"Let's look death in the eyes then, shall we ?"
Reprenant quelques décennies là où s'était arrêtée la série 1883 (toujours créée par Taylor Sheridan), 1923 nous propose la suite des aventures de la famille Dutton. Même lieu, autre époque, autre pitch, même violence et même lutte pour la survie. D'ailleurs, la série démarre de manière similaire à la précédente.
De la même façon, s'entrechoquent plusieurs visions de la société américaine en construction, là après la guerre civile, ici après la première guerre mondiale : un monde dominé par les hommes et les tueries "nécessaires" et un scénario qui fait la part belle aux femmes fortes, jeunes filles, femmes en devenir, mères, matriarches qui n'hésitent pas à répondre et imposer leurs vues. S'il n'y a pas de place pour les plus faibles, les plus forts, quels qu'ils soient, quel que soit leur sexe, leur appartenance ethnique, leur religion, leur richesse, sont célébrés. On peut parler d'universalisme. La question se posait d'ailleurs, dans plusieurs publications sérieuses, de savoir où situer politiquement les récits de Sheridan et la réponse est à la fois un peu partout et au milieu. Son regard, sa conception du monde, tout autant désenchantés qu'odes à la vie et à la liberté sont posés de manière aussi froide qu'émouvante, en un rare exercice équilibriste. Féministe, anti-colonial, anti-raciste, le propos est également conservateur, voire réactionnaire parfois, qui fait l'éloge de la force pour critiquer l'existence des Etats-Unis tout en la légitimant.
Réalisée par les fidèles Ben Richardson et Guy Ferland, la série manque néanmoins de cette touche personnelle qu'apportait Christina Alexandra Voros dans la mise en lumière du visage des héroïnes ainsi que de l'ombre entourant les visages des pères et patriarches. Il faut encore saluer la parfaite interprétation de la fabuleuse Helen Mirren, celle, non moins intéressante, d'Harrison Ford ou encore celle de Julia Schlaepfer, qu in'est pas sans rappeler l'insouciance bravache d'Isabel May (Elsa dans 1883), ici encore narratrice, rôle principal en moins.
Certes un peu lent, le scénario est, une fois de plus, bien construit, à tel point que la plupart des ficelles passent crème même si on peut en regretter quelques-unes trop prévisibles, trop faciles. Les dialogues, pourtant d'une simplicité confondante, font mouche et parviennent à développer ce qui s'apparente à une forme de sagesse populaire universelle dans laquelle chacun, chacune pourra finalement trouver son compte. Sur le plan narratif, le mouvement errant de 1883 trouve ici son écho à la fois dans l'attente sédentaire et le périple incertain du Kénya au Montana.
Et c'est là tout le talent de Taylor Sheridan, de parvenir à produire une fresque populaire et fédératrice.