Kagemusha, l'ombre du guerrier
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ProjecteurTemporel
ProjecteurTemporel

1 abonné 58 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 avril 2026
Avec Kagemusha, l'ombre du guerrier, Akira Kurosawa transforme le film historique en méditation sur l’identité, le pouvoir et l’illusion. La mise en scène, d’une ampleur picturale saisissante, compose des tableaux où la couleur et la composition traduisent la fragilité du simulacre. Le personnage du double devient le cœur du récit, révélant la distance vertigineuse entre apparence et essence. Kurosawa explore ainsi la dimension théâtrale du pouvoir, où la légitimité repose autant sur la croyance que sur la réalité. Une fresque majestueuse et contemplative, qui interroge avec profondeur les mécanismes de la représentation.
Laurent VOGEL
Laurent VOGEL

7 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 23 septembre 2025
J'avais vu ce film à l'époque au cinéma en 1980, j'avais alors 13 ans, quelle claque. Découvrir le Japon, toute cette philosophie, des images colorées, des acteurs impressionnant, et un scénario très poussé. Pour ne pas spoiler, je ne peux pas en dire plus, mais pour moi, c'est bien un classique du cinéma, que je viens de me refaire ce week-end en Blu-Ray... et je vais me refaire aussi très vite Les Spets Samourais et Ran. Merci Mr Kurosawa pour ce moment !!
Alolfer
Alolfer

178 abonnés 1 736 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 juin 2025
Aussi dingue que cela puisse paraître, Akira Kurosawa, en galère durant des années, revient pour un projet titanesque. Aidé par George Lucas et Francis Ford Coppola, le cinéaste japonais confirme de nouveau, son talent unique, de créer des véritables fresques comme on n en fait plus aujourd'hui. Durant presque 3h, Kurosawa démontre dans son histoire, un point de vue "spectateur" d'une successions de guerres pour la conquête d'un pays entier. Derrière ce personnage "spectateur, se dégage un souhait de paix par une violence inouïe. Tout cela est jumelé par une grande réalisation ! Depuis sonbpassage à la couleur, Kurosawa ne cesse d'expérimenter ces plans, rendant une image marquante ! Son introduction, les scènes de batailles, ou tout simplement sa fin, donne une impression d'une avancée technique pour son époque. Il est difficile à croire que ce Kagemusha soit sorti en 1980...

Une grande prouesse technique accompagnée d'une histoire poétique
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

91 abonnés 4 228 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 3 mars 2025
Au 16ème siècle, des seigneurs se combattent pour s'octroyer la suprématie sur le Japon. Lors d'une bataille contre deux clans alliés, le chef Shingen conçoit de placer à la tête de la famille Takeda le roturier Kagemusha, son sosie.
Le film d'Akira Kurazawa exprime une étrangeté qui n'est pas seulement lié à l'exotisme japonais. Dans un film solennel, le cinéaste fait cohabiter des scènes dépouillées et statiques -beaucoup de conciliabules agenouillés dans la tradition japonaise- et une action guerrière bien moins réaliste que stylisée. De ces combats incessants et fratricides dont, tout à la fin, dans les séquences les plus belles et les plus étonnantes, il suggère la cruauté et l'absurdité, Kurozawa tire une tragédie sur le mode shakespearien (guerres claniques, ambitions, cas de conscience...), non pas sombre et furieuse mais flamboyante par les couleurs vives, presque irréalistes, qu'affichent les costumes ou les étendards fouettés par le vent, aussi bien que les cieux crépusculaires ou que cette séquence onirique au coeur du film.
Je ne me suis pas passionné pour l'histoire, moins dense, moins puissante, que les intrigues shakespeariennes, ni pour le trouble qu'éprouve Kagemusha à propos de son imposture -thème qui me semble insuffisamment développé. Mais cette beauté formelle, plus particulièrement attachée à la guerre -dont il ne s'agit pas tant pour Kurozawa de montrer les batailles mais plutôt la chorégraphie des déplacements de troupes- est fascinante; elle nous attache à une civilisation évidemment très éloignée du mode occidental, à ses particularismes, bien que les personnages et l'intrigue ne sont pas aussi riches que je l'aurais souhaité.
laetjack
laetjack

