Quand on connaît l'adaptation du roman de Mirbeau par Luis Buñuel, celle de Jean Renoir paraît bien fade. Ce qui est flagrant, c'est que les deux réalisateurs ont complètement récupéré le roman pour l'emmener dans leur univers. Faute est de reconnaître que celui incisif et acerbe de Buñuel le restitue superbement, quand celui de Renoir peine à l'élever au niveau de la Règle du jeu. Renoir tente sans cesse de ramener le roman sur son terrain sans succès, en témoigne l'ennui qui finit par pénétrer le spectateur.
Même les meilleurs peuvent se tromper, et Renoir ne fait pas exception. Une interprétation déficiente empêche "Le Journal d'une femme de chambre" (1946) d'être autre chose qu'une évocation lointaine de l'univers absurde de "La règle du jeu". Quelques scènes, notamment l'évocation de la fête au village qui sent bon l'anarchie et le désordre, sortent du lot, mais l'ensemble est banal, loin du grand Renoir.
À l’époque de sa sortie en France (1948, deux ans après la sortie aux États-Unis), cette adaptation du roman d’Octave Mirbeau fut largement critiquée, avant de voir sa cote remonter quelque temps plus tard. On reprochait initialement à Jean Renoir d’avoir adapté ce texte « si français » outre-Atlantique. Au-delà de ce chauvinisme blessé, on peut constater que le cinéaste atténue la dimension naturaliste et satirique du roman, probablement pour répondre aux canons de la production hollywoodienne. Il est vrai qu’on retrouve peu à l’écran la fougue et l’esprit anarchique de Mirbeau, que Luis Buñuel fera siens dans sa version de 1964… tout en trahissant parfois le contenu. Le film de Renoir s’avère donc plus lisse et consensuel, moins piquant que celui de Buñuel. Il n’en demeure pas moins de bonne facture, plaisant et parfaitement maîtrisé. Et à chacun son registre : malice et insolence pour Renoir, fétichisme et perversité pour Buñuel.
une découverte ce film et moi j ai beaucoup aimé. Paulette Godart y est remarquable. Un bon Jean Renoir même s il ne fait pas oublié La règle du jeu tellement remarquable.
Des trois versions du roman d’Octave Mirbeau proposées au cinéma, la première, celle de Renoir est dépouillée de tout connotation politique, voire sociale, le cinéaste cherchant à réaliser un film populaire, et bourgeois Le cinéaste ne respecte pas forcément sa règle du jeu établie bien des années auparavant. C’est joliment mis en scène, cadré sur la désinvolture de l’héroïne et la fantaisie presque ubuesque du fameux capitaine Mauger. Entre les deux, la noirceur du laquais liée à la sévérité de la maîtresse de maison, rétablit l’équilibre originelle des servitudes annoncées dans le préambule. A cette exception près que la belle ici affiche d’emblée ses ambitions de ne pas demeurer une servante. Renoir l’encourage à tout va … Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
C'est bien léché, de belle facture, c'est de la belle ouvrage, et Paulette Goddard est épatante comme toujours. Mais bon, on n'est pas emporté, ça manque de souffle et d'efficacité, et on s'ennuie un peu pendant les trois quarts du film. En revanche, les dernières vingt minutes sont impressionnantes. Un film curieux (je ne connais pas le livre), une comédie (mais acerbe) à la sous-Lubitsch (on pense un peu à Jennifer Jones), qui bascule à la fin dans le drame et l'horreur. L'héroïne, bien que foncièrement bonne, a des principes moraux sujets à caution, dévorée qu'elle est par son ambition, ce qui, je pense, a dû dérouter quelque peu le public américain, fan du manichéisme qui prévalait alors à Hollywood..