Série fantastique ! hallucinante ! un chef d'oeuvre... d'ennui, d'ignorance et d'invraisemblances.
Alors, pour commencer, le messie qui revient à la fin des temps, en Islam sunnite, ça n'existe pas. Au mieux une légende urbaine véhiculée par quelques ignorants qui ne connaissent de leur religion que les 5 soit disant piliers, rituels de base et principes généraux. Le retour du messie est une croyance chiite, et elle concerne sinon les chrétiens. Bon, il y a pas mal de chiites en Syrie, mais la série focalise sur les sunnites à l'évidence. Pour ces derniers qui ne savent quasiment rien de leur religion, faudrait il leur rappeler que leur prophète se considérait lui-même comme LE messie annoncé par Jesus, et qu'il croyait aussi que son propre avènement ne précédait la fin des temps que de peu ?
Passons. Pour revenir à cette production totalement hors-sol, elle veut nous faire croire qu'un inconnu perdu au milieu d'un pays du moyen orient ravagé par la guerre arriverait à travers quelques phrases vaseuses, creuses et banales à convaincre des réfugiés de guerre à le suivre vers un destin suicidaire! Et que malgré le contexte compliqué et terrible de la guerre civile en Syrie et du flou médiatique qui l'entoure, les médias et la CIA trouvent le temps et de l'intérêt à se détourner des événements tragiques sur le terrain et les manœuvres diplomatiques et politiques qui tournent autour, pour suivre une poignée de réfugiés errant d'abord sans direction précise, avant de finir face aux frontières du plateau du Golan ! Et pourquoi donc on le prends pour le messie ? parce que l'apparition anecdotique de ce prestidigitateur inconnu aurait coïncidé avec une tempête de sable terrible ayant facilité la défaite de Daesh ?...
Bref, dès le départ on sent qu'on n'est plus dans un récit réaliste, mais plus proche d'un truc à la Marvel. Alors on décide de faire comme si et de jouer le jeu, vu que le réalisateur réussit au 1er épisode à installer une ambiance suffisamment intrigante pour titiller notre curiosité, puis on se dit que ça va peut-être déboucher sur un truc épique. Sauf que les invraisemblances s'enchainent, et sur le même registre, puisque rien n'explique qu'un tel personnage qui ouvre rarement la bouche - si ce n'est pour répéter des banalités que le 1er venu a entendu et lu maintes fois dans sa vie - puisse fédérer autour de lui autant de personnes et créer un phénomène mondial d'une telle ampleur. Pourquoi le suivent ils alors ? Ce n'est pourtant pas la 1ère fois dans l'Histoire qu'un illuminé prétend être le Christ, depuis que le vrai a lancé cette mode. Jamais aucun d'entre eux n'a réussi à réunir autant d'adepte, et en si peu de temps, à une telle échelle. Même le 1er de la "lignée" n'avait pas autant d'impact de son vivant au point que même l'Histoire n'a pas remarqué son passage sur terre. Il n'a vraiment connu le succès qu'à titre posthume, et encore!... après avoir tant déblatéré et semé le trouble, affronté les siens et l'occupant romain. Mais notre messie de Netflix qu'a t il accompli de si spécial pour se retrouver à la tête d'un mouvement aux USA qui rappelle celui pour les droits civiques et pacifiste des années soixante ?
Et autour de tout cela, il est difficile tout de même d'ignorer le contexte. A supposer qu'un tel phénomène se passe pour de vrai, j'ose même pas imaginer la réaction des populations, des prêcheurs conservateurs et des médias dans les pays musulmans et catholiques ou orthodoxes. Mais le scénariste ou le réalisateur a cru bon d'ignorer cela. On a l'impression que tout cela se passe sur une autre planète. Les foules réunies autour de ce Messiah à Washington sont étonnamment silencieuses et disciplinés. Bon, j'arrête ici, car il y a tellement d'incongruités et de situations ridicules que cela prendrait des pages.
Ce qui n'aide pas c'est le tout qui baigne dans une lenteur impossible. Ce procédé Netflix qui consiste à intriguer au début à rallonger pour le reste et à conclure par une fin ouverte pour pousser les spectateurs à renouveler leur abonnement est franchement exaspérant. On a vraiment l'impression d'être des pigeons. Heureusement que pour cette fois, ils ont pas osé remettre une 2ème couche. Tant mieux.