6 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 mars 2025
Kagemusha (1980) d’Akira Kurosawa est un film épique et visuellement saisissant qui explore le pouvoir, l’identité et la guerre à travers l’histoire d’un voleur choisi pour être le double d’un seigneur de guerre japonais. Après la mort de ce dernier, le voleur doit assumer son rôle pour maintenir l'illusion de la stabilité et de l’autorité, un fardeau moral et psychologique immense.

Le film brille par sa mise en scène grandiose et sa photographie superbe, avec des couleurs éclatantes qui renforcent l’opposition entre splendeur et violence. La performance de Tatsuya Nakadai dans le rôle du kagemusha est magistrale, transmettant avec subtilité les tourments intérieurs du personnage pris entre illusion et réalité.

À travers ce drame historique, Kurosawa aborde des thèmes profonds comme la manipulation de l’image, la loyauté et le sacrifice. Le film interroge l’impact de l’apparence sur le pouvoir et la manière dont les individus, malgré leur place centrale dans l’histoire, restent souvent des pièces dans un jeu bien plus vaste.

La lenteur de la narration peut déstabiliser certains, mais elle permet de plonger profondément dans les dilemmes personnels du kagemusha. Les scènes de bataille, d’une beauté tragique, illustrent l’absurdité de la guerre et les sacrifices qui l’accompagnent.

En somme, Kagemusha est une œuvre profonde et poignante, un classique incontournable de Kurosawa qui explore la fragilité humaine et les illusions du pouvoir, tout en offrant une expérience visuelle et émotionnelle marquante.
Max Rss
Max Rss

252 abonnés 2 307 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 février 2025
C'était le bon temps. Celui où le jury de Cannes parvenait encore à détecter les vrais grands films. J'ai, par le passé, connu pas mal de personnes qui n'aimaient pas "Kagemusha". Non pas parce qu'elles lui contestaient ses qualités cinématographiques, mais parce qu'elles s'attendaient à autre chose, quelque chose où l'action occuperait davantage de temps. Or, il est primordial de savoir une chose : c'est que le Maître nippon mettait un point d'honneur à développer ses intrigues et qu'à ses yeux, l'action sans stratégie n'avait pas de sens. Que ce soient "Les 7 samouraïs", "Le château de l'araignée", "La forteresse cachée", "Yojimbo" ou "Sanjuro", tous les 5 répondent à cette logique. Il n'y avait alors aucune raison que "Kagemusha" fasse entrave à la règle. Et sans toute cette démarche que certains, et c'est leur droit le plus absolu, trouvent longue, il n'y aurait pas ce combat final. Lequel montrait une nouvelle fois (en admettant que ce fut utile) aussi bien dans sa mise en scène que dans sa maîtrise de la dramaturgie et de l'épique, pourquoi Kurosawa est toujours considéré comme l'un des plus grands cinéastes que l'on a connus. D'abord jouet de la folie des hommes, le Kagemusha finira par en être aussi la victime.
Noise&sound
Noise&sound

157 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 30 décembre 2024
Étrange… le film m’avait marqué enfant et aujourd’hui je le trouve très statique, filmé sur des plans arrêtés, un peu comme une pièce de théâtre nô ou du kabuki mais sans le côté spectaculaire. Les costumes sont somptueux, le jeu des acteurs est assez dépouillé et leur place dans l’espace intérieur est codifié. Ils sont maquillés pour signifier et les femmes sont presque totalement absentes (on se demande même si Kurosawa n’a pas pensé faire interpréter ces quelques rôles féminins par des acteurs masculins). Les scènes d’extérieur sont représentées comme au théâtre soit à l’aide d’une bande son lointaine soit en faisant défiler les protagonistes en contre jour devant une toile colorée signifiante. Ainsi pas de véritables scènes de combat. Des mouvements innombrables de soldats suggérés par de petits groupes qui traversent le champ en courant ou en galopant. A la fin restent les corps inanimés et ensanglantés preuves d’un combat acharné que l’on ne peut qu’imaginer. 
Certains y ont vu une empreinte shakespearienne mais il n’en est rien. C’est bien un hommage, une transposition du théâtre dramatique japonais traditionnel qu’a voulu Kurosawa. Et c’est pour moi, certainement l’intérêt principal du film car en 1980 la culture japonaise n’avait pas encore prise la place qu’elle a aujourd’hui en France. Le succès de « Kagemusha » puis de « Ran », 5 ans plus tard, va lui ouvrir la porte.
anacarde
anacarde

