Contrairement à la plupart des donneurs leçons qui donnent leur avis en n'ayant vu que la moitié de l'oeuvre, je viens de terminer le quatrième et dernier épisode.
Difficile d'évaluer P'tit Quinquin. Je mets la note médiane pour cette raison, d'autant plus que l'histoire ne semble pas achevée.
Mais la trame policière de l'oeuvre semble de toute manière secondaire. Que voit-on? P'tit Quinquin semble rassembler des scènes de vie, que je trouve authentiques. Je ne suis pas du Boulonnais mais j'ai vécu mon enfance au cœur du bassin minier, et j'ai retrouvé quelque chose. Non, le trait n'est pas forcé. Il n'y a pas non plus de moquerie.
Si vous avez trouvé les personnages stupides et ridicules, c'est votre problème et vous devriez vous remettre en question.
Il y a dans P'tit Quinquin une aspiration à la légèreté à laquelle le monde oppressant répond avec lourdeur. Les choses ne demandent qu'à se passer comme elles le devrait, mais il y a un grain, ou plutôt il y a tout un tas de grains, dans chaque personnage (je crois que tout le monde est d'accord sur ce point), dans chaque élément de l'histoire (même la voiture de police refuse de fonctionner correctement), dans chaque dialogue (on ne comprend que rarement tous les mots). L'effet est d'abord comique dans tous les sens du terme: comique, parce qu'il est théâtral, et réduit personnages et intrigue à leur plus simple expression. Les personnages sont des rôles, et s'ils veulent sortir de leur rôle, quelque chose les en empêche, mais plus souvent ils n'ont pas l'occasion de sortir de ce rôle. L'intrigue est une série de morts inexplicables. Toute tentative des personnages de rationaliser ou de poétiser se solde par des échecs absurdes, au point qu'ils finissent par ne même plus essayer. Comique, au sens où cela produit un décalage, et donc une sorte de rire gêné. Gêné, parce qu'une fois encore le monde - le notre cette fois-ci - ne l'autorise pas. On ne peut pas rire d'un handicapé mental. On en peut pas rire gratuitement de tics nerveux. Et d'habitude, on rit parce qu'on nous signale qu'on peut rire. Pour rire librement dans P'tit Quinquin, il faut rire indépendamment, se manière isolée, comme s'il n'y avait pas d'univers autour de nous. C'est un rire désillusionné, au fond un peu désespéré, mais simple.
De comique, l'effet produit par cette aspiration contrariée rejoint une certaine forme de poésie. Le cadre est magnifique et magnifiquement filmé. Les personnages ont des contrastes si faibles qu'ils n'en brillent que davantage: il s'agit d'un sourire, d'un regard, d'un rire étouffé, d'un rêve d'enfant... d'une évocation inhabituelle, ou bien du hasard des mots.
Les mots. Ils sont en réalité extrêmement importants. Ils représentent l'oeuvre, avec la difficulté des personnages à trouver un langage adéquat à ce qu'ils vivent, à se trouver eux-mêmes et à s'en sortir face à un monde hostile. Devant la grammaire et la syntaxe déconstruites par un parler qui n'a rien du pseudo-chti d'un certain film d'il y a quelques années, il faut trouver le sens à partir des mots, et non des phrases. Et c'est bien cela la poésie: créer du sens à partir d'une composition de mots renouvelés. Il n'y a pas de place pour le cliché dans la poésie, pas plus que dans le P'tit Quinquin. Les personnages ne représentent rien sinon eux-mêmes. Ils ne nous sont pas familiers. Nous sommes incapables de les cerner. Je dis bravo devant ce coup de maître, car comment rendre des personnages plus authentiques qu'en leur accordant la complexité inapparente d'une personne réelle?
L'oeuvre est de plus très accessible, pour peu que l'on soit doué d'un peu sensibilité poétique véritable. Pour le reste, on peut discuter.