Mais si The Dog Stars arrive à être plus touchant que la plupart des films de cette envergure, c’est parce qu’il prend le parti de la jeunesse moins dans son discours (somme toute assez convenu et vaguement rassembleur) que dans ses ludiques principes formels. [...] le Britannique s’éloigne de son pompiérisme habituel pour retrouver l’étrange équilibre entre spectacle et simplicité qui caractérise ses meilleurs films (Black Hawk Dawn).
La maltraitance du bestiaire disneyen cruellement confronté aux situations les plus trash et malaisantes s'accommode à merveille de la dénonciation des faux-semblants qui constitue justement l'enjeu philosophique et scénaristique du dernier opus.
La résilience selon Isabel Coixet ne nourrit ainsi qu’un énième avatar du mélodrame contemporain, qui s’extrait de tout conflit avec autrui pour offrir un seule-en-scène interminable, clos sur lui-même, détaché de toute transcendance comme de tout regard porté sur l’extérieur.
Sarah Miro Fischer circonscrit son récit aux atermoiements intérieurs de ce témoin muet, empêché de parler par l’amour qu’elle porte à son frère. Le dilemme tragique est pourtant vite remplacé par une trajectoire univoque portée par les valeurs du bien et de la justice, où Rose passe du statut de complice [...] à un courage libérateur.
Qu’advint-il des six guérilleros cubains qui, en octobre 1967, survécurent à l’exécution de leur commandant, le Che, quelque part en Bolivie ? La réponse, savamment documentée par Christophe Dimitri Réveille, mérite le détour. Parce qu’elle permet de retracer en mode thriller l’odyssée haletante – mortelle même pour l’un d’eux – que fut le retour des combattants, en cinq mois, au pays natal.
Le réalisateur plonge régulièrement ses décors dans le noir, quand il ne les éclaire pas à la lampe torche ou à l’éclair orageux. Les silhouettes fantomatiques qu’il y fait passer ne suffisent pas à imprimer l’authentique étrangeté qui aurait permis à ce conflit foncier de s’incarner, de devenir autre chose qu’une histoire de gros durs déchirés attentifs aux mauvais présages.
Le dernier plan révèle en négatif ce que manque Schleinzer. Pendant de longues secondes, Hüller, nouvelle Jeanne d’Arc avec sa couronne sur la tête, reste immobile et absorbée. Brusquement, elle tourne son visage par réflexe, comme si quelqu’un l’appelait depuis le hors-champ : elle retrouve enfin une vie propre, de personnage et d’actrice.
En misant sur l’amitié comme principal combustible, le film ne s’engouffre ni dans le portrait strictement vengeur (que Maman déchire d’Émilie Brisavoine poussait à son paroxysme) ni dans l’esquisse d’une tiède résilience. Il émerveille quand, sans crier gare, Christine envoie balader la voix romanesque de son ami cinéaste et exige face caméra une véritable « aventure à deux ».
Si bien que l’on peut même accepter les défauts formels de ce film, qui du point de vue de ce qu’il raconte ne concède rien, comme un refus de toute joliesse, de tout soupçon d’esthétisation. Il en résulte une œuvre aussi âpre que droite dans ses bottes.
Poussant la dimension de comédie noire de la saga à un niveau inédit de détraquage satirique [...] Le spectacle de la contamination du mal est d’autant plus réjouissant qu’il se joue dans ce cercle familial étanche, offrant au beau personnage de pièce rapportée de Souheila Yacoub de glisser entre les grimaces et les visions – parfois puissantes comme des brûlures – de cet infernal brasier.
Ainsi que le suggère son titre, Hair, Paper, Water… préfère l’énumération et l’association de motifs à la narration linéaire. Il déplace ainsi l’exercice du portrait documentaire vers une logique de la sensation.
C’est le sujet du scénario : une femme n’a qu’une vie, et malgré la multiplicité des responsabilités, des aspirations, il faut choisir. Rien d’époustouflant, mais la subtilité gît dans le rapprochement des amantes, mis en scène sous forme d’à-coups furtifs en milieu hostile, les corps profitant d’être fondus dans la foule pour s’unir [...]. On voit ici combien la perspective de se réinventer à travers le désir est en soi précaire, aussi fugitive qu’un frôlement. En amour comme au travail, le temps manque.
Si la musique de Chostakovitch lui apporte son lyrisme, l’émotion que procure Retour avant 15h est profondément liée à la façon dont Gaël Lépingle se rapproche d’un père via son absence même.
Dans ce quasi-huis clos, cette fuite dans l’attente, ce surplace utopique, la dimension romanesque ne consiste pas à accumuler des situations mais, au contraire, à se donner le temps de les rêver. Et surtout, à travers la forme cinématographique, à se mettre totalement du côté de ces jeunes gens en magnifiant tout ce qui peut l’être.
Le film pourrait presque constituer une trilogie contemporaine aux côtés de Life of Chuck de Mike Flanagan et Here de Robert Zemeckis, deux autres films cerveaux où la confrontation entre l’infiniment grand et le quotidien à travers le vertige du temps donne lieu à de bouleversantes fresques humanistes. Ce regard candide impose au passage un pacte étonnant avec le spectateur qui sait très vite qu’il ne sera jamais trahi ou manipulé
Brand New Day marche surtout sur les plates-bandes des trois Spider-Man de Sam Raimi, dont il constitue, parfois au plan près, un remake à peine déguisé. Si en comparaison, tout paraît ici plus timoré et mécanique, ce supplément d’âme hisse sans effort Brand New Day au-dessus de ses prédécesseurs directs.
Si L’Odyssée essaie de sortir d’une structure strictement épisodique (débarquement sur une île, péripéties, fuite) pour ouvrir à la projection (côté fils) et à la réminiscence (côté père), il échoue cependant à faire passer le temps dans les corps, les âmes. Et trop souvent se complaît dans les clichés visuels, sans parler des scènes d’action brouillonnes. Alors que le sentiment du tragique devrait nous étreindre, Nolan fait apparaître l’exil d’Ulysse et Pénélope comme une croisière grand luxe pour retraités.
Aprile est un événement. Pour ses contemporains d’abord, car Moretti demeure l’un des meilleurs sismographes des tremblements et des fractures de la société d’aujourd’hui. (…) Sur la politique, sur la télévision, sur le rapport à l’autre, son film est souverain.
Peut-être aurait-il fallu lâcher les mailles de la réalité sociologique (le trafic de femmes, bien réel) pour qu’une dramaturgie pousse plus librement dans les marges de ce Triangle à angle droit.
Tommy Guns serpente entre les registres de l’essai naturaliste, du thriller de guerre et du film de morts-vivants (stéréotypes inclus). Il laisse au spectateur pour le moins dérouté, sinon heurté, le soin d’éprouver le rapport qu’il entretient avec ces différentes représentations.