"Living in Salem and not believing in witches is like living in London and not believing in fog."
Qu'il s'agisse du contexte historique galvaudé, de l'interprétation caricaturale parfois jusqu'à l'absurde, de la narration faussement mystérieuse, d'un scénario riche en rebondissements ultra-prévisibles et retournements grotesques, de dialogues trop souvent larmoyants et d'un ridicule consommé, d'un montage fait à l'aveugle ou d'une réalisation navrante mâtinée d'effets spéciaux dignes des années '80, il n'y a rien qui va dans cette série qui ne fait ni peur ni rire, sinon involontairement tellement c'est parfois gros.
Et c'est franchement dommage parce qu'il y a les embryons d'idées intéressantes, comme le parallèle entre le satanisme et l'avènement du christianisme, dans le besoin d'épuration par la mort, la révolte des opprimés, le massacre des innocents et le martyre, comme aussi le lien entre la condamnation en sorcellerie et le féminisme, à la fois historique et sociologique, comme encore le procès, à la fin de la première saison, reprenant quelques éléments épars de l'historiographie ou comme enfin la menace des natifs païens ("heathen savages" tout juste bons à n'être que des figurants, des accessoires) qui entourent la ville, créant une atmosphère défensive jusqu'à la paranoïa, via une forêt démoniaque... telle qu'elle put être envisagée au Moyen-Âge. Hélas, ces ébauches sont engluées dans un pataquès invraisemblable qui ne sait jamais où donner de la tête mais au milieu duquel s'écharpent les femmes, forcément mauvaises, ingénues stupides, prostituées ou mères aimantes et trône toujours la figure du beau mâle en torse nu, buriné par le travail viril.
Dans ce rôle, Shane West (John Alden) et dans une moindre mesure Stuart Townsend (le Dr. Wainwright) offrent chacun une interprétation non pas mauvaise mais carrément ratée. Celles de Janet Montgomery (Mary Sibley) et Ashley Madekwe (Tituba) sont ridicules à force d'exagération. Tamzin Merchant (Anne Hale) et Lucy Lawless (la Comtesse) ne sont quant à elles que des caricatures agaçantes, l'une dans la candeur imbécile, l'autre dans la perversion rigolote. Dans ce casting digne d'un film de mauvaise série Z, on pourrait à la limite pointer le jeu à peu près correct, à certains moments, de Seth Gabel (Cotton Mather), Stephen Lang (son père, Increase Mather), Xander Berkeley (le magistrat John Hale), Joe Doyle (le fils de la Comtesse), Iddo Goldberg (le pauvre Isaac le Fornicateur) ou Elise Eberle (Mercy Lewis). Seul le tout jeune Oliver Bell (le fils de Mary Sibley) semble savoir ce qu'être acteur, au XXIème siècle, signifie. Il a alors 10 ans et en remontre à ses aînés, c'est très révélateur du niveau affligeant de la distribution et/ou de la direction d'interprètes.
Au niveau du scénario, rien n'est suggéré mais tout est primaire jusqu'au dégoût, à la façon des histoires qui prennent leur lectorat pour une bande de poules sans cervelle. Tout est mille fois trop prévisible, répété, au cas où on n'aurait pas compris à la première évocation. Les dialogues sont à l'envi, ressassés, primitifs, linéaires, sans aucune envolée, dignes des punchlines que peuvent s'envoyer des rappeurs au QI d'huître avariée. En outre, les références qu'on pourrait capter ici ou là s'apparentent plus au plagiat qu'à l'hommage.
Au final, gore, gothique, romantique, spirituel, philosophique, sociologique, historique, héroïque, démonologiques, à force de vouloir être tout cela à la fois, la série Salem finit par n'être qu'un imbuvable brouet insultant la mémoire shakespearienne pour les spectateurices qui auront relevé ce qui ressemble à une vraie référence, celle faite aux sorcières de la tragédie Macbeth. Parce qu'il ne reste que cela : un certain climat, même s'il est salement étiré en longueur.
C'est mauvais.