Aprile est un événement. Pour ses contemporains d’abord, car Moretti demeure l’un des meilleurs sismographes des tremblements et des fractures de la société d’aujourd’hui. (…) Sur la politique, sur la télévision, sur le rapport à l’autre, son film est souverain.
Un certain goût pour le gothique évoque des éléments d’Antichrist de Lars von Trier, qu’Anders Thomas Jensen a coscénarisé, mais celui-ci rabote l’excès et la cruauté dans un sentimentalisme de plus en plus inoffensif. Farfelus en manque de tendresse, les marginaux y perdent leur force subversive.
S’il y a des symboles à tirer de ce monde touché par l’autoritarisme, la catastrophe environnementale et le racisme, Park se passe des discours pour communiquer la tension morale des personnages par l’atmosphère et les perceptions, faisant sourdre une étrange beauté de sa peinture du désastre et de sa nature altérée.
À travers ses plans immobiles de paysage volcanique, sa prédilection pour les ellipses et ses objets métaphoriques, Hanami s’ancre d’emblée dans la tradition poétique du cinéma portugais : il s’ouvre à la puissance archaïque des éléments et trouve son rythme dans le spectacle du désert et de l’océan.
Cette dystopie aux accents féministes signée par la plasticienne grecque Evi Kalogiripoulou impressionne d’emblée par sa capacité à faire naître, avec des moyens modestes, un univers d’une étonnante richesse, à la fois réaliste, futuriste et mythologique
Dédié aux mères de Palestine, le film évoque un aspect secret de la guerre : l’effort de certains pour en préserver d’autres, qui transparaît dans la réminiscence d’un chant d’anniversaire entonné dans une maison occupée par des soldats israéliens, tandis que tombe tristement à l’écran une fusée éclairante.
La mise en scène aussi erre entre couloirs et coulisses, tantôt en caméra collée aux basques de Nina façon Birdman d’Iñarritu, tantôt faisant apparaître Molière en personne pour encourager l’héroïne et parachever un plaidoyer pro domo dont l’institution séculaire n’avait pas besoin.
Si cet événement mystique, reliant arbitrairement les personnages, rappelle le tremblement de terre qui secouait tous les Angelenos à la fin de Short Cuts, le film creuse moins l’horizon altmanien d’une collision fortuite entre plusieurs existences que celui d’une réconciliation générale, évoquant plutôt Revoir Paris (Alice Winocour, 2022)
Tout l’enjeu de ce « thriller en tongs », selon les termes de Demoustier, est donc d’avoir à la fois un pied dans la légèreté d’un coming of age estival et un autre dans l’effroi, comme la rencontre improbable de Guillaume Brac et Alfred Hitchcock sur une plage landaise.
En mêlant au récit des retrouvailles de Nourou et Maja celui de la présentation du film à la Berlinale, Köhler brouille les pistes. Le décorum festivalier, expression de privilèges économiques ou sociaux, interfère avec l’intime. L’histoire sentimentale ne cesse d’être déportée à la périphérie du récit, son romantisme empêché par d’autres enjeux.
Si le film déborde de nostalgie, ce n’est pas celle de son support (lequel n’a sans doute, sauf rare exception, jamais servi au cinéma): dans ce petit téléphone-walkman (moins de 100 grammes), Koberidze trouve simplement une sorte de filtre magique à partir duquel il invente, ce qui tient quasiment de la performance, une méthode et un langage qui n’appartiennent qu’à lui.
Voilà en quoi ce film si peu onirique peut être une aventure rêvée : il n’y a guère qu’en songe que les mailles du récit peuvent ainsi se relâcher, qu’un méchant certifié s’absorbe dans la contemplation des frondaisons vibrant sous la brise, et qu’une histoire d’amour s’esquisse in absentia.
Joliment incarnées par la troupe d’acteurs (Grégory Montel et Florence Loiret Caille valsent entre tendresse fébrile et humiliation), les déclarations fougueuses au verbe étrange volettent au-dessus du vide et frôlent le factice. Mais dans son optimisme bancal à minuscule échelle, le film reste fidèle à un constat fondamental : comme il est dur d’y croire encore.
Malgré des gags efficaces (la calvitie éblouissante du cowboy), le film se rabougrit autour de la petite fille et rend plus que jamais sensible un triste sursis (des jouets, de la saga, du cinéma face aux petites lucarnes) derrière un vernis un tantinet démagogique : pas besoin de Pixar pour connaître le potentiel abrutissant des écrans.
Pour vraiment brosser le portrait d’une héroïne complexe et indépendante, Supergirl nécessiterait une gravité dont le cinéma de superhéros, dans sa mouture industrielle actuelle, semble malheureusement incapable.
Voilà le sanguinaire Robin Hood se découvrant féru de jardinage, Jackman rejouant alors le héros las et revenu de tout, une veine déjà explorée dans Logan. La déconstruction du mythe est donc démystifiée à son tour, ce qui rend le film aussi surprenant qu’inconséquent.
Les Lego de Farhadi ne semblent bâtir qu’une vague méditation de philo autour de l’éthique du créateur. Est-il un voyeur ? Jusqu’où a-t-il le droit de tordre les destins ?
Par son alternance presque machinale entre l’action et le mystère, le film peine à trouver son rythme et même sa cohérence scénaristique, et n’en rend que plus pesante son ambition métaphysique.
L’un des aspects les plus intéressants du film réside dans sa manière d’explorer la géographie de Trieste, notamment sa proximité avec la Slovénie au moment où celleci venait d’intégrer l’Union européenne. La frontière devient alors un véritable enjeu identitaire, un espace métaphorique reflétant les promesses et les angoisses du passage à l’âge adulte.
Le vérisme du récit, qui prend des airs d’inventaire d’embûches, menace par moments d’étouffer l’émotion, mais permet aussi d’éviter la caricature : l’amour de la mère courage n’est pas dépourvu d’ambiguïtés, et si le père (Stanislas Merhar) fuit rapidement la situation, il n’en est pas moins considéré avec empathie.