À travers cette tragique aventure qui prend la direction d’un voyage initiatique pour finir en drame psychologique, les sentiments nous submergent et finissent par nous emporter dans les sombres profondeurs de l’esprit.
En filmant sur près de trois heures deux célébrations, l’une de la vie et de l’amour en France, l’autre de la mort et de la famille en Guinée-Bissau, dans une même transe cinématographique, Alain Gomis lie l’humanité tout entière.
Tout le talent de Marie-Castille Mention-Schaar (« Le ciel attendra », « Divertimento »), virtuose de l’humanisme feel-good, est d’avoir raconté le cheminement psychologique et physique de ce héros authentique en évitant tout surlignage explicatif ou afféterie lacrymale - ce qui n’empêche pas les yeux de se mouiller à diverses reprises…
Si «Les Fleurs du manguier» n'est pas un documentaire mais une fiction magnifiquement photographiée par le collaborateur de Ryusuke Hamaguchi, Yoshio Kitagawa, le cinéaste nippon évite la sur-dramatisation et le misérabilisme pour filmer le combat quotidien d'une fillette de neuf ans pour préserver l'innocence enfantine de son petit frère.
Adaptation du roman de Sayaka Murata, « La Fille du Konbini » de Yûho Ishibashi doit beaucoup au jeu tout en nuances de son interprète principale, Erika Karata.
Si le genre du thriller n’est pas [le] terrain de prédilection [de Gus Van Sant], on retrouve ici la petite musique de son cinéma, son affection pour les « drugstore cowboys », même les plus dérangés.
« Le cri des gardes » est tout sauf du théâtre filmé, si proche finalement de l’univers que la cinéaste défend depuis toujours dans ses films, « Beau travail » ou « Trouble Every Day », pour n’en citer que quelques-uns. Soit un cinéma exigeant, hors norme, mais ample et percutant, qui joue des codes et des corps.
« Romeria » est aussi le portrait d’un littoral, celui de la Galice, rarement filmée au cinéma, un paradis maritime de criques et de rochers qui a subi de plein fouet, dans les années 80, le ressac du trafic de la drogue, laissant une jeunesse avide de liberté se brûler les ailes et la vie.
De toute évidence et comme une maudite coïncidence, « L’œuvre invisible » a failli le rester – invisible. Des galères de production, un manque d’argent… Il aura fallu des années pour que cette singulière déclaration d’amour au cinéma à travers le portrait d’un passionné fantomatique arrive dans les salles. C’est heureux qu’il y soit parvenu car les férus de mythes et légendes seront servis.
Avec force, sans détours, le film montre la souffrance ingérable, la mise au ban de la société, le rejet et l’exclusion, non pas par bêtise mais par ignorance.
Avec « The Drama », Kristoffer Borgli poursuit son exploration mordante de la culpabilité et du regard des autres dans une comédie noire aussi intrigante que dérangeante.
Bien sûr, le scénario propose un discours social très appuyé - sur les castes, les migrants, l’impossible vivre ensemble en Inde - et use de certaines ficelles mélodramatiques pour provoquer de saines indignations. Mais le charisme de ses interprètes, l’ambition formelle et ce dernier acte bouleversant dans l’Inde du Covid balaient ces quelques réticences.
On ne niera pas à Ronan Day Lewis un vrai talent de mise en scène, un cinéma rigoriste élégant mais il devrait oser alléger son propos, laisser entrer un peu de lumière dans sa belle noirceur et se défaire de quelques tics auteuristes. Et peut-être regarder son père, acteur ahurissant, qui hante « Anemone » de sa chaude froideur avec une intensité impressionnante . Il est la seule mais évidente raison de voir le film.