Amélie Jolivel, 44 ans, elle-même fille d’éleveur, est connue pour son caractère bien trempé et son franc-parler : « En tant que véto, on vit dans une intimité très forte avec le monde paysan, on est fusionnel, et fusionnel avec leurs emmerdes aussi. » Épidémies, euthanasie, vêlages difficiles, Amélie est sur tous les fronts, parcourant une centaine de kilomètres par jour, pour rendre visite à ses clients. Au chevet d’un monde agricole en crise, Amélie soigne les maux des bêtes comme ceux des éleveurs. « Pour exercer mon métier, il faut aimer les gens bien plus que les animaux. Parfois abattue, mais jamais vaincue, celle qui a dû affronter, à 35 ans, un cancer réputé incurable, garde la foi dans son métier et dans l’avenir de l’agriculture. « Nos destins sont intimement liés, s’il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus de vétos. » La réciproque est évidemment vraie. De nombreux territoires en France sont aujourd’hui confrontés à une désertification vétérinaire. Si la Loire-Atlantique est pour l’instant épargnée, Amélie et ses trois associés ont du mal à recruter. Les jeunes vétos boudent « la rurale », effrayés par ses contraintes : pression, gardes de nuit, usure physique et mentale. Lysandre, 27 ans, réalise sa dernière année d’école vétérinaire en stage dans le cabinet d’Amélie, qui va la former. Avec l’espoir que celle-ci reste à l’issue de son tutorat. Amélie veille aussi sur Nadège, une jeune éleveuse de chèvres, qui fait face aux difficultés de l’installation. Une histoire de transmission et de survie.