaculaire et dans le même temps, il alterne bien avec les séquences plus intimistes et les questionnements sur le pouvoir, l'humain et la dualité. Devant la caméra, Tatsuya Nakadai est époustouflant dans son double rôle et fait ressortir toute l'ambiguïté de son personnage, tandis que les interprètes, dans l'ensemble, se fondent avec brio dans leur rôle.
Palme d'or 1980 (ex-æquo avec le remarquable Que le spectacle commence de Bob Fosse), Kagemusha met en avant l'âme humaine face aux pouvoirs, la vanité et la dualité, le tout sur de magnifiques et somptueux tableaux et orchestré avec grand brio par maître Kurosawa.
Déjà, un grand merci à Coppola et à Lucas, qui ont permis à ce film de se faire connaître à l'international. A l'époque, Kurosawa est en pleine déprime et il fait ce film de manière très compliquée. Le soutien des 2 cinéastes US lui seront bienvenus et la vision du film, encore aujourd'hui, recèle de nombreux moments de grâce. Plastiquement déjà, c'est bien évidemment du très haut niveau : plans composés de manière minutieuse, couleurs qui explosent, séquences oniriques bluffantes, costumes incroyables, reconstitution pointilleuse et surtout, des exploits techniques à peine croyable comme ce ciel coloré sur fond de paysage maritime. Si c'est parfois un peu long et que certains éléments narratifs m'ont paru un peu bizarres (pourquoi ne pas se servir du sosie pour terminer la guerre et prendre un ascendant psychologique irrémédiable, le film n'y répond pas), ça prend parfois un peu de temps pour dire certaines choses évidentes mais c'est aussi d'une richesse thématique inépuisable, les thèmes de l'aliénation de soi, de l'ivresse du pouvoir, du mensonge d'état trouvant encore beaucoup d'écho aujourd'hui. Formellement brillant, philosophiquement très riche, voilà la définition même d'un classique immortel, un coup de maître de l'un des plus grands cinéastes de tous les temps. D'autres critiques à lire sur
J'avais oublié qu'Akira Kurosawa savait aussi bien filmer. Il parvient à exploiter tout le potentiel de ses décors et de ses costumes pour créer quelque chose d’extrêmement esthétique. Il part de paysages naturels déjà magnifiques et tout son travail sur le positionnement des acteurs, la profondeur de champ, la lumière (notamment les levers et couchers de soleil) et la présence du brouillard permet aux images du film de tutoyer la perfection. C'était déjà le cas dans Les Sept Samouraïs, mais c'est encore plus épatant en couleur ! C'est bien simple, chaque plan pourrait être un peinture. Kagemusha n'est pas un film qui s’embarrasse avec de la musique. Il y a bien quelques notes jouées par les instruments traditionnels japonais par-ci par-là, ainsi que des compostions plus classiques pour les moments les plus importants, mais la plupart du temps c'est le silence qui accompagne les scènes de dialogues. Ces dernière sont les plus nombreuses, et généralement tournées en longs plans fixes. Pourtant, à aucun moment la réalisation ne paraît austère. Cela offre au contraire une certaine simplicité dans les échanges, donnant l'impression d'un rapport direct entre le spectateurs et les personnages. De ce fait, les acteurs captivent l'audience à la seule force de leur voix et des intonations mélodiques du japonais. Cela ne veut pas dire que l'attention est maintenue pendant tout le long-métrage, loin de là. Il y a quelques longueurs, et après la scène de la bataille nocturne on sent qu'il est temps de conclure. Malgré cela, Kagemusha reste une œuvre importante. Kurosawa a fait de ce conflit historique une fresque filmique remarquable, oscillant entre les moments comiques et tragiques, toujours avec énormément de beauté.
Kurosawa livre un film profondément philosophique sur les relations humaines et sur le pouvoir. Drôle, émouvant et ironique, intelligent et délicat : Magnifique.