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"On n'est pas dans Black Mirror" : on a visité le tournage d'Osmosis, la nouvelle série française de Netflix
Par Hubert Kerjean, propos recueillis le 8 octobre 2018 à Noisy-le- Grand — 6 mars 2019 à 21:00
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Après la comédie romantique Plan Cœur cet hiver, Netflix continue de déployer ses ambitieuses productions françaises : Osmosis sera en ligne le 29 mars. AlloCiné a rendu visite à l'équipe en plein tournage, à l'automne 2018. Reportage et rencontres.

C'est dans un hangar aveugle de la grande banlieue parisienne que Netflix et la production d'Osmosis nous attendent début octobre 2018. Il fait encore beau mais la température est fraîche : à l'intérieur du bâtiment industriel, les radiateurs d'appoint tentent de réchauffer les anciens locaux administratifs transformés en bureaux de production. Il est tôt et les machines à café tournent déjà à plein régime : le tournage commencé cet été touche à sa fin et aucun retard n'est possible.

Les journalistes invités sont accueillis chaleureusement par les trois producteurs de Capa Drama Aude AlbanoSarah Aknine et Claude Chelli. Peu connus du grand public, leurs noms figurent pourtant au générique de Versailles, BraquoSouviens-toi entre autres… Autant de séries françaises remarquées pour leur écriture, leur succès d'audience et leur capacité à s'exporter. La discussion démarre immédiatement sur l'origine du projet.

"Osmosis ne pourrait pas exister ailleurs que sur Netflix"

"Le concept d'origine est une websérie intitulée également Osmosis, créée par LouisWilliam et Gabriel Chiche et diffusée sur la plateforme Arte Creative en 2015 (disponible également sur AlloCiné, ndr). C'était produit par Telfrance et Capa Drama l'a adapté en série de 8 x 52 minutes", raconte Aude Albano. Ce n'est pas la première fois qu'un programme court devient long, comme les primes des shortcoms Scènes de ménages et Nos chers voisins ou la très attendue adaptation cinématographique de Kaamelott dont le tournage vient de commencer. À une différence près : l'audience de la websérie Osmosis est restée confidentielle et le public ne connaît ni l'intrigue ni les personnages.

Osmosis - saison 1 Bande-annonce VF

 "On avait envie de se coltiner un genre : l'anticipation. Il y a eu plusieurs incursions en France, mais jamais sur des chaînes grand public", intervient Sarah Aknine. L'enjeu primordial était donc de taille : passer d'un format expérimental à un mode de production industriel pour la plus grande plateforme de streaming."Osmosis ne pourrait pas exister ailleurs que sur Netflix. La cible jeune adulte, ce n'est pas la cible d'Arte !", s'amuse Sarah Aknine.

Le passage à la version longue a donc tout changé en profondeur. "Audrey Fouché est la créatrice du projet. Elle a écrit la bible des personnages, puis l'équipe d'auteurs a pris le relais", explique Aude Albano. "C'est un travail très collaboratif. On est en France, on est trois producteurs, c'est très différent du fonctionnement à l'américaine", tient à préciser la productrice. "Ensuite, trois réalisateurs se sont partagés 4 blocs de 2 épisodes : Julius BergMona Achache et Pierre Aknine", détaille Claude Chelli. Pierre Aknine se taille la part du lion : il a réalisé les épisodes 3 et 4, et est en train de boucler les deux derniers lors de notre reportage.

L'amour à la machine

L'histoire aussi a été revue pour être développée sur une durée plus longue que les 10 x 6 minutes d'origine. "Dans la websérie, les deux personnages principaux étaient deux frères. Nous avons changé ce duo en frère / sœur, mais le cœur du concept reste le même", indique ainsi Aude Albano. "Chacun des trois personnages principaux est confronté à des problématiques différentes de la websérie. Mais la question de fond reste la même : que devient l'amour quand il est décidé ?", ajoute Sarah Aknine. Et Claude Chelli de compléter : "L'amour peut être terrible ou très beau !"

Netflix
Hugo Becker et Pierre Aknine.

Mais que raconte Osmosis, précisément ? Les trois producteurs répondent d'une seule voix : "L'amour dans un futur proche". Grâce à un implant dans le cerveau, les inventeurs d'Osmosis promettent de trouver l'âme sœur. La série suit l'équipe de la start-up et les cobayes qui testent cette technologie. L'un poursuit : "Qu'est-ce qu'on est prêt à abandonner au nom de l'amour ?". Un autre surenchérit : "Est-ce que c'est toujours de l'amour quand c'est la technologie qui décide ?". Chacun y va de sa petite analyse : comme le précisera Pierre Aknine sur le plateau un peu plus tard, "On parle de l'amour et de la mort. C'est l'extérieur contre l'intérieur. Ils ont créé une boîte, une sorte de secte, où ils sont eux-mêmes les premiers testeurs." À son tour, Hugo Becker nous déclarera que, pour lui, Osmosis est une série "très psychologique".

