La part la plus intrigante et stimulante de Gavagai réside dans son propre paradoxe : en mettant en scène l’histoire de Nourou, Ulrich Köhler ne s’inscrit-il pas dans les mêmes maladresses que sa cinéaste qui se croit irréprochable ?
Le cinéma américain a longtemps cru que la route sauvait, qu’à l’horizon se trouverait quelque chose de l’ordre d’une renaissance. Cole Webley filme une route qui ne mène nulle part, sinon au bout de soi.
Le film est traversé par la conscience sourde de la disparition : disparition des moments heureux, des promesses, des êtres aimés. Les deuils y sont partout, mais jamais nommés avec emphase. Ils circulent discrètement entre les images, comme un courant d’air.
Avec son casting de stars comme autant de muses olympiennes, ses 250 millions de dollars et son tournage dans six pays différents, Christopher Nolan ne tombe pour autant pas dans les possibles travers des films à gros budgets, et rend intelligemment compte de sa propre idée du magistral.
Le film d’Elie Wajeman (Médecin de nuit, Alyah...) est fragile, cède à des facilités qui ne lui apportent pas grand-chose (l’errance d’un homme mort, par exemple), et laisse le spectateur sur sa faim. Dommage.
Sous ses couleurs pastel et sa langueur estivale, le film fait ainsi circuler une violence rentrée, une inquiétude sourde qui ne se dissipe jamais tout à fait. On pense parfois à Jia Zhangke – grand chroniqueur du post-communisme, autre disciple d’Antonioni –, à sa façon de laisser affleurer la brutalité du monde dans le flux tranquille du quotidien.
Hélas, les arguments paraissent bien maigres et insuffisants face aux lourdes gesticulations de cette parodie décomplexée, à l’attraction complaisante qu’elle exerce à l’intérieur d’un film qui reconduit des formules (la figure obsolète du tendre loser) vieilles comme le monde.
Pour la première fois depuis sa création, la saga Evil Dead tourne en rond. L’esthétique à la fois crade et stylisée, les motifs, lieux et mécaniques narratives (la maison isolée, le lac, la tronçonneuse) sont ressassés jusqu’à l’épuisement, et ce sans jamais retrouver le niveau de malice, de générosité et d’intensité du film de 2013.
Le plus important est le ton du film, farfelu, poétique, sa mise en scène avec des touches godardiennes tendance années 1960 (comme cette bagarre très stylisée, en poses figées, très brechtiennes, avec des policiers), ses dialogues absurdes.
Les habitant·es d’un camping tentent tout pour sauver leur radio locale. Alain Raoust signe un film joyeux et poétique irradié par la présence de Philippe Rebbot.
S’étire alors longuement le chemin de la rédemption, dans des scènes larmoyantes de grands remords qui tentent de nous apitoyer sur le sort d’un personnage que l’irréalité du film nous a malheureusement empêché d’aimer...
"Ghost Elephants", son on ne sait combientième film, est à la fois impeccable et relativement modeste. Herzog y accompagne de son commentaire d’outre-tombe l’enquête d’un drôle de biologiste américain, Steve Boyes [...].
En panne d’inspiration, "Supergirl" se raccroche à des recettes, des twists et des postures décontractées vues et revues. Si bien que la conduite outrageusement je-m’en-foutiste de l’héroïne et sa coolitude auto-proclamée finissent par se confondre avec la paresse d’un réalisateur qui ne prend rien à cœur ni au sérieux.
Du roman (autobio)graphique d’AJ Dungo, l’adaptation réalisée par Phuong-Mai Nguyen restitue un certain dépouillement dramatique, une façon très directe de figurer l’émotion tout en faisant évoluer son univers visuel : palette graphique plus diversifiée, esthétique plus pop...
C’est l’âme ferroviaire des trajectoires d’"Entroncamento" : multiplier bifurcations et correspondances tout en prenant soin de laisser les terminus hors champ, dissous dans la nuit.
Ici et là, Michel Leclerc tient peut-être un film. Mais il navigue dans l’attendu, le familier, et ne fait pas d’étincelles – un simplisme peut-être dû à son inflation narrative, qui ne pourrait tenir debout qu’au prix de grands efforts de clarté, et dans son cas d’appauvrissement.
Une ode à l’amour mais aussi au Liban, tourné par des acteur·rices palestinien·nes, soudanais·es, libanais·es réuni·es à des milliers de kilomètres des lieux décrits. Et donc une ode, aussi, au cinéma et au mélange.