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    Le Goût du saké
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    ninilechat
    ninilechat

    69 abonnés 564 critiques Suivre son activité

    5,0
    Publiée le 7 décembre 2018
    C'est sans doute un des plus beaux films de Yasujiro Ozu, une dentelle subtile sur le temps qui passe, les enfants qui s'en vont -et aussi une réflexion sur l'amertume de ceux qui ont fini la guerre dans le camp des perdants. Le fier Japon, le Japon arrogant a perdu la face. Le fils du Soleil s'est déconsidéré en s'alliant avec les crapules. Hirayama (le très touchant Chishu Ryu, avec son éternel sourire qui dissimule ses sentiments) a été commandant de vaisseau, pendant cette guerre, et lorsqu'il écoute des chants militaires avec un ancien compagnon d'arme, on ne sait ce qu'il ressent le plus: nostalgie? gêne?
             Alors, on se réunit le soir, après le bureau, chez une aimable restauratrice, et on boit. Du saké, mais pas que: de la bière, énormément, du whisky, aussi. Enfin: les hommes boivent. Les femmes travaillent, maintenant, elles sont secrétaires, employées de bureau, en escarpins, jupe droite et chemisier. Mais le soir, elles rentrent vite chez elles, remettent vite leurs tabis, s'occupent de la maison, et lorsque l'homme rentre, enfin, prennent son chapeau et son porte document et se précipitent pour leur servir le diner: au mari, père, frère.... Ce sont les femmes qui ont porté le Japon, après l'effondrement, nous montre Ozu, lui aussi un vrai féministe. Et quand elles disent d'un ton peu amène "tu as encore bu!", l'homme ne peut que bredouiller "mais non, mais non, à peine"
             Hirayama, veuf,  a eu trois enfants. L'aîné est marié, il tire le diable par la queue, et, comme les anciens, il est immature. Lui, ce n'est pas le saké (enfin, pas que...), il rêve de racheter ces clubs de golf bien chers qui lui assureront un statut social.
            C'est la très jolie Michiko (Shima Iwashita) qui, du haut de ses 24 ans, tient la maison paternelle.
            Hirayama avec ses amis inséparables, Kawai (Nobuo Nakamura) et Horie (Ryuji Kita) qui vient de se remarier avec une jeunette, ce qui est l'objet de vannes incessantes de la part des camarades.... (un "esthète le jour, cochon la nuit" a fait éclater de rire toute la salle) ont invité à dîner un de leurs anciens professeurs tombé dans la dèche.  Lorsqu'ils raccompagnent chez lui, dans un quartier misérable, le vieillard rond comme une queue de pelle, ils tombent sur sa fille, qui n'a jamais eu de vie à part s'occuper de son père, et Hirayama comprend que cela ne doit pas être le destin de Michiko. Il faut donc la marier. Car bien entendu, il serait hors de question qu'une jeune fille bien élevée fasse des rencontres par elle même: ce sont les parents et les amis des parents qui sont chargés de cogiter pour trouver chez les amis d'amis le jeune homme bien sous tous les rapports qu'on se chargera de faire rencontrer...
            C'est tout, et c'est sublime. Rien n'est dit, et tout est ressenti. Quelle leçon de cinéma! 
            Et toujours avec le sourire, cette bonne humeur de façade qui nous rappelle le comédies italiennes de la fin du néo-réalisme, impression accentuée par la musique guillerette, ni d'orient ni d'occident, qui accompagne les images.
    Misoramengasuki
    Misoramengasuki

    56 abonnés 399 critiques Suivre son activité

    4,0
    Publiée le 18 juillet 2008
    Marrant qu’on ait traduit "Sanma no aji" (le goût du sanma, un poisson-sabre commun dans les menus familiaux japonais) par "Le goût du saké". Il est vrai que dans ce film, on boit plus d’alcool qu’on ne mange de poisson... C’est la dernière œuvre d’Ozu. Une de ses plus apaisées, même si l’angoisse de la solitude et de la mort est bien présente. On n’y trouve pas les cris de révolte du "Voyage à Tôkyô", qui traite pourtant de thèmes similaires. Juste le sentiment que le temps passe, que les générations se succèdent et qu’il est dans l’ordre des choses que les anciens laissent la place. On sent pourtant le scepticisme d’Ozu à l’égard de la vie moderne et de la société de consommation vers laquelle se précipitent les jeunes générations. On le sent perdu dans ce monde en pleine transformation, incarné dès les premières secondes du film par des images d’usines, lisses et métélliques. Une impression renforcée par l’usage de la couleur, avec laquelle Ozu est visiblement moins à l’aise qu’avec le noir et blanc. Le savoir-faire cinématographique est là, incontestable. Le récit est toujours aussi sûr – comme de coutume Noda Kôgô à la plume aux côtés du maître. Mais ces choix esthétiques et cette façon de faire du cinéma sont en décalage avec l’époque, avec ce Japon de la haute croissance qui avance et repart déjà à la conquête du monde avec ses produits. Ozu appartenait à un autre temps, et il le savait. Autant que l’histoire d’un père qui lègue sa fille à un gendre qu’on ne verra jamais, son dernier film est l’histoire d’un cinéaste qui lègue son art aux générations futures. Et quand on regarde les œuvres de certains réalisateurs japonais d’aujourd’hui (Koreeda Hirokazu, Kawase Naomi, Ishii Katsuhito) il est rassurant de voir que cet héritage n’a pas été perdu. On n’en saluera qu’avec plus de respect la mémoire du maître.
    GéDéon
    GéDéon

