McCarthy s’acquitte de la part la plus élémentaire du contrat en s’occupant de nous faire peur, et ce avec une certaine dextérité. L’intrigue avance pendant ce temps-là comme elle peut dans les trous, feignant d’ignorer ses petits angles morts, voire ses soucis de cohérence.
Haut en couleur et traversé d’une inventivité de tous les instants, "Un balcon à Limoges", grâce à sa grande vitalité formelle, parvient à construire une matière comique si organique qu’elle rend la bascule finale – que nous garderons pour nous – d’autant plus vertigineuse.
Comment endosser son rôle de mère à part entière si l’enfant s’avère entendante ? "Sorda" est très fort parce qu’il n’est jamais misérabiliste, qu’il ne fait jamais appel à ce sentiment rance qu’est la pitié. Grâce d’abord à Miriam Garlo.
Derrière le piège formaliste, il y a donc un beau film d’affects contradictoires. [...] En regardant frontalement les souffrances de cette femme, et en constatant sans détour la violence qui en émane, Lynne Ramsay offre à sa protagoniste la permission d’être ambiguë, voire méchante.
Cette insaisissable multiplicité, "Dao" la célèbre en un geste cinématographique ambitieux, dont la structure tout en improvisations, en micro-récits et en heureux accidents n’est pas sans rapport avec celle du jazz.
Car si "Le Diable s’habille en Prada" ne fait plus rêver, c’est que l’on sent bien que quelque chose a muté dans son contrechamp. Sa fashion industry très XXe siècle, quasi intacte dans ses mœurs, ne suscite plus seulement la fascination, mais aussi un mélange de désintérêt et d’écœurement : il s’abstient commodément de le filmer, parce qu’il lui fait sans doute un peu peur.
Que la seconde moitié du film s’alanguit parfois, perdant un peu de l’évidence accumulée dans les premières séquences, ne fera pas oublier la puissance de ce regard qui évoque dans ces plus beaux moments le lyrisme d’Alice Rohrwacher.
Mahamat-Saleh Haroun ouvre ici son cinéma au fantastique avec une grande douceur, où le merveilleux agit comme une forme d’hypnose apathique. Le lien entre les deux femmes s’enracine avec langueur, manière de résister à l’ordre patriarcal qui condamne les amours hors cadre et transforme en sorcières celles qui s’en écartent.
Extraits de journaux télévisés, de vieilles publicités présentant des visages de femmes fardées, des corps scrutés et aussi de magnifiques films amateurs évoquent le grand mélo de l’âge d’or d’Hollywood, ces images entretiennent avec le texte un rapport parfois clairement illustratif, mais parfois plus dialectique, prenant parfois le large ou servant de contrepoint.
Ce documentaire est passionnant de bout en bout. Parce qu’il est humain, au fond très politique au sens noble, et ne cache rien des failles de ceux qui essayent envers et contre tout de ne faire qu’un. Un éloge sans pareil du collectif.
C’est la très belle et bouleversante idée d’"À voix basse" que de faire exister dans un même plan le présent et le passé. Un simple et léger mouvement de caméra permet à la Lilia adulte de voir apparaître sous ses yeux la Lilia enfant. Toute la dialectique d’"À voix basse" tient dans ce principe de cohabitation.
Et c’est tout à l’honneur de l’auteur de comprendre que des enfants, même vivant des moments dramatiques, dangereux, ont toujours besoin de rire, de jouer, de s’amuser, de se dépenser physiquement, même si la mort rôde tout autour. Sans chichi, sans sentimentalisme ni sensiblerie mais avec sensibilité, le cinéaste japonais atteint son but : montrer des faits dans leur terrible crudité.
Tourné en sept jours à peine, avec des moyens microscopiques, dans l’appartement du réalisateur et chez un ami à la campagne, le film ne laisse rien paraître de ses contraintes. La maîtrise formelle de Castro, la précision de ses cadres et la poésie de son montage ne laissent aucun doute : on est face à un auteur important.
On ne saura jamais à quel point cette évidence est assumée par le film, qui se clôt juste avant le début des agressions alléguées, sur un étrange carton (“Son histoire continue...”) qui peut tout aussi bien être le teasing d’une suite, ou un clin d’œil narquois à la descente aux enfers qui s’annonce. Cette indécision constitue sa limite.
Un film absolument sympathique, où néanmoins commence à se faire sentir un effet de formule, de redite, voire de conscience excessive de sa propre recette : c’est peut-être la dernière fois que l’on se fera prendre par exactement la même liste d’ingrédients.
La grande réussite des deux cinéastes tient dans le façonnement de cette fantaisie étrange. Un burlesque à froid qui n’a rien de consolant mais qui représente la forme la plus délicate de l’inquiétude (à l’horizon, la fin du monde ne semble jamais vraiment loin).
Le film a l’intelligence de ne jamais être binaire dans ses perspectives et il inscrit discrètement et de manière très significative dans sa mise en scène les indices d’une émancipation en cours, d’un changement de paradigme.
Ingénieur plus appliqué que créatif d’énormes tentpoles Disney (les trois Pirates des Caraïbes), Gore Verbinski se trouve ici aux commandes d’un projet au budget plus modeste, presque une série B. Mais la liberté qu’il s’y octroie ne dépasse jamais un horizon de dérision rigolarde assez indigeste.
Au lieu de s'attaquer aux puissants tabous familiaux [...], "Le Réveil de la Momie" joue vaguement la carte du jeu de massacre. Il se conforte dans un imaginaire confortable, qu’il veut subvertir, mais qu’il ne critique jamais. Certes, le film est (parfois) divertissant, mais il est surtout encombré par cette matière qu'il se refuse d'aborder : dommage.
Ses personnages, incarnés par des acteur·rices formidables, sont des êtres vivants, de chair et de sang, ambivalents, vrais, pas des marionnettes froides au service d’un démiurge qui voudrait nous expliquer la vie. On pleure souvent en le voyant.