4 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 3 mars 2024
Je n'ai pas compris où le film voulait en venir... Il y a des scènes très belle certes, le tout est grandiose, on y a mis des images, de la couleur, des figurants, bref, on a mis les moyens pour le réaliser, cela se voit, mais à la fin je ne saisis pas trop l'intention de fond... Enfin, on voit tout de suite de quoi il s'agit, mais le film n'évolue pas ensuite et tourne autour de la même idée tout du long... . Du coup j'ai trouvé ça un peu ennuyant et n'invitant pas pas à plus dans son esprit, un peu coupant.... spoiler: J'ai trouvé le combat final ridicule aussi, quelle idée de décider de continuer d'envoyer ses cavaliers alors qu'il y a des fusils en face derrière des barricades pour recevoir, c'est vraiment complètement idiot. Autant de prise au sérieux pour des actions aussi débile, je trouve que ça gâche un peu l'attachement que l'on pourrait créer pour les personnages.

Je vois l'intention de fond, mais c'est vraiment l'absence d'évolution dans le film qui m'a beaucoup gêné, la passivité présente tout du long. J'ai trouvé que ça faisait un peu mélange échoué entre une volonté de peindre des réalités psychologiques et de centrer à fond le film en réalité uniquement sur ça, puis la guerre derrière qui - malgré son importance, l'importance centrale qu'elle serait censée prendre - est reléguée au rôle de pantin articulé... .
Et pourtant, je suis un fan invétéré de Kurosawa, mais ce film ne m'a pas convaincu et je l'ai trouvé globalement ennuyant et endormant, sans plus. Malgré tout, j'ai quand même aimé suivre et ressentir la torture intérieure que devait ressentir le double, et vivre l'absurdité complète en générale de la situation. De ce point de vue, on ressentait bien la pate de Kurosawa, toujours très appréciable... et très profonde dans ce qui est humainement décrit et raconté.
AdriBrody
AdriBrody

16 abonnés 774 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 novembre 2023
Akira Kurosawa, plus je vois de ses films plus je comprends son succès. Il est certain que ça ne s'adresse pas au grand public général mais qu'est-ce que c'est maîtrisé. La réalisation, la mise en scène et le scénario sont tous excellents toujours dans un Japon féodal bien sûr.
Quelques petites longueurs vers la moitié du film mais hormis ça, c'est une des grandes réussites de Kurosawa, sans nul doute.
mazou31
mazou31

130 abonnés 1 361 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 septembre 2022
Belle fresque d'un Japon du XVIe siècle, ravagé en permanence par des guerres picrocholines. Tous les plans y sont magnifiques, d'une beauté formelle qui devient presque lassante. L'histoire est amusante, probablement historique, tant de chefs, surtout les plus tyranniques, ayant eu recours à des sosies. Beaucoup de sous-entendus que l'on devine sont hélas incompréhensible pour un esprit occidental. C'est sûrement dommage ! Et le rythme hiératique est lui aussi tout à fait japonais (3 heures) mais quel beau livre d'images. Un véritable chef-d'œuvre comme quasiment toute la filmographie de Kurosawa.
Lliryc Samall
Lliryc Samall

4 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 20 février 2022
Je viens de prendre une gifle.
3h de tension qui ne retombe jamais, de cinéma qui n'existe plus et ce dès la scène d'introduction avec un plan séquence venu d'un autre temps.