"Éviter le côté clinique de la SF"

Dans le hangar désaffecté de 1000 m² transformé en plateau, on nous invite à découvrir deux décors intérieurs du dernier épisode, les bureaux de la start-up Osmosis et l'appartement de Paul (Hugo Becker). Un véritable lieu de travail a été reconstitué : le grand hall où les personnages se réunissent, différents bureaux et la pièce où Esther (Agathe Bonitzer) vit, dort et pilote Osmosis. "Pour ne pas en rajouter à la noirceur de l'histoire, nous voulions quelque chose de lumineux, de solaire. Les costumes et la lumière sont donc très importants. Les décors et les matières ont été choisis pour éviter le côté clinique de la SF", confie Aude Albano.

Netflix
Hugo Becker dans le décor de l'appartement de Paul.

C'est un lieu original, qui donne une vision différente des entreprises de haute technologie montrées d'habitude à l'écran. "On n'est pas dans Black Mirror !", insiste Sarah Aknine. En effet, mis à part l'immense écran tactile dans le bureau de Swann, la responsable de la sécurité d'Osmosis, pas de futurisme à la Star Trek. L'accent est mis sur les formes organiques, le bois, la transparence… "Ce n'est pas de la SF à proprement parler. Osmosis se passe dans un futur proche. On a cherché des petits décalages pour être crédibles."

Parmi ces petits décalages inventés par les scénaristes, les personnages ne conduisent pas. Ils se déplacent en VTC silencieux dans des rues quasiment piétonnes. "Paris sans voiture, ça peut arriver. C'est compliqué en termes de production mais ça décrit une ville différente, un monde plus vert. C'est en trouvant ces équilibres qu'on gagne en crédibilité", développe Sarah Aknine. Et cela permet aussi de valoriser le placement de produit de la marque Porsche sur le seul véhicule que l'on voit vraiment à l'écran.

Le logement de Paul en revanche est typique d'un appartement parisien d'aujourd'hui : une belle salle de séjour avec cuisine ouverte, qui donne sur une grande chambre, le tout avec vue sur les quais de la Seine. Entrent alors les deux acteurs principaux pour une des scènes finales de la saison 1. Hugo Becker est déjà bien connu des sériephiles, après ChefsAu service de la France et Baron Noir. Pour Agathe Bonitzer, en revanche, il s'agit de sa première incursion dans le monde des séries : "C'est passionnant. Je sens un peu la fatigue en fin de tournage, mais je ne me suis jamais levée le matin en n'ayant pas envie d'y aller !", confie la comédienne.

Têtes d'affiche et révélations

À l'heure du déjeuner, les deux acteurs répondent à nos questions en grignotant. "Au début, Paul sort du coma grâce à l'invention d'Esther, sa sœur. C'est quelqu'un de très excessif, de très dur. Il est dans le contrôle de lui-même et des autres", commence Hugo Becker. "Esther est un personnage de femme forte, indépendante et têtue comme une mule. Elle a découvert l'algorithme de l'amour, qui a sauvé son frère Paul de la maladie", continue Agathe Bonitzer. "Esther n'a pas de vie, elle dort à Osmosis et a une relation avec son intelligence artificielle Martin. Il est tout le temps connecté à elle. Elle va très souvent sur un site de rencontres appelé Perfect Match, un peu comme Tinder. Les «plans cul», ça la détend." Un rôle qu'elle a abordé en pensant à Carrie Mathison, l'héroïne torturée de Homeland, puis en regardant Rooney Mara dans Effets Secondaires, sur les conseils du réalisateur Pierre Aknine.

Netflix
Yuming Hey, Agathe Bonitzer et Pierre Aknine.

Après les films Au bout du conte et La Belle et la belle, Osmosis est encore une histoire avec une dimension fantastique. Agathe Bonitzer serait-elle attirée par ce genre ? "Je n'ai pas pensé à ça. J'aime bien jouer la comédie pour la triche, quand on dialogue avec un morceau de scotch. Mais c'est vrai que, dans Osmosis, il y a une forme d'onirisme qui peut rappeler le conte, la fable", répond-elle avant de préciser : "Il y a aussi beaucoup d'enfants. Il y a des flashbacks et un épisode centré sur le passé avec des enfants à différents âges".

Osmosis va révéler des comédiens aujourd'hui inconnus : Yuming Hey dans le rôle de Billie, Manoel Dupont, Luna Silva, Stéphane Pitti… et compte aussi les visages du youtubeur Jimmy Labeeu et de l'humoriste Waly Dia. "Les acteurs ont entre 20 et 30 ans, ce ne sont pas des visages déjà vus à la télé, mis à part les premiers rôles. Pour Waly Dia, c'est un peu différent : le public l'a connu par le stand-up mais ce n'est pas pour cela qu'on l'a choisi", explique Aude Albano.

Avant de repartir, on demande à Hugo Becker comment s'est passé le travail avec les 3 réalisateurs qui se sont succédé aux manettes. "Il y a eu un vrai dialogue avec chacun d'eux. Chacun a apporté sa patte", répond-il diplomatiquement en se tournant amicalement vers Pierre Aknine, qui s'empresse d'ajouter en rigolant "Attention, ce n'est pas un film d'auteur (rires) ! Chacun imprime son style, tout en gardant en tête l'exigence visuelle de la série". Pour voir le résultat, rendez-vous sur Netflix le 29 mars !

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Osmosis
Osmosis
Série ( 2019 )
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