Le film trouve sa force dans sa manière de montrer toutes les facettes de son personnage : l’homme aimé et considéré, pris dans un épais réseau affectif et seul à même de faire un peu dévier sa trajectoire ; et l’homme noir états-unien, sur qui semblent s’abattre des siècles de violence.
La bonne idée du film, c’est de donner une forme propre à chacun, accentuant ainsi le trouble de ce face-à-face inattendu. Les scènes avec Alessio ont une allure clinquante et baroque pleine d’énergie. Celles avec Gioia un aspect plus doux et rêveur. Dommage que Nicolangelo Gelormini finisse par privilégier la seconde (...).
Posant en odalisque sur son lit, en ménagère faisant la vaisselle en petite culotte ou en amante qui désappointe les hommes impatients qu’elle reçoit, Marina de Van reste au fond fidèle à la fantasmagorie qui nourrit son œuvre, accomplie et percluse à la fois dans l’étreinte fatale d’une relation fascinée et auto-érotique à son corps.
Malgré la sobriété de l’interprétation de Gilles Lellouche, "Moulin" se perd dans cette dualité un peu grossière entre le nazi dans toute son horreur et le résistant ultime.
Récit d’émancipation, porteur d’espoir, le film conserve du roman certaines images fortes comme les longues chevauchées à cru de Lucy, magnifiquement retranscrites à l’écran, grâce au travail réalisé sur les décors – effets de contraste, lumière changeante selon l’heure et la météo.
Ce contexte de pauvreté ouvrant une fenêtre sur une communauté méconnue aurait pu donner lieu à un documentaire misérabiliste, mais ce n’est pas du tout l’inclination qu’Alexander Murphy a souhaité donner à "Irish Travellers". Le réalisateur n’est jamais dans le commentaire ou dans le jugement mais plutôt dans l’observation empathique.
"Quelques mots d’amour" est délicat, insolite, émouvant, c’est une fable réaliste et incertaine – comme on en trouve parfois, en un miracle régulièrement renouvelé, dans le cinéma français – qui fait entendre un autre ton et voir d’une autre manière que les canons en cours.
De ce trauma, Xavier Pestuggia creuse surtout la difficulté de se livrer à l’autre, sondant les silences, les non-dits. Le cinéma marche alors pas à pas avec l’invisible aux frontières de l’ésotérique. Quelque chose s’est passé, dont on ne sait comprendre tout à fait la réalité.
"Papa où t’es ?" frappe davantage par sa visée pédagogique autour du sort réservé aux centaines de milliers de jeunes entre les mains de l’ASE. Là, le film arrive à sortir du récit personnel (...).
On retrouve dans ce nouveau long-métrage les éléments qui contribuent à la richesse de l’univers du cinéaste sud-coréen, dans un mariage des genres entre polar, science-fiction et film d’horreur. Une chasse au monstre époustouflante.
Le Guédiguian nouveau est arrivé. Depuis bientôt un demi-siècle que l’auteur pose sa caméra sur le petit théâtre marxiste du prolétariat marseillais et qu’il en chronique, de manière assez passionnante, son funeste destin, on en connaît pour ainsi dire la musique. Là-dessus – sauf à pratiquer une politique des auteurs qui confine à la béatitude sectaire –, il y a évidemment des hauts et des bas. On dira qu’Une femme aujourd’hui ne fait pas partie des hauts.
Où est passé l’auteur de Seuls two (coréalisé avec Ramzy Bedia en 2008) et de Problemos (2017), deux des comédies les plus insolites et percutantes de l’histoire du genre en France ? C’est la question qu’on se pose en découvrant Le Roi du game, parodie plus que laborieuse de l’univers de l’heroic fantasy.
Le ton est volontiers grinçant, le rythme alerte grâce, notamment, à un montage habile. On peut seulement regretter qu’Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson n’aient pas poussé plus loin les curseurs de la satire et donné davantage de dynamisme à cette communauté, aucun des personnages ne dérogeant vraiment à la place sociale ou morale qui lui est initialement assignée.
Ces efforts seraient toutefois vains sans la créativité intacte déployée autour des personnages, de l’enthousiaste Shaun, le héros aussi prompt à trouver des solutions qu’à devenir l’agent du chaos, aux personnages secondaires, à l’instar du chien de berger Bitzer, toujours un peu dépassé par les audaces du gang de moutons tout sauf moutonnier.
Mais c’est surtout le lien robuste entre les deux filles qui est à noter. Cette amitié sincère et féconde, qui dépasse de loin la camaraderie d’enfance, se veut universelle et se substitue aux schémas familiaux et sociaux souvent réducteurs dans la fiction.
Ce film est un embrasement qui conjoint la misère et la luxuriance, la sainteté et la profanation, la rage mortifère et la vitalité, le choc explosif des couleurs, le prosélytisme et la profanation.
Ce moment de bascule entre un fantastique diffus et la chronique d’une monstruosité annoncée intervient sans doute un peu trop tôt pour ne pas diluer le trouble vénéneux du premier mouvement dans la révulsion causée par le copieux menu de la seconde.
Film de « sortie scolaire » comme il en existe déjà beaucoup (...), "La Gradiva" s’en distingue par sa façon de remettre en jeu la question de l’adolescence, portant sur elle un regard lumineux, ample et élégant.
Je veux bien pointe de nombreux angles morts du dispositif, dont la légalité vient d’être validée par le Conseil d’Etat, et propose une réflexion sur la manière dont la société conçoit et valorise le travail.
Que veut Maya, au regard humide ? Qu’est-ce qui clochait dans sa vie d’artiste ? Sans fournir de réponse toute faite, ni tenir de discours, Low Expectations (« faibles attentes ») vient se nicher dans la dépression ambiante – ou la lucidité – d’une certaine jeunesse qui envisage la vie adulte et les notions de réussite avec perplexité.