La télévision ne sera jamais plus la même après cette série de David Simon. Ce qui est incroyable, c'est qu'il n'y a jamais d'effet de manche, jamais de court-circuit facile, jamais la recherche d'une émotion factice, ça trace sa route en zigzaguant, libéré de toutes les contraintes que Netflix ou même MAX imposent désormais dans leur cahier des charges. C'est indolent, a avance à couvert, comme une série classique, gangster-police. Et puis le temps passe, la saison 2 déstabilise, fait un pas de côté, entrouvre l'ambition gigantesque de la série, qui ne s'annonce jamais. On est face à une oeuvre qui révolutionne la série. Je pense qu'il n'y a que 3 ou 4 séries dans l'histoire de la télévision qui égalent The Wire, par leur esthétique (20 ans plus tard, elle n'a pris une ride, au contraire de Six Feet Under que j'admire pourtant de tout mon coeur), par cette écriture lente, ample, précise, ambitieuse, par ce qu'une série peut dire du monde. A tel point, qu'elle devient monde. Et à partir de la saison 3, le puzzle commence à prendre forme. On avance à l'aveugle, en faisant confiance. On est entre de bonnes mains. Et puis finalement, tout explose, l'émotion éclabousse tout, la violence aussi. J'ai rarement vu une série aussi violente. Il n'y a jamais d'effusion, jamais de recherche d'effet. Mais la violence n'est jamais apparue si réaliste, si incontrôlable. Si normalisée. Elle choque. Elle est banale. ELle vous tord le ventre. Les personnages finissent par vous tordre le ventre. Quand une série ne recherche jamais le pathos, une fois que l'émotion éclate, finalement, son effet est tonitruant. C'est très compliqué de regarder quoi que ce soit après 5 saison de The Wire. Tout, absolument tout, semble faux, surjoué, construit pour mener vers une émotion facile. Non, vraiment, mieux vaut éteindre sa télé pendant de longs mois quand on vient de terminer The Wire.