    65 abonnés 458 critiques Suivre son activité

    3,0
    Publiée le 8 décembre 2023
    Pour son dernier long-métrage sorti en 1962, Yasujirô Ozu s’éloigne de son sujet de prédilection (le cercle concentrique de la famille) pour développer une critique plus large de la société japonaise de l’époque. Il s’agit ici d’une réflexion sur l’égoïsme d’un père refusant que sa fille se marie et quitte le foyer au risque de perdre son confort personnel. En effet, pendant que les hommes se mettent des tartines au saké dans les bars en devisant sur le bonheur de leur entourage, les femmes restent soumises à la maison. Si le réalisateur semble bien fatigué (la mise en scène reste très mollassonne), il fait preuve d’une extrême tendresse pour dépeindre l’humanité et le rapport parfois conflictuel mais toujours respectueux entre les générations. Bref, malgré le poids des traditions, l’oisillon prend toujours son envol.
    Patjob
    Patjob

    27 abonnés 566 critiques Suivre son activité

    3,5
    Publiée le 29 avril 2024
    Dans son dernier film, Ozu reprend, bien sûr dans son style cinématographique si personnel, des thèmes récurrents dans son œuvre : les rapports familiaux, leur évolution face à la modernité, les conflits de générations, les excès alcooliques et en particulier la figure centrale du père solitaire qui doit se séparer de sa fille. Toutes choses bien traitées, mais il manque à mon sens au film une colonne vertébrale scénaristique pour lui donner la dimension des meilleurs opus du cinéaste.
    anonyme
    Un visiteur
    4,0
    Publiée le 15 juillet 2012
    Quitter ses parents, se marier, avoir des enfants, les voir grandir, vieillir soi-même puis les voir partir à leur tour, et enfin se retrouver seul. Ainsi se résume l'existence des hommes quinquagénaires du "Goût du saké, dernier film d'Ozu. Tous plus ou moins portés sur la boisson, ils cherchent une façon de combattre la solitude : retenir sa fille égoïstement ou la laisser partir, trouver une nouvelle compagne de 30 ans sa cadette... Ozu observe ses personnages avec une certaine mélancolie, mais aussi une légère ironie, comme s'il se demandait à quoi rimait tout cela, lui qui ne s'est jamais marié et n'a jamais eu d'enfant. Plus discrètement, il s'attarde également sur les questions de l'amitié masculine, forcément vache, et la dislocation inévitable de la famille dans le Japon d'après-guerre (thématique cependant mieux étudiée dans "Voyage à Tokyo"). Un drame léger magnifiquement mis en scène par Ozu, qui s'en alla par la grande porte.
    Benjamin A
    Benjamin A

    669 abonnés 1 922 critiques Suivre son activité

    4,5
    Publiée le 20 mai 2017
    Testament pour Ozu qui décèdera brutalement d'un cancer peu de temps après, Le Goût du Saké met en scène un père veuf qui songe à l'avenir de sa fille lorsqu'un de ses amis lui propose un gendre pour elle.

    D'abord, je retrouve dans Le Goût de Saké tout ce que j'ai aimé dans ma courte expérience avec le cinéma d'Ozu, c'est-à-dire une façon unique de filmer la vie avec justesse, intelligence et sans excès, avec un art pour rendre les destins qu'il met en scène passionnant. Ici, c'est autour de la fin de l'éducation qu'il axe son film, il met en avant un père qui veut lancer sa fille dans la vie, la rendre autonome et indépendante de lui, ce qui passe, selon les traditions, par un mariage. Un des autres points du cinéma d'Ozu que j'aime beaucoup, c'est sa manière de capter l'époque qu'il filme en nous plongeant dans le contexte avec les coutumes qui vont avec, ce qu'il fait parfaitement bien ici.

