Sans jamais verser dans le pathos, la réalisatrice immerge le spectateur dans le quotidien de ce couple cabossé (lui par son accident, elle par un passé douloureux avec son ex-mari). Une histoire d'amour et de résilience.
La caméra n’oublie pas en effet de s’attarder à plusieurs reprises sur eux pour filmer leurs corps en mouvement face aux autres assis, immobiles, qui utilisent forcément leurs mains ou leur bouche pour produire les mélodies.
C’est pourtant lorsqu’on gratte le portrait, d’apparence très lisse, que la profondeur du Roi de la Pop se révèle. Aucune love story ou amour naissant. Aucune amitié non plus, si ce n’est un lama, un singe ou un serpent qu’il fait venir dans la demeure familiale. En quête d’un Neverland, le pays imaginaire de Peter Pan, il rêve en solitaire, avec pour seuls conseillers « humains » son garde du corps et son avocat.
Subtil, le long-métrage préfère, à bon escient, dénoncer les dysfonctionnements avec délicatesse, d’une manière in fine pas très éloignée du récent Derrière les palmiers de Meryem Benm'Barek, dont l’action se déroulait cette fois à Tanger, au Maroc.
Avec sa représentation d’une France reculée — un peu à la manière de Kervern / Delépine ou d’Alter Ego du binôme Nicolas et Bruno —, la comédie met donc en garde contre l’isolement et le danger de ne pas s’ouvrir aux autres. Bien senti donc même si on déplorera un manque de folie dans les situations rencontrées empêchant cette Poupée de dépasser le simple cadre du « film sympa ».
Ce portrait juste, porté par une remarquable Erika Karata (révélée au festival de Cannes 2018 dans Asako 1 & 2 de Ryusuke Hamaguchi), touche d’autant plus qu’on voit, malgré cette décision forte, la difficulté de l’héroïne d’assumer ce choix.
Presque comme une évidence, le film débute sur le ton d’une pièce de café-théâtre, avec des quiproquos, des touches d’humour et quelques répliques assez lourdes… avant de mettre le public dans un certain malaise en lui faisant à la fois éprouver de la pitié et de l’empathie envers des personnages plus profonds qu’ils ne le laissent paraître de prime abord.
Autour de cette prise d’otage, le ballet des médias avec la chasse au scoop est passé au crible par le cinéaste de Will Hunting, lequel livre un long-métrage maîtrisé, tendu, pertinent… avec en cerise sur le gâteau la présence en guest star (mais dans un rôle important) d’Al Pacino, ce qui n’est pas sans rappeler un certain Un après-midi de chien.
La réalisation est plus sommaire… et le déroulé, bien que pas déplaisant, donne plutôt l’impression d’intentions collées les unes aux autres, sans former un ensemble abouti. Mention spéciale à Bruno Podalydès en mystérieux voyant et dont on se dit, lors de la projection, que sa fantaisie, à la réalisation, aurait permis à cette Fille en or de véritablement briller.
Good Luck, Have Fun, Don’t Die fourmille d’idées… Tellement qu’il en devient confus et a du mal à les agencer. Verbinski propose, amuse, évite la critique facile mais peine à créer une véritable intrigue, prenante, malgré la qualité du cast où figure aussi l’excellente Juno Temple, vue ces dernières années dans la série Ted Lasso.
L’œuvre invisible est avant tout un hommage vibrant à tous les rêveurs, aux créateurs maudits et à ceux qui vouent leur vie à une passion sans arriver à en vivre correctement. Il s’agit aussi, à travers ce portrait, de parler d’une époque révolue où les films se concevaient également avec de la débrouille, grâce des producteurs qui osaient prendre des risques souvent inconsidérés, laissant une totale liberté à des créateurs et sans se soucier des répercussions économiques.
Un jeu d’acteurs très approximatif, une post-synchronisation calamiteuse avec de gros décalages de voix sur certaines séquences (c’était déjà le cas par le passé), des méchants caricaturaux au possible, du manichéisme à outrance et un surplus de bons sentiments qui rendent l’ensemble encore moins crédible…
À sa recherche, Céline Sallette livre pour sa part une prestation solide. À la fois courageuse et désemparée, la comédienne émeut et donne le tempo. Un peu plus en retrait, Bertrand Belin offre une point de vue plus détachée ou pragmatique sur les agissements d’Anja.
Respectant l’unité de lieu, de temps et d’action, puisque tout se déroule sur une seule nuit, climat inquiétant magnifiquement retranscrit par la photo d’Éric Gautier, le film évite le piège du théâtre filmé par la rigueur de sa mise en scène, son découpage précis et sa capacité à sonder la profondeur des désirs.
La volonté de bien faire est là mais le récit suit un scénario balisé, avec des rebondissements convenus, des événements introduits « par hasard » pour arranger l’histoire et certains passages gênants.
Yellow Letters se démarque des productions du genre en évitant le piège du combat perdu d’avance du petit Poucet face à l’ogre que représente l’institution pour interroger la notion d’artiste et son rapport à la politique.
La réalisation sensorielle, entre naturalisme et romanesque — un équilibre que la cinéaste ne trouvait pas dans son premier long-métrage — témoigne d’une envie de miser sur les contrastes. Parti pris idéal pour insuffler une atmosphère à la fois douce… et cruelle lorsqu’on ose regarder derrière ces fameux palmiers.