L'année dernière, la première saison de "Fargo" avait créé la surprise avec ses dix épisodes bien ficelés, imposant la série comme un petit bijou noir biberonné au cinéma des frères Coen et à l'humour noir. Pour sa deuxième saison, la série fait un bond dans le passé et nous emmène en 1979, dans une Amérique en pleine mutation, remplie de violence absurde et d'événements incompréhensibles. Dans la première saison, Lou Solverson, interprété par Keith Carradine, mentionnait le massacre de Sioux Falls, un événement auquel il avait assisté quand il était policier. Cette fois, c'est Patrick Wilson (acteur trop rare) qui se glisse dans la peau de Lou Solverson, ce flic placide et intelligent vétéran du Vietnam qui se retrouve sur une affaire impliquant une famille de truands confrontée à un syndicat du crime qui veut les éliminer (on peut voir là-dedans un affrontement entre le capitalisme et les valeurs des chiffres prenant le pas sur les valeurs familiales plus anciennes, illustrée par une scène très clairement dans l'épisode 10) et à un couple dont le rêve américain se voit mis en pièces par une fusillade dans un restaurant et un accident de voiture. Comme dans la saison précédente, la mécanique du scénario est implacable et n'épargne aucun personnage, comme dans les meilleurs films des frères Coen dont Hawley manie le même langage avec un talent certain, se permettant quelques références au passage (une scène dans les bois rappelant "Miller's Crossing", une chanson entendue dans "The Big Lebowski") tout en parvenant une fois de plus à se démarquer de ces références pour mieux nous offrir une histoire rondement menée, sorte de lente mécanique du destin amenant tout ce beau monde que nous voyons à se rencontrer et (éventuellement) à se flinguer. Profitant du côté 70's pour se permettre une esthétique soignée (des split-screens aux costumes) et pour nous offrir une bande-originale de qualité, Noah Hawley dresse avec "Fargo" le portrait d'une Amérique encore marquée par le Vietnam ("sometimes I think you brought the war home with you") et par une violence que l'on peine encore à comprendre, livrant au passage une histoire riche en personnages hauts en couleur (Hanzee, l'Indien tueur, Mike Milligan, le truand ambitieux) tous interprétés par un casting de haut vol dans lequel Kirsten Dunst fait des merveilles, trouvant là l'un de ses meilleurs rôles en femme un brin fantasque rêvant d'une autre vie. On peut également saluer le charisme de Ted Danson, le génie de Nick Offerman ou la prestation de la belle Rachel Keller. En bref, voilà une deuxième saison qui sait se distancier de son aînée mais n'oublie pas de nous gratifier du même univers, de la même ambiance, de la même noirceur, de la même absurdité, de la même liberté de ton et surtout de la même certitude : "Fargo" est décidément un petit bijou, violent quand il le faut, mélancolique quand il s'y met, brillant à tout point de vue.