Une série à l'ambiance du polar et film noir de l'époque, plutôt bien retranscrite, avec ce détective privé qui invoque moult références du genre, en évitant de trop romancer ou idéaliser son époque, et au contraire jouant la carte de la tragédie, de l'ironie, où l'araignée ne vole pas à travers la ville avec vivacité et dextérité, fait d'acrobaties et autres fantaisies de justice, ici, tout est traité de manière réaliste et pessimiste, avec ce héros lent, vieillissant et négligent, en proie à la confusion et à la perdition.
Cette volonté de l'ancrer dans le réel sert à transposer le pouvoir en compétence, en différence, mais aussi en blessure, en fissure, devenant ici la métaphore du soldat et du syndrome post-traumatique des horreurs de la guerre, continuant d'infecter, de se manifester de l'intérieur, empêchant toute possibilité de s'épanouir.
À la fois perturbé et rempli de fragilité, de vulnérabilité, c'est dans ce conflit d'ambiguïté, ce décor et cadre contrastés, où rien n'est ni blanc ni noir, que l'on interroge l'altruisme et l'égoïsme de chacun, à travers la grande dépression d'un pays, d'un personnage qui a refoulé son héroïsme dans le cynisme, qui s'est éloigné de la moralité et de la responsabilité, tout en feignant d'être ordinaire, et ses élans d'intérêt involontaire. C'est une quête de rédemption, de réappropriation identitaire, un équilibre entre l'animal et le mental, cherchant dans l'amour une façon de changer la perception de ce monde sans valeur, et sans couleur.
C'est tout autant la noirceur qui se dissimule derrière cette figure du détective pour paraitre normal, tout autant qu'un homme qui doit canaliser ses pulsions, dompter ses démons pour redevenir, et conduire au genre humain, faisant bien la distinction entre Spider-Man et Spider-Noir.
On peut aussi y voir un côté méta pour l'acteur principal, usé et fatigué, cherchant encore sa place dans cet Hollywood l'ayant vu grandir, et resplendir, tout en l'ayant mené à la ruine, autant économique, critique, qu'artistique, et qui, comme le héros et sa ténacité, tente de retrouver les couleurs de sa véritable nature d'acteur oscarisé.
D'un autre côté, les enjeux semblent assez fades et faibles, les méchants frôlent la caricature, parfois le ridicule, loin d'être menaçants, ni même intrigants, ne parvenant pas à instaurer ce climat de terreur ou d'horreur, comme si tout était contenu, retenu pour ne pas créer le spectacle habituel.
Même si la série tente de tisser une toile d'intrigues diverses et variées pour tenter de les réunir en une, tout est vu, revu et convenu, et l'on se dit que tout pourrait être plus rapidement résolu. Il y a aussi cette impression de tourner un peu en rond dans une atmosphère terne, avec un grand nombre de genres mélangés qui ne fonctionnent pas toujours, et des sujets dramatiques qui ne sont pas exploités, ou explorés comme ils le pourraient. Ça manque d'intensité, d'originalité, avec des épisodes étirés, simplifiés dans ce qu'il cherche à évoquer, à raconter, et c'est finalement sans surprise dans son déroulement, et si prévisible dans son dénouement.
On pourra noter quelques points discutables : un manque cruel d'émotion avec la doctoresse et son fils, tant tout s'enchaine rapidement, alors que c'est l'un des points clés du passé qui fait la connexion avec tout le reste ; le caïd qui semble tout contrôler, pourtant si accessible et dont le sort est déjà décidé, mais dont on attend la toute fin pour y venir ; L'ivresse du héros qui mène à la culpabilité dans une période où tout va merveilleusement bien semble peu cohérente, même si l'on en comprend le sens ; et même si l'idée est bonne, tout l'arc de Flint parait dérisoire, tant par ses agissements, ses motivations que par sa résolution, enlevant toute sa saveur dans le dernier épisode.
Et le point central qui a amplement conquis les foules, le black and white, qui semble bien plus une attraction qu'autre chose, pas totalement assumé avec la couleur qui est proposée comme alternative. De plus, même si cela parais unique pour le genre super-héros, l'univers du détective solitaire sur fond d'intrigue de gangster ne l'est pas, et c'est assez amusant de constater qu'autant de gens acclament la version noir et blanc, alors qu'ils ne regarderont sans doute jamais aucun film en noir et blanc de l'époque, qui raconte pourtant les mêmes histoires, les mêmes intrigues que celle-ci, avec plus de profondeur, autant narrative que technique, mais peut-être que, comme on le mentionne, "mieux vaut un hot-dog à un match qu'un rôti de bœuf au Ritz".
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