D'abord intrigué par l'armée de commentaires positifs, j'ai failli ensuite arrêter après l'épisode 1/5, jugé nul, centré sans attache autour du psychisme ravagé d'1 Cumberbatch qui déroule sa partition classieuse intériorisée, tel un Pierre Niney (avec quand même quelques aspérités en +) sous une surface trop lisse.
L'épisode 2 repose, l'acteur y est absent. Son personnage enfant occupe la scène et trace un lien avec les flashbacks du précédent. C'est pas mal, touchant, et la brochette de seconds rôles se déploie, notamment le père Melrose, homogène dans la qualité de jeu prenante.
L'épisode 3 plante la 1ère vraie banderille dans notre dur cuir de spectateurs blasés. Se fixe le principe de 1 épisode = 1 grande période de la vie de Patrick Melrose éloignée des autres. On n'est pas dans une continuité simple. Cela donne une vaste ampleur au scénario. Les flashbacks de l'enfance persistent, élément fondateur. Mais on commence à suivre une lente maturation dont la libération de la parole est ici le point d'orgue final qui ne sera pas la happy end, la catharsis, qu'on lui souhaite, ce sera juste une couche dense sédimentant les tournants de sa vie, vers le haut ou vers le bas... Les dialogues sont cependant savoureux, marquant les moments drôles. L'esprit de critique sociale plante un décor récurrent, exemple lors d'une fête jet set dans un manoir : "tu savais qu'ils sont les derniers marxistes sur terre ?", "euh...","ce sont les seuls à penser que l'appartenance à une classe sociale explique tout". Le jeu de Cumberbatch quand il raconte à son ami ce que lui a fait subir son père est digne, honnête, limpide, sincère, portant la volonté de ne pas décevoir les victimes qui le regarderont interpréter une partie de leur vécu.
Les épisodes 4 & 5 gravitent autour de sa mère et des décès du cercle de connaissance de sa génération, Patrick consolide à son corps défendant les multiples rechutes addictives et sorties du tunnel, vers une sorte de stabilité tangible par défaut, quand l'autodestruction a nettoyé tout le reste (dont tant de bonheurs simples restés insaisissables). L'acteur peut asseoir son talent sans déborder par telle ou telle facette de son personnage.
Pour nous, oui, subsiste une série inhabituelle, très qualitative, méritant de chevaucher les rétines et les années.
Sur le sujet je conseille les ouvrages de Bruno Clavier, homme extraordinaire, victime et soigneur psychanalyste, spécialiste de l'enfance, ayant créé une approche exemplaire avec instinct novateur et une capacité à retranscrire ses conclusions dans un sens du partage efficace. Un talent démentiel, ou plutôt angélique.