Mon impression après sept épisodes, à suivre pour l’avis final…
Tout d’abord, je dois vous avouer que, ces derniers temps, je suis de plus en plus perplexe par le travail de monsieur Murphy, l’infatigable et prolifique Ryan. Depuis 2024, les projets et les séries s’enchaînent à un rythme effréné. Bref, à force de multiplier les projets, Ryan Murphy donne parfois l’impression de privilégier la quantité à l’inspiration.
Ensuite, pêle-mêle, les références pleuvent : Bret Easton Ellis, l’écrivain bien réel et le protagoniste qui porte son nom ; Shining, utilisé comme film dans le film ; la mort de Sharon Tate ; le personnage transgenre ressemblant comme deux gouttes d’eau à Andy Warhol ; le « prédateur » et son Polaroid ; Debbie Harry de Blondie ; les appels téléphoniques façon Scream ; Brian De Palma et sa fameuse double focale ; le personnage camé/bourré façon Scarface ; le centre commercial de Body Double ; les lunettes du prédateur et le musée de Pulsions, jusqu’à la scène pseudo-érotique sous la douche… toujours Pulsions.
La bande-son est, elle aussi, soigneusement choisie, même si certains morceaux ont particulièrement mal vieilli.
David Lynch n’est jamais très loin, notamment avec Mulholland Drive et cette route sinueuse offrant une vue imprenable sur Los Angeles. L’avertissement flippant du sosie Warhol/Bowie rappelle celui de l’homme étrange de Lost Highway. Même constat pour le fond de teint blafard, abusivement blanc : franchement, je préfère largement l’original !
Terry Schaffer et Steven Reinhardt ressemblent quant à eux aux deux amants sniffeurs de coke et "bourreaux du travail" que furent Lou Reed et David Bowie durant leur période la plus sulfureuse, bisexuelle et jamais vraiment assumée !
On retrouve aussi des personnages tout droit sortis de Beverly Hills, entre Brandon Walsh et Donna Martin, ainsi que quelques jeunes qui semblent débarquer de Riverdale. Sans oublier les cassettes audio révélatrices écoutées au casque, façon 13 Reasons Why.
Et surtout ce clin d’œil, particulièrement énervant, à Twin Peaks : un travelling avant sur la vitrine des trophées de l’école, qui finit en gros plan sur un portrait de très mauvais goût… Je n’en dirai pas plus.
Bref, Ryan Murphy joue avec les références comme un enfant dans un magasin de jouets. Et parfois, c’est brillant. Parfois, c’est too much.
Pour ma part, l’épisode 5 est mou, inutile et franchement ennuyeux. La scène dans le studio façon Top of the Pops ne m’a absolument pas convaincu. Images kaléidoscopiques, clips ringards, palette de couleurs fades, échanges téléphoniques plan-plan et lacrymaux : tout cela respire le désuet.
Le clin d’œil à Carrie avec l’explosion de confettis rouges, ou encore l’apparition d’Anthony Ramos en présentateur TV caricatural et corrosif, malheureusement anecdotique, n’y changent rien.
Les deux loulous ne m’ont pas davantage convaincu avec leur nostalgie et leur collection de fringues figée dans le temps : pantalons taille très haute, culotte de cheval, vestes à épaulettes, combinaisons en skaï, fuseaux criards et mini-robe bleue de Debbie Harry.
Comme dirait Cliff : le disco flamboyant d’ABBA ne me manque absolument pas. À la rigueur, le disco-rock des Stones et de Blondie, oui, ou éventuellement les New Romantics britanniques. Mais certainement pas le disco tout court ! Désolé Nile Rodgers, mais le fric n’est pas si chic que ça !
Quant au diptyque des épisodes 6 et 7, Homecoming, la série oscille décidément entre le haut et le bas de gamme qualitatif. L’enquête menée par Bret Easton Ellis reste prenante et fait penser à la naïveté inquiétante de Jeffrey Beaumont dans Blue Velvet. Le retour de Rhonda apporte également son lot d’intérêt, tout comme l’intrigue autour du parfum : indice ou fausse piste ?
Pour le reste, je retrouve avec un certain agacement le folklore habituel de Ryan Murphy et son pastiche outrancier : bavardage, scènes qui s’étirent, accumulation de personnages et clichés ambulants, notamment le trio formé par les parents et l’assistant du père de Debbie, ainsi que l’ensemble des amis de Bret, tout droit sortis d’un épisode de Dynastie ou de Côte Ouest.
Et toujours ce goût du clinquant et du désuet, qui finit parfois par prendre le pas sur le récit.
Il y a donc, dans ces épisodes, quelque chose qui oscille constamment entre le fascinant et le franchement exaspérant. Ryan Murphy reste capable de créer des univers visuellement forts, bourrés de références et de clins d’œil, mais il semble parfois incapable de résister à la tentation d’en rajouter une couche… puis une autre… puis encore une autre.
Après sept épisodes, je reste donc partagé : suffisamment de bonnes choses pour continuer, mais aussi suffisamment de travers pour garder quelques réserves.
À suivre pour l’avis final…