De fait, Loin de moi la colère ne se complaît dans aucun dispositif et se compose avec un salutaire sens de l’écoute, jusque dans sa magnifique séquence finale : la nuit, autour d’un feu, les femmes se réunissent.
La « reconquête » française du box-office ne lâche rien – cette fois-ci, côté Seconde Guerre mondiale. Dans ce biopic à l’esthétique publicitaire, Antonin Baudry et son acteur Simon Abkarian décident de faire d’une caractéristique physique du Général, sa droiture, le principe formel du film. Si celle-ci donne lieu à des répliques douteuses, elle permet surtout à son interprète de travailler de façon surprenante le potentiel comique de la figure de De Gaulle.
Hélas, Leonardo Di Costanzo manque trop de confiance en la parole pour ne pas s’encombrer de flashbacks. Plus ou moins déformées par le temps et les affects, ces réminiscences introduites par de (très) gros plans alourdissent un récit déjà grevé par le didactisme.
Dès les travaux préparatoires, comme une série de notes scénaristiques mal triées, chaque interaction professionnelle contient un «MeToo» potentiel, des ratiocinations sexistes du chef-déco envers la jeune metteuse en scène star des réseaux traitée de «people aux idées débiles» au paternalisme grivois du régisseur, en passant par l’angoisse du chef d’orchestre devant les révélations annoncées par une autre diva sur Instagram.
Le film s’éteint à petit feu, comme sonné, et l’aveuglement du père devient une allégorie assez balourde de l’auteur-réalisateur macho et tout puissant. Sorogoyen ne se mouille pas trop : il voudrait raconter l’emprise d’un père-cinéaste mais en reste au cinéma comme décor, ambiance de travail.
La construction d’un tel mémorial n’induit pas une forme dépouillée mais, au contraire, une saturation d’effets : contre-plongées menaçantes, jeux de lumière hérités du film de genre, scansions sonores appuyées. La «fidélité» aux faits que proclame le carton liminaire n’est pas tant celle du cinéaste naturaliste que du président de cour d’assises qui rassemble les pièces du dossier pour désigner les bourreaux, directs ou indirects, et établir son verdict.
Quid de la comédie ? Hormis quelques répliques prouvant que le «wokisme» en redouble les possibilités (l’affront puis sa tentative de correction) davantage qu’il ne l’annule, elle n’existe que comme le souvenir assourdi du premier opus. Là encore, l’effort est à la conciliation.
Le film dégagerait un charme bis si son calibrage XXL ne biffait pas sans cesse son potentiel kitsch par une exécution mécanique. Dans la galaxie Star Wars, où l’on ne sait plus tout à fait ce qui relève de l’original ou du produit dérivé, il remplit seulement sa fonction : c’est un pur filler, en attendant le prochain.
Si Colony trouve parfois à s’illustrer (timidement), c’est par la monstration des zombies en soi. Les corps filent debout ou à quatre pattes, patinent sur les sucs blanchâtres, les modes de déplacement s’éparpillent dans une débâcle joliment brouillonne en pleine galerie hypermoderne (redite flemmarde des films de Romero). [...] : bonne allégorie d’un film enlisé dans une pantomime de tous les passages obligés du genre.
Les films de Breien ont l'élégance de ne jamais faire la leçon, mais de questionner les autorités et leur pouvoir, non sans nuances de points de vue et parfois avec humour.
Les films de Breien ont l'élégance de ne jamais faire la leçon, mais de questionner les autorités et leur pouvoir, non sans nuances de points de vue et parfois avec humour.
Les films de Breien ont l'élégance de ne jamais faire la leçon, mais de questionner les autorités et leur pouvoir, non sans nuances de points de vue et parfois avec humour.
Le film restitue ainsi une subjectivité complexe, irréductible à la seule condition de persécutée. Les deux premiers chapitres adoptent une veine largement biographique, montrant le quotidien d’Etty sur fond de restrictions croissantes imposées aux Juifs. Mais la série se déploie ensuite vers une dimension plus intérieure, méditative, où s’affirment les accents philosophiques et mystiques du journal.
L’une des forces manifestes de The World of Love tient à l’interprétation épatante de son héroïne par Seo Su-bin, dont c’est le premier rôle. Si elle est de presque tous les plans, Joo-in est majoritairement filmée au cœur de son milieu, scolaire et familial : ni victimisée ni idéalisée, elle impulse un mouvement autour d’elle. À la recherche des mots justes, elle questionne l’aptitude de son entourage à recevoir les récits des violences sexuelles par celles et ceux qui les ont subies.
Cette longue bouffée délirante au pays de la puberté finit anesthésiée par son propre principe tautologique : faire horrifique uniquement pour raconter au bout du compte que l’adolescence c’est l’horreur.
Ce n’est pas par son intrigue, cousue de crin blanc, que le premier long métrage de Kate Beecroft participe d’un «nouvel Ouest». Plutôt du temps qu’a pris la Californienne pour se familiariser avec un recoin du Dakota du Sud [...] Kate Beecroft n’explique pas plus qu’elle ne choisit entre l’ardeur documentaire qui l’a attirée vers ce mode de vie et les codes Sundance-friendly qui lui ont valu le Prix du public à ce festival.
L’intérêt de The Drama tient cependant dans la façon dont la mise en scène se décolle des dilemmes moraux posés grossièrement par le scénario [...] Mais ces quelques trouvailles et pas de côté pèsent peu face à la lourdeur démonstrative dont témoigne Borgli, qui tire surtout de ce canevas un jeu de massacre dénudant chacun pour dévoiler son fond de médiocrité.
Au risque du court-circuit, le spectateur se retrouve placé dans le rôle du corps conducteur – ou de l’intermédiaire. C’est cette forme d’implication, qui passe peu par les personnages et beaucoup par la mise en scène, qui donne à The Criminals son attrait singulier : un pur jeu d’une rigueur mathématique.
Derrière son propos social, l’enjeu de Sauvons les meubles est connu, voire rebattu : Lucile doit se réconcilier avec sa mère avant qu’elle meure. Le plus convaincant reste donc le pouvoir de provocation donné à l’actrice-personnage, cristallisé autour de l’habileté professionnelle de la photographe.