Un tel documentaire a en lui-même quelque chose d’une entreprise folle, fascinée et acharnée, tout à son objectif de reconstituer pas à pas l’aventure dans ses moindres détails.
Sans révolutionner l’étude de personnage, notamment par ses inévitables scènes de crises de nerfs, la "Vie d’une femme" traverse sans encombre l’épreuve rebattue du « portrait de femme ».
"Hair, paper, water" maîtrise l’art de la dérive. Raccord avec sa forme, un filmage en pellicule 16 mm profondément sensuel, le film se laisse imprégner peu à peu par tout ce qui constitue le paysage intérieur et extérieur de Madame Hau, à commencer par cette langue Ruc qu’elle continue de parler et apprend à ses petits-fils.
"Pressure", en digne film de dialogues et de pourparlers, se concentre sur les summums de la joute et des confrontations, quand les répliques s’offrent en allégories applicables à notre propre époque soumise aux défiances contre le réel et contre la science.
La suite des "Ensorceleuses" trente ans après n’est pas meilleure que le film original, qui n’était pas bon. La faute bis à un scénario paresseux, délayé et hasardeux, qui se cherche un rythme en vain.
"Adieu monde cruel" offre à la vie secrète des jeunes, narrée en voix off par Françoise Lebrun, les couleurs et décors qu’elle mérite, nuits bressoniennes et blancs de rêves au diapason de leurs affects, rendus extrasensibles par la pellicule 16 mm (photographie à tomber de Tara-Jay Bangalter).
"Rose" (...) se tient en équilibre entre le fait divers extraordinaire et la fable quotidienne, la reconstitution historique toute en rudesse et le portrait énigmatique, et refuse presque systématiquement les effets de manche.
Ce fil ténu qui serpente entre frère et sœur donne aussi l’impression d’un refus d’obstacle : témoigner ou pas contre le frère, c’est sur cette prise de décision que se rassemble le film, sans avoir pris le risque d’un véritable face-à-face, d’une franche remise en jeu de la relation.
Ce qui n’empêche pas d’admirer la virtuosité de la mise en œuvre, oscillant sans cesse entre l’effet de réel et le rêve halluciné, et surtout l’étonnant à-propos politique au fur et à mesure que le récit révèle le détail de son mécanisme (...).
C’est dans cette quête d’un réalisme «mal dégrossi» que se figent péniblement les intentions du film, comme si elles roulaient des mécaniques en prétendant ne pas faire de style. On se cogne contre les murs de son intimidant sujet, de sa représentation codifiée, sinistre de l’appartenance de classe, où semble résider la cause de la transmission de la violence et d’un destin de délinquant tout fléché.
(...) tout s’enchaîne avec une telle neutralité de ton, un tel désintérêt, qu’on en vient à douter de la présence de qui que ce soit derrière la caméra ou même au scénario, qui dévitalise progressivement tout le roman de Heller.
"Face à la mer" reste un peu trop concret, austère, sage dans ce qu’il dévoile ou si fidèle à son propos et ce qu’il veut raconter, comme corseté, ne livrant qu’une trajectoire déjà empruntée, malgré les échappées en mer, le cœur à la dérive.
Impressionnant par son dessin, par les atmosphères qu’il sait élaborer en quelques plans et contraste de couleurs, ce conte dickensien gore du capitalisme tardif épuise par son manque de subtilité, par son besoin d’en rajouter toujours plus dans la détresse, dans l’emphase (...).