L’horizon est à l’évidence cette comédie italienne depuis toujours chère au cœur du réalisateur, mais il s’en faut toutefois de beaucoup, hélas, que cette esquisse sans réelle profondeur parvienne à l’atteindre.
Histoire de fantômes et de vengeance, Marama derrière une narration au cheminement attendu pointe avec une certaine justesse les dérives d’un détournement exotique de cultures traditionnelles qui exigent un ancrage un peu plus authentique.
Le film de la réalisatrice tchèque Zuzana Kirchnerova bascule alors vers un récit d’émancipation d’un rôle d’aidant de mère empreint de beaucoup de culpabilité et de non-dits un peu plus attendu, qui peine en tout cas à donner sa pleine épaisseur aux personnages croisés sur la route.
Malgré la brutalité de l’Histoire, le film parvient aussi à être aussi le récit clandestin d’un groupe de jeunes femmes qui, au milieu du chaos, réussissent à se bricoler des espaces de beauté et de liberté.
Au-delà de la force des témoignages, dommage que, dans sa volonté de prendre un recul analytique sur la situation, le documentariste se contente de donner la parole au discours d’extrême gauche le plus radical, en dissonance presque avec l’effort déployé par Alice Kisiya pour démontrer qu’un autre Israël laissant sa place à chacun est possible.
C’est précisément là que Michael devient le plus intéressant : lorsqu’il laisse de côté la lourdeur du biographisme pour plonger dans l’électricité de la performance live.
Dès lors, Les Fleurs du manguier fait le récit de ce long et périlleux périple à travers mer et terre vers une destination qui nous est d’abord inconnue. Raconté à hauteur d’enfants, au fil des jours qui s’égrènent à l’écran, le film nous plonge dans le même sentiment de déboussolement que ses protagonistes.
En filigrane se dessine toute une hiérarchie entre ceux qui bénéficient de solos, ceux qui ont parfois le sentiment de ne servir à rien. Nous l’orchestre vire alors au film existentiel dans lequel il est question pour chacun d’apprendre à trouver sa place.
Zoé Marchal détonne avec son jeu burlesque, désinhibé, sa manière de dire au revoir à son chéri en secouant mécaniquement la main. La Poupée aurait pu être plus féroce, mais le récit préfère égratigner gentiment les stéréotypes.
Soumsoum, la nuit des astres est une succession de beaux tableaux, de plans épurés, solaires ou nocturnes. La deuxième partie du film, tournée dans le décor à couper le souffle des montagnes et des canyons de l’Ennedi, lui donne une dimension mythologique.
A la violence de la société qui frappe ceux qui sont à la marge, Leyla Bouzid répond par la douceur. Son film, avec cette caméra attentive, déborde de tendresse pour ses personnages sans jamais se cantonner à quelque chose de lisse.
Autour d’une double disparition, les cinéastes Alexia Walther et Maxime Matray multiplient les fausses pistes, jonglent avec les paradoxes et les choses obscures pour mieux atteindre leur essence.
Mais, à force de s’identifier à la sphère diaphane de son héroïne, le film prend le risque de devenir tout aussi insipide. Son scénario à clé substitue à l’horizon formel de l’auto-effacement, mal endémique au Japon, une issue psychologique convenue.
Passant du noir et blanc à la couleur, Morlaix s’attache à mêler le réel et le rêve, imaginant différents scénarios et perspectives pour l’avenir de Gwen. Le problème, qui se manifeste dès les premières minutes du film, tient à son esthétique figée, qui relève surtout de l’hommage (à Jean Eustache notamment), ainsi qu’aux dialogues invraisemblables et ennuyeux.
Derrière une forme plutôt classique, cette comédie de situation qui s’empare de son sujet avec sensibilité vaut surtout pour ses deux personnages féminins, Céline et Mégane (Delphine Baril), la petite amie de Piche. Celles-ci bousculent avec justesse certaines des images encore stéréotypées qui collent au rapport des femmes à la maternité.
Zeki Demirkubuz incarne un certain cinéma d’auteur turc sérieux, à la frappe grave et profonde, qui entend nourrir une critique sociale. C’est la question du mariage arrangé – en net recul dans la Turquie actuelle – qui lui sert ici de point d’appui contestataire.
Le film se lance alors dans une joyeuse traversée des apparences. Une élégance s’en dégage, qui cadre bien avec la finesse de touche de Pauline Clément, mi-sociétaire de la Comédie-Française, mi-Broute sur YouTube, dont la présence déconstruite enchante.