    La force d'Ozu avec Le Goût du Saké, c'est de faire ressortir toute l'émotion et la richesse des enjeux et personnages. Ces derniers sont assez vite rendu intéressants, il les capte dans de simples moments de vies tandis qu'il jongle toujours avec brio, et talent, entre plusieurs genres. Il sait se faire bouleversant sur la situation du père, qui voit la vie défiler, la vieillesse arriver et sa fille toujours seule mais alterne avec des moments plus légers, de vies à l'image de ceux, parfois drôles, où les amis sont assis autour d'une table pour boire du Saké et par moments tomber dans l'ivresse. Derrière ces personnages, il aborde aussi la solitude et l'angoisse que ça peut engendrer, les scènes avec l'ancien professeur et sa fille sont d'une rare justesse et puissance.

    Derrière la caméra, il se montre à nouveau brillant, que ce soit sa façon de filmer les personnages ou de jouer avec les couleurs, toujours sans aucun excès et avec justesse (je me répète mais quel talent !). Il donne de la puissance à son récit, sans tomber dans le spectaculaire ou la dramatisation, et nous y immerge en plein cœur, aux côtés des personnages. Ces derniers sont tous très bien dirigés, se fondent dans leur rôle et font eux aussi ressortir la richesse et l'émotion de leur personnage, mention spéciale à Chishu Ryu.

    C'est un testament d'une richesse, profondeur et justesse rare que propose Ozu qui, à travers les sept films que j'ai vus de lui, m'aura déjà très fortement marqué, notamment par sa façon de filmer la vie, ses émotions et dilemmes, et ce avec puissance, intelligence, dramaturgie et justesse.
    VodkaMartini
    VodkaMartini

    43 abonnés 410 critiques Suivre son activité

    5,0
    Publiée le 29 septembre 2006
    Centré autour du thème, récurrent chez Ozu, de la solitude née de l'effronfrement des valeurs familliales au Japon, "Le Goût du Saké" ne tourne jamais au simple réquisitoir contre la modernité. Critique mais surtout humain, ce tableau d'un vieil homme se faisant violence par amour pour sa fille, est juste bouleversant. Tout cela est filmé avec un pudeur extrème. Génie est un mot qui ne devrait être accordé qu'avec parcimonie. Ozu le mérite mille fois.
    betty63
    betty63

    15 abonnés 428 critiques Suivre son activité

    4,0
    Publiée le 6 novembre 2011
    Doux-amer, drôle et triste à la fois. On ressent une certaine mélancolie dans ce dernier fim du maître qu'il noie dans le saké pour oublier un occident qui s'installe envers et contre tout et renverse des codes familiaux qui se délitent.
    inspecteur morvandieu
    inspecteur morvandieu

    18 abonnés 1 838 critiques Suivre son activité

    4,0
    Publiée le 24 mai 2024
    Avec "Le goût du saké", on est en pays de connaissance, familiarisé avec la réalisation tout en plans fixes géométriques elégamment agencés, familiarisé avec les comédiens qui sont invariablement de retour, d'un film à l'autre du cinéaste, avec ses mélodies musicales omniprésentes et typiques. Et pour finir, les thèmes chers à Ozu sont présents dans son dernier film
    Dans ce film où il se passe si peu de choses, je ne sais pas d'où proviennent le charme et l'intérêt; de la mise en scène? de la modestie séduisante des personnages? du reflet de la culture et de la société japonaises? Probablement de tout ce qui compose l'univers, identifiable entre tous, d'Ozu.

    Il est encore question au centre du sujet du mariage des filles, d'ailleurs toujours réclamé par l'entourage, plutôt que par le père ou par la fille elle-même, comme une obligation sociale. Les personnages d'Ozu sont jeunes, et dans ce cas plus modernes, tournés vers la société de consommation voire une américanisation des moeurs; ou bien ils sont vieillissants, de la génération du cinéaste qu'on sent si proche, si complice d'eux. Conformémént au péché mignon d'Ozu, c'est dans l'alcool, le goût du saké ou du whisky ou de la bière, dans les trinqueries entre vieux copains, voire dans l'ivresse, que l'on ressasse les souvenirs (y compris de la défaite de 1945, rarement absente du cinéma d'après-guerre d'Ozu) ou que l'on noie sa mélancolie et sa solitude. A cet égard, les dernières scènes, a fortiori parce que qu'on sait qu' Ozu ne tournera plus, sont pour le père de la mariée d'une grande tristesse.
    anonyme
    Un visiteur
    5,0
    Publiée le 18 juillet 2013
    Tranche de vie, d'un vieux monsieur qui veut que sa fille se marie et non qu'elle se sacrifie pour lui.
    C'est tellement épuré, tellement distant, touchant, poignant, pas un mot de trop. Les acteurs sont extraordinaires (notamment la fille du vieux monsieur). Et les plans... D'un calme , d'une zenitude...
    Le film méditatif mais pas lent, la musique par exemple est bien joyeuse et va à l'encontre de tout pathos dans cette situation tellement triste. Car le film dit bien cela : c'est la vie, tout simplement.
    Si on est sensible (comme moi) au cinéma de l'intériorité, de l'épuré, si on aime Bergman par exemple, je pense qu'on adorera ce film, pour moi un fantastique chef d'oeuvre.
    Je l'ai vu hier. J'ai déjà envie de le revoir.
    Arthur Debussy
    Arthur Debussy

