On sent aussi derrière ce projet l’envie de surfer sur le succès de La Femme de ménage en abordant des thématiques comme le triangle amoureux, la femme amoureuse et la toxicité dans le couple. Le décor principal, une maison bourgeoise coupée du monde, renforce cette impression. Quant aux quelques rebondissements ainsi qu'à la micro-réflexion sur l’écriture et la vérité, ils ne parviennent pas à rattraper les errances de cette proposition insignifiante.
L’objectif d’appeler à la prise de conscience tout en militant pour l’indispensable libération de la parole, qui doit se faire sans aucune honte, bien au contraire, est donc atteint.
Le plateau devient le lieu de la satire, de la farce et chaque tableau, filmé comme souvent chez le cinéaste mexicain en très grand angle est d’une originalité débordante…
Même si le scénario s’appuie sur certaines facilités, notamment en ce qui concerne la perception des habitants environnants vis-à-vis des Kinnars, Les Éléphants dans la brume s’impose comme un geste sincère et cinématographique, appuyé par la photographie de Noé Bach, lequel s’était déjà illustré, dans d’autres registres, avec La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet ou Spectateurs ! d’Arnaud Desplechin.
La faculté à réussir à s’inscrire dans la veine d’un cinéma classique, sans tomber dans le poussiéreux ni tenter de se montrer trop moderne dans ses partis pris, est la principale qualité de cette version qui, dans son approche, privilégie donc la raison aux sentiments — lesquels ont du mal à jaillir sur l’écran…
Le jeu de Brad Pitt, qui, à l’exception d’une courte séquence avec J. K. Simmons, ne donne la réplique qu’au toutou Odin, fait ressentir toute la douleur éprouvée par cet homme désabusé face à un monde où il ne trouve plus d’humanité.
Quant à Pattinson, il excelle dans la peau d’une personnalité égocentrique à la présence glaciale, qui, narquois, regarde ses proies dans les yeux au moment crucial. Une performance de haut vol pour un film troublant, qui percute de plein fouet.
À défaut de révolutionner son cinéma, l’auteur de La Vie de Jésus le renouvelle, délaisse en grande partie l’humour décalé de ses précédentes livraisons pour signer une œuvre à la fois lumineuse et sombre, qui mise sur les contrastes et recherche constamment la spontanéité.
Parfois à la limite de la violence gratuite, à l'instar d'Orange Mécani que de Stanley Kubrick ou de Funny Games de Michael Haneke, le film nous emporte avec lui vers une fin que l'on devine aisément mais qui, malgré tout, nous tient en haleine.
Un côté didactique omniprésent qui casse le rythme et lasse par sa mécanique où le petit Noboru, tiraillé entre deux cultures, demande toujours « pourquoi » avant que le papy ne développe. La seconde partie, autour d’un oncle disparu, au point de vue différent est plus concluante et apporte une épaisseur supplémentaire à ce mélodrame coloré, qui peine donc à allier l’aspect éducatif au divertissement.
Mais là encore, l’artiste nippon se montre académique et n’apporte rien de plus que les autres propositions touchant à la même thématique, telles Pas de vagues avec François Civil ou le très émouvant Petite Nature de Samuel Theis, œuvre beaucoup plus délicate dans son approche.
Un esprit de débrouille qui traverse ce film résolument libre, mais décousu dans son approche, voire maladroit lorsque le maître d’œuvre tente de faire le parallèle entre la condition des maquisards et celle de son équipe artistique, livrée à elle-même et manquant de moyens.
Quant à la mission, ce transport de lingots d’or, sans égaler, cela va de soi, Le Salaire de la peur, elle est rondement menée et réserve quelques passages tendus, dont la traversée d’un pont en bois vétuste. Quant au petit côté western, il renforce le petit côté rétro qui ravira sans aucun doute les nostalgiques de La Dernière séance, chère à Eddy Mitchell.
Otto, interprété par Milo Machado-Graner, en est la parfaite illustration. L’acteur révélé dans Anatomie d’une chute trouble par son calme, son silence, sa volonté de représenter intérieurement sa douleur et amène le spectateur à se questionner sur l’avenir.
Le mélange, maîtrisé, débouche sur un Ovni, haletant… et hautement politique, qui absorbe le spectateur jusqu’à son dénouement. Le tout accompagné d’une musique composée par le trio Matteo Di Stefano (membre fondateur du célèbre collectif de Marseille, Chinese Man Records), Gilles Alonzo et Julien Shickel.
Récompensée cette fois par le prix d’interprétation à la Berlinale, l’actrice d’Anatomie d’une chute, Toni Erdmann, La Zone d'intérêt ou Projet Dernière Chance, pour ne citer qu’eux, impose à nouveau le trouble. Elle ne cherche pas la douceur, mais vise surtout à faire sortir les épines de cette Rose sur laquelle l’étau n’a de cesse de se refermer au fil des minutes, d’une manière implacable. À la Haneke.
La décision de reporter d’un jour l'opération, au 6 juin, a ainsi permis de sauver des milliers de vies. Sobre et… bavarde, pour mieux faire entrer le spectateur dans les coulisses et lui glisser un maximum d’informations, la proposition vaut donc essentiellement pour son côté instructif, mais peine toutefois à élever le débat au rang philosophique et à dépasser le cadre théâtral (le film est d'ailleurs l'adaptation d'une pièce) qui lui aurait permis d'avoir une autre ampleur.