Épaulé par Coppola et George Lucas, Kurosawa, dont peu de cinéastes peuvent rivaliser avec la filmo, renaît de ses cendres à 70 ans pour nous offrir un énième chef-d'œuvre.

Un monument qui traite comme rarement de la solitude et de la finalité de l'existence.
Patjob
Patjob

43 abonnés 755 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 2 septembre 2021
Une fresque grandiose aux accents Shakespeariens. C’est bien cela qui définit le mieux ce « Kagemusha ». S’il est avant tout un grand film de cinéma, il puise sa conception dans des arts différents : le théâtre dans la plupart des scènes « narratives », la peinture dans l’utilisation de la couleur et la construction des plans, la chorégraphie dans les scènes « guerrières », où les mouvements de caméra complètent et s’harmonisent avec le déplacement des armées multicolores. Deux histoires s’entremêlent pour constituer la trame du film. Une histoire collective, celle de la guerre des clans dans le Japon médiéval, inspirée de faits et de personnages historiques réels, et celle d’un mensonge d’Etat, imaginée par le réalisateur. Dans cette histoire collective, les ressorts de l’action sont l’appétit du pouvoir, la soif de puissance, et les jalousies et trahisons qu’ils génèrent, mais aussi le sens des responsabilités et le dévouement à un homme ou au collectif auquel on appartient (la nation ou le clan). Elle débouche sur une dénonciation de la guerre et de ses atrocités, dans des images paradoxalement d’une grande beauté. Une histoire individuelle, celle du « double », qui donne son titre au film. L’itinéraire de ce « double » tourne autour des questions de l’identité : celle que l’on perd, où l’on n’existe plus ; celle qu’on usurpe, ici par concours de circonstances et volonté d’autrui ; celle qu’on acquiert, par capacité d’adaptation (quelle est la part de la position humaine et sociale dans la construction d’une personnalité ?) ; celle à laquelle on s’identifie. Dans un même film, le créateur Kurosawa réunit des scènes de styles bien différents (le plan fixe, sobre, mais intense qui ouvre le film, par rapport aux mouvements de caméra qui accompagnent les scènes de troupes ou à l’explosion visuelle de la scène du cauchemar) qui touchent parfois au sublime : le dépôt de la dépouille de Shingen dans le lac et ses brumes (qui évoque un peu «Les contes de la lune vague » de Mizoguchi), le rejet déchirant du Kagemusha par la communauté sous la pluie battante, ou sa dernière action, guidée tout autant par la fidélité à un idéal que par le désespoir.
GéDéon
GéDéon

133 abonnés 711 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 mai 2023
Lauréat de la Palme d’or du festival de Cannes en 1980, ce film d’Akira Kurosawa nous entraine dans une histoire très shakespearienne. Dans le Japon de la fin du XVIème siècle, englué dans des conflits entre clans rivaux, le décès d’un grand chef est caché à la population par l’intronisation de son sosie (Tatsuya Nakadai). La description du pouvoir de l’époque, des règles de respect et de dévouement reste totalement étonnante et passionnante. Malheureusement, les scènes de batailles demeurent très théâtrales et beaucoup trop longues. Certes, il convient de leur reconnaître un caractère spectaculaire avec de nombreux figurants et costumes d’époque, mais cela ne suffit pas. Notons également que les délires oniriques si chers au réalisateur nippon, sont ici peu présents. Bref, une fresque sobre mais sans passion.
tuco-ramirez
tuco-ramirez

