"Everything that you are, everything that you have, will come from me."
Dans un style radicalement différent de celui de la série Les Tudors, Wolf Hall permet d'accéder à une vision également différente des événements ayant marqué le règne d'Henry VIII durant la période d'ascension au pouvoir de Thomas Cromwell, personnage central de l'histoire.
Au début, la réalisation (Peter Kominsky), nourrie par une musique parasite aux insupportables moments de clavecin avant de céder la place aux cordes plus soyeuses, rend hommage aux séries des télévisions publiques, anglaises ou françaises, des années '70 et ça n'est pas vraiment un compliment. La caméra au poing donne le mal de mer et les gros plans de profil sont datés. Le minimalisme visuel permet néanmoins d'appuyer les échanges de regards qui en disent plus longs que de vains discours en forme d'éclats. Au fil de la narration, on finit ainsi par se fondre dans un faux climat de calme et de paix tandis que les intrigues se nouent et que les destins se font et se défont. La fin de la saison se déroule en opposition de lumière et d'ombres, permettant à la qualité de la photo (Gavin Finney) d'envahir l'écran pour donner une juste tonalité à l'oeuvre.
Le scénario, cosigné par l'autrice du roman originel (Hilary Mantel) et par son adaptateur (Peter Straughan, également auteur de Conclave, Edward Berger, 2024), est d'une lenteur assez difficile à supporter au début, ponctuée de dialogues souvent plats comme un dimanche de pluie dans la campagne du Yorkshire. On soulignera cependant le souci du détail historique et les moments d'introspection permis par ces mêmes lenteurs, tout autant que la prise en compte du développement du capitalisme, porté par la Renaissance, les Grandes Découvertes et l'essor du protestantisme, sujet rarement évoqué dans les séries historiques grand public.
L'interprétation, enfin, avec un Mark Rylance n'ayant qu'une seule expression, fade au début avant qu'on ne le prenne en affection, et un Damian Lewis convaincant en Henry VIII inconstant et soumis aux caprices de son épouse, mais aussi Thomas Brodie-Sangster, l'immense Jonathan Pryce et le talentueux Anton Lesser, se retrouvant, aux côtés de quelques autres entre deux épisodes de Game of Thrones, ainsi que Bernard Hill (Le Seigneur des Anneaux) de plus en plus savoureux au fil des épisodes, le tout jeune Tom Holland (Spider-Man) et le caméléon et facétieux Mark Gatiss, tout est fait pour asseoir un jeu propre mais sans fioriture, sans excès et sans grande éloquence même si les passes d'armes entre Cromwell/Rylance et Gardiner/Gatiss sont assez savoureuses, du fait même du ton égal des saillies. Très peu développés, les personnages féminins n'apportent hélas rien à l'histoire, pas même Claire Foy, interprétant une Anne Boleyn insupportable, en forme de portrait à charge et sans nuance. Au fil des épisodes, on finit néanmoins par s'attacher aux liens interpersonnels que lie Cromwell avec chaque personne à la Cour et au dehors, qu'il s'agisse d'amis, d'ennemis, de gêneurs ou de leviers de pouvoir. En cela, la série offre un portrait en forme de fresque humaine.
Au final, si cette première saison ne manque pas d'intérêt, notamment au point de vue historique, elle souffre d'une mise en scène poussiéreuse assumée et d'une interprétation qui met du temps à s'incarner, aux antipodes des séries contemporaines. Il faut ainsi passer les deux voire trois premiers épisodes pour pénétrer enfin l'ambiance particulière et intelligente de l'oeuvre.