Voici le premier long-métrage d’un jeune homme qui se démarque totalement de la « production » de ses contemporains. Félix de Givry ose la poésie, le romantisme, multiplie les références à de glorieux aînés. On pense à Truffaut ou Téchiné devant cette évocation touchante et intemporelle de l’adolescence.
En voix off, Vincent Lindon se fait le narrateur de cette traque sous haute tension, accompagnée des témoignages des principaux intéressés qui commentent avec recul cette traversée de 2 400 km en cinq mois. Celle-ci est représentée à l’écran par des séquences dessinées en sépia, un parti pris qui évite la reconstitution factice.
Pour sa part, la comédienne allemande insuffle le trouble nécessaire à ce personnage marqué par l’horreur. Elle ne cherche ni la douceur, ni la compassion, mais à faire sortir les épines de cette Rose sur laquelle l’étau n’a de cesse de se refermer au fil des minutes.
Un rôle où Félix Lefebvre force le trait, cherche la performance, quitte à perdre en naturel… Jeu en décalage donc avec celui plus dépouillé de ses partenaires féminines, pour le coup très inspirées.
Dans un jeu nuancé, qui évite joliment le pathos, l'actrice est accompagnée par la mise en scène discrète, mais néanmoins présente, de l’Espagnole Isabel Coixet, qui pose sa caméra en Italie sans tomber dans la carte postale.
À l’inverse, les fulgurances de mise en scène et la qualité de l’interprétation du binôme et plus particulièrement de Niels Schneider, méconnaissable barbu et amaigri, envoûtent. Tout le symbole de cette œuvre hybride, audacieuse, qui essaie beaucoup de choses… sans tout réussir. Paradoxal donc, comme si le film tout entier était lui-même prisonnier de son concept, de sa complexité qui empêche, in fine, de faire jaillir l’émotion.
Émouvoir plutôt qu’épater, c’est le pari réussi de ce premier long métrage d’apparence modeste, qui surprend par sa justesse et son humour sans surplomb.
Imprégné d’une folie douce et d’une profonde réflexion sur la solitude et le désir de contact, ce patchwork touchant rend aussi hommage aux artistes qui luttent au quotidien pour tenter d’exister.