166 abonnés 1 775 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 21 juin 2021
Mortellement blessé lors d’un siège, le chef du clan Takeda demande que sa mort soit camouflée durant trois ans et qu’aucune expédition guerrière ne soit décidée durant ce délai. C’est là qu’intervient le voleur, sosie du chef, il va le remplacer et respecter les directives. D’abord loin de pouvoir tromper son monde, il se mettra petit à petit au diapason pour faire un chef de substitution plus que crédible. Seuls le petit fils du chef avec lequel il construira une relation forte et l’étalon auront des doutes, le premier les exprimera le second dévoilera la supercherie. Le fils du maitre reprendra alors le pouvoir et des velléités guerrières mise entre parenthèse durant trois ans jusqu’à la perte du clan.
Akira Kurosawa aura le renfort de Lucas et Coppola pour financer cette grande fresque épique historique. C’est aussi son premier film en couleur et comme un gamin avec un jouet, il en use voire à mon sens parfois en abuse. Il ouvre son film avec un long plan fixe de 6’ durant lequel trois personnages conversent qui est l’occasion d’introduire une des deux thématiques phares du film. Le sosie deviendra « l’ombre » du chef, tout est dit. Ce sera un drame intimiste sur un homme confronté à une tache qui le dépasse et finira par le tuer. Ce processus d’aliénation est au centre du drame du personnage principal. Incapable de retrouver sa propre personnalité une fois démasqué, il finit par sombrer dans la folie, le conduisant au sacrifice pour le clan.
C’est aussi un film antimilitariste avec un final qui fait écho aux velléités expansionnistes des nippons durant la seconde guerre mondiale qu’ils paieront aussi très cher. Cette thématique fait déjà l’objet d’un échange entre le voleur et le chef dès la première scène. Elle reviendra lors de l’épilogue comme une affirmation, quelle cause mérite tant d’horreur ?
Même si on ne peut que souligner l’énorme talent de Kurosawa, reconnu par l’obtention de la Palme d’Or pour ce film ; on peut déplorer que tout soit si appuyé au travers de séquences longues farcies de détails.
Trop hermétique pour moi, même si on perçoit l’intelligence et la maitrise.
tout-un-cinema.blogspot.com
Redzing

1 450 abonnés 4 912 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 juin 2021
Les années 70 furent difficiles pour Akira Kurosawa, autant sur le plan personnel qu’artistique, le réalisateur peinant à retrouver son succès d’antan. Il eut ainsi du mal à mettre sur pied « Kagemusha », la Toho refusant de couvrir l’intégralité du budget. Il faudra l’influence de deux fans américains du cinéaste nippon pour boucler le financement : George Lucas et Francis Ford Coppola, qui parvinrent à convaincre la Fox de cofinancer le film ! « Kagemusha » fut alors un succès critique et commercial, relançant la carrière de Kurosawa. Le film traite de Shingen Takeda, figure historique japonaise, et seigneur de guerre légendaire du puissant clan Takeda. Mais plutôt que de livrer un biopic, le réalisateur choisit une approche bien plus maligne : le film démarre sur la fin de sa vie, lorsque Shingen a trouvé un criminel qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Alors que Shingen reçoit une blessure mortelle, il demande à ses généraux de cacher sa mort, en mettant ce kagemusha (« guerrier de l’ombre ») à sa place. Une fantaisie historique, mais qu’importe tant elle est cinégénique ! « Kagemusha » pose ainsi la question de l’influence d’un seigneur, à tous les niveaux (politique, militaire, personnel, religieux…). Il montre que la simple image de celui-ci, voire le seul fait que le monde sache qu’il est encore présent, permet à son ombre de planer et a des répercussions draconiennes. Tout ceci est entre autres symbolisé par les actes du double, homme de basse condition tiraillé, car devant impressionner les puissants et aimer des gens qu’il ne connait pas. A ce niveau, Tatsuya Nakadai s’en donne à cœur joie dans ce double rôle énergique. Comme souvent chez Kurosawa, la mise en scène est subtile et picturale, afin de traduire avec finesse ces enjeux. Intérieurs avec postures théâtrales des personnages évoquant des tableaux. Jeux de mouvements de corps et de regards couplés à des changements réguliers de caméra. Et des séquences militaires utilisant de manière récurrente les ombres, thématique du film. Sans compter un enchaînement assez impressionnant de costumes et de figurants, bien que ceux-ci soient légèrement sous-exploités (la bataille finale en contre-champs a quelque chose de frustrant !). « Kagemusha » est donc une réussite, qui ouvrira la voie à l’excellent « Ran ».
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