"What have they done to us ? We are their creatures."
Suite immédiate de The White Queen, The White Princess est de nouveau adapté des romans de Philippa Gregory par elle-même et Emma Frost. A la réalisation, on retrouve Jamie Payne pour les trois premiers et les deux derniers épisodes, lui qui avait augmenté la série précédente de profondeurs de champ plus dignes de ce que peuvent aujourd'hui proposer les séries TV. Pour les trois épisodes restant, c'est à une réalisatrice que la caméra a été confiée, Alex Kalymnios, qui n'apporte hélas aucun regard neuf, que du contraire.
La distribution a été entièrement revue, ce qui casse un peu le fil et génère des dissonances cognitives dans le premier épisode, censé faire le lien avec les épisodes précédents, notamment dans les attitudes des personnages. A titre d'exemple, Amanda Hale incarnait une Lady Margaret Beaufort, mère d'Henry Tudor, toute en émotions difficilement gérables quand Michelle Fairley (Catelyn Stark dans Game of Thrones) est à l'inverse d'une froideur toute en retenue. En revanche, seule Caroline Goodall a gardé son rôle de Duchesse Cecily, mère de Richard III vaincu et grand-mère, via Edouard IV, de l'héroïne, Elizabeth d'York et qui c'est paradoxalement le personnage à avoir le plus changé de comportement vis-à-vis de sa belle-fille et de ses petits-enfants, passant du rôle de l'acariâtre reine-mère haineuse à celui de grand-mère aimante. L'interprétation générale, d'ailleurs, fort statique, manquant cruellement d'émotions, n'élève pas la série comme certain·es interprètes avaient pu le faire dans The White Queen.
Au niveau du scénario, entre rebondissements ressemblant souvent à de grosses ficelles et redondances, la narration sombre dans le trop grand nombre de complots et d'intrigues invraisemblables (et pourtant factuels pour la plupart, au moins durant la première moitié, jusqu'à sombrer dans le ridicule) et les romances exagérément allongées au détriment d'une foule d'événements historiques, complètement passés sous silence. Par ailleurs, même si une notice accompagne le générique pour expliquer quelques libertés prises avec les faits, on regrettera des cafouillages dans les dates, faisant se rencontrer des personnages parfois décédés plus tôt ou en éliminant précocement d'autres ainsi que des événements pourtant cruciaux sur un plan narratif et complètement inventés (par exemple le mariage entre le prétendant Perkin/Richard d'York et la princesse écossaise et ce qui en découle). Le plus décevant reste la place accordée à ce prétendant. Oh, certes, c'est aussi sur fond de rumeurs que Shakespeare bâtit son oeuvre historique mais ni les scénaristes, ni les réalisateurices, ni les interprètes n'ont suffisamment de talent pour extraire de l'Histoire une histoire qui soit digne d'être racontée.
Au final, cette suite de The White Queen est d'un niveau très faible, sans aucune intensité, et n'en retrouvant pas les qualités, au premier rang desquelles la profondeur et un certain réalisme. Une série avec beaucoup de sentiments mais trop peu d'émotions.
"But we are women and we do what we must do."