    135 abonnés 678 critiques Suivre son activité

    4,0
    Publiée le 23 avril 2017
    Epure et subtilité ont toujours caractérisé l'oeuvre de Yasujirô Ozu, et une fois de plus son style ascétique fait des merveilles. La fixité des plans, leur composition méticuleuse, les couleurs nuancées à l'infini, la retenue des sentiments, les gestes lents... en s'astreignant à une esthétique exemplaire de sobriété, Ozu ne rend que plus fortes les situations qu'il dépeint. En effet, le Japon vaincu, ses traditions qui dépérissent et la mutation de la cellule familiale, préoccupations récurrentes d'Ozu, sont au coeur du «Goût du Saké». Il est aussi et surtout question de la paternité, de la difficulté de se séparer des êtres aimés : à mesure que le vieil homme quitte le monde et la vie, il doit aussi quitter ses enfants pour mieux les laisser grandir, sacrifice nécessaire pour le bonheur de tous. Pour son dernier long métrage, Ozu se fait donc mélancolique, sans être pour autant désespéré. Si peine et joie se côtoient, c'est bien la dernière qui prend le dessus, dans une sorte de sérénité des derniers instants. L'acceptation du temps qui passe et de la vieillesse est fondamentale chez le cinéaste japonais, et c'est de fort belle manière qu'il l'illustre avec «Le Goût du Saké». Interprété à la perfection, magnifiquement réalisé le tout avec une finesse remarquable : la carrière de Yasujirô Ozu s'achève avec grâce, et ce n'est que mérité! Le dernier chef-d'oeuvre d'un des plus grands cinéastes, en tous points admirable. [4/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
    Orno13
    Orno13

    8 abonnés 471 critiques Suivre son activité

    4,0
    Publiée le 10 décembre 2023
    Première incursion dans l univers du plus grand réalisateur japonais de l histoire du cinema..
    Et comble du sort c est son dernier film.
    Le gout du saké, comme son titre l l'indique il est beaucoup question d alcool ou les 3/4 du film le héros est ivre, ivre car sa vie est monotone, veuf et surtout cadre dans une industrie, il noie so chagrin dans l alcool pour oublier ses maux, heureusement sa fille qui n est pas marié l aide a tenir sa maison mais petit a petit il va devoir se rendre à l evidence de donner sa fille en mariage, qui va l entrainer dans un profond désespoir.
    Ozou dans ce film décrit une société japonaise américanisé, un capitalisme sauvage qui va fracassé peu à peu les traditions ancestrales nippone.
    C est en cela que le film est poignant, très intéressant et mélancolique.
    Criticman17
    Criticman17

    5 abonnés 212 critiques Suivre son activité

    3,5
    Publiée le 1 septembre 2018
    Le goût du saké est un film qui parle de Femmes. Les femmes ont un rôle central dans le film car elles sont la clé du bonheur des hommes dans le film. L'ivresse des hommes que montre le film dans plusieurs scènes témoignent qu'ils ont besoin de cela pour vivre et les oublier. Car sans cet état second, la réalité leur fait rappeler à certains hommes qu'ils sont veufs et qu'ils ont besoin de s’enivrer pour ne pas y penser. Le titre du film le goût du saké est une recherche d'un goût oublié celui de l'amour. Le saké représente l'amour de ces Femmes qui ont existé et qui ne sont plus là avec ces hommes et d'autres hommes mariés dans ces scènes accompagnent ces hommes veufs dans ces beuveries. Le film a plusieurs grilles de lecture, il est réalisé avec un cadrage et une mise en scène très spécifique à Ozu, le champ contre champ y est utilisé avec génie. Dernier film de la carrière d'Ozu à découvrir.
    Olivier G.
    Olivier G.

    3 abonnés 37 critiques Suivre son activité

    4,5
    Publiée le 10 novembre 2023
    Tout est dit sur ce film et très bien dit. Ce n'est pas étonnant, Ozu rendrait intelligents et sensibles les plus bornés. Une chose cependant que je n'ai pas lu encore, l'absence de la femme du personnage principal qui, tout au long du film, par touche subtile, vient souligner la solitude des personnages masculins, condamnés éternellement à rechercher l'être aimé mais trop tôt disparu.
    Cest un féminisme par le vide qui s'exprime dans ce Japon d'après guerre, les femmes meurent ou s'en vont laissant les hommes, maris ou fils, vider les bouteilles de saké dans les vapeurs d'alcool au rythme de leurs souvenirs (très belle scène où l'acteur principal reconnaissant un sosie de sa femme disparue, vient noyer sa tristesse et sa nostalgie de l'être aimé dans les flacons de saké le soir même du mariage et du départ de sa fille).
    Peuch Peuch
    Peuch Peuch

    2 abonnés 72 critiques Suivre son activité

    5,0
    Publiée le 29 avril 2024
    Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce "Gout du Saké" porte bien son titre. Qu'est ce qu'on picole dans ce film. Surtout les anciens. Et pas que du saké. La bière et le whisky participent également aux libations. Et on ripaille pas mal, aussi.
    Mais ce n'est pas que ça, bien sûr. En gros, c'est un peu l'histoire revisitée de "Printemps Tardif", en version plus alcoolisée, et en couleur.
    Un père veuf, doit se résoudre à demander à sa fille de se marier, et donc de quitter la maison parentale, conscient qu'il devra supporter un avenir empreint de solitude.
    On retrouve le thème de prédilection d'Ozu. Le mariage. Avec les petits complots ourdis par l'entourage pour trouver le mari idéal.
    "Le Goût du Saké", ou, comment allier à la perfection nostalgie, mélancolie, et fantaisie. Du grand art.

    Ce dernier film de Ozu, tourné en 1962, clôt le cycle que lui a consacré l'excellente chaîne Arte, en 2023, en proposant pas moins de dix films du cinéaste, le plus ancien, "Printemps Tardif", datant de 1949. Je les ai tous vus.
    Et je voudrais maintenant dresser un bilan très subjectif et non exhaustif de ces visionnages.
    Alors Ozu, c'est quoi?
    Tout d'abord, des histoires de familles. Avec un thème récurrent; "Les filles à marier".
    C'est aussi des conflits de générations entre des aînés encore traumatisés par la défaite de 1945, qui s'accrochent vainement aux anciennes traditions, et une jeunesse portée par un désir de vivre plus moderne, mais enlisée dans ses occupations professionnelles, et brisant, peu à peu, les liens familiaux. Il faut remarquer que tous ces sujets sont traités par Ozu, sans la moindre violence physique ou verbale. Et ça fait du bien.
    La façon de filmer. Des plans fixes avec caméra posée au ras des pâquerettes, ou légèrement surélevée pour les scènes d'intérieurs. Plans fixes aussi, et quelques rares travellings pour les scènes extérieures.
    Des lignes ou figures géométriques dans presque tous les plans, avec le mouvement créé par la gestuelle mesurée des personnages, ou le passage des trains.
    La sobriété des décors.
    La même équipe de techniciens, décorateur, scénaristes.
    La même troupe d'acteurs, portant les mêmes noms de personnages au fil des films.
    Plein de petites choses communes dans plusieurs films.
    - Les petites gargotes. "La Luna" revient souvent.
    - Les jeux ou le sport. Mah Jong, dominos, pachinko, base Ball,...
    - Les enseignes, en japonais ou en anglais.
    Et des choses plus importantes.
    - Les repas, le thé, ou les boissons alcoolisées, accompagnant souvent les nombreuses scènes de dialogues.
    - Les trains, ou parfois les bateaux à moteur glissant tranquillement sur l'eau, symboles du temps qui passe.
    Beaucoup de scènes de dialogues donc, et en contrepoint, des scènes de personnages seuls, qui nous font entrer dans leur pensées.
    En somme, un cinéma différent, singulier, fin et subtil, aux antipodes des créations tapageuses qui inondent nos écrans.
    Bilan de mes notations pour les dix films d'Ozu proposés par Arte.
    3,5 étoiles 2 films
    4 étoiles 4 films
    4,5 étoiles 1 film
    5 étoiles 3 films
    Avec une sérieuse envie de mettre cinq étoiles à chaque film, tellement je me suis régalé.

    Le cinéma d'Ozu, c'est des sentiments qui se promènent dans la légère brise d'un doux matin d'été.
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