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    Soupçons sur France 3 : un rôle "d'héroïne hitchcockienne" pour Julie Gayet

    A l'occasion du festival Séries Mania, Allociné a rencontré les comédiens et créateurs du nouveau thriller de France 3, dans lequel une romance extra-conjugale se mêle à une enquête pleine de rebondissements...

    LEFEBVRE François / FTV

    Quel a été le point de départ de Soupçons ? Comment avez-vous imaginé cette histoire ?

    Yann Le Gal, scénariste : Notre point de départ, c'est l'histoire d'amour au cœur du thriller. On venait de finir Innocente, notre série précédente avec Lionel [Bailliu, le réalisateur, ndlr], et on savait que France 3 était satisfaite et voulait repartir sur quelque chose d'assez similaire; un thriller avec très peu de policier. Donc on est partis de notre frustration des choses qu'on avait pas pu faire sur Innocente : prendre le temps d'explorer le couple, raconter une vraie histoire d'amour, et y mettre du drame. On est partis assez vite sur le thème de l'adultère, en sachant que le pari était de garder de l'empathie pour cette femme infidèle : lorsque Victoire revoit Florent, son amour de jeunesse, elle est dépassée par ses émotions et on est embarqués avec elle. France 3 insistait pour qu'on atténue le genre policier et qu'on développe les personnages. Ils voulaient vraiment faire une série "adulte", c'est le mot qui revenait tout le temps. 

    Comment parvenir à équilibrer la romance et le thriller ? 

    Yann Le Gal : Lorsqu'on fait une série avec un méchant identifié qui attaque les autres, c'est facile à écrire parce que ça joue sur une gamme d'émotions relativement simple. Or moins l'opposition est forte ou clairement identifiée, plus c'est difficile de faire tenir l'intérêt et la curiosité. Ici, on ignore tout du long qui est le coupable et on soupçonne tout le monde en permanence, c'est plus complexe à mettre en place. Mais quand on écrit en collaboration avec un réalisateur comme Lionel et moi, on a pas peur que le texte soit mal compris, où qu'il y ait une déperdition de sens quand on passe le relais.

    Lionel Bailliu, co-scénariste et réalisateur : C'est plus facile de faire un épisode où on est tenus parce que n'importe qui peut se faire tuer à n'importe quel moment, et c'est ce qui fait que le thriller a autant de succès ! C'est de la dramaturgie très forte.

    Julie Gayet, vous incarnez le personnage de Victoire, dont le quotidien bascule lorsqu'elle recroise son amour de jeunesse. Comment vous a-t-on approchée pour incarner ce rôle ?

    Julie Gayet : C'est drôle parce que je venais de quitter Hélène Fillières qui joue dans Mafiosa, et elle me dit "c'est dingue ce que tu fais blonde hitchcockienne, on t'a jamais proposé un rôle comme ça?" Trois jours plus tard, je rencontre Lionel Bailliu avec Yann le Gal, son co-scénariste, qui étaient déjà en écriture sur Soupçons. Ils insistaient beaucoup sur l'importance du rôle féminin : "c'est un thriller, mais c'est pas le thriller qui nous intéresse, c'est la passion et l'histoire d'amour. Donc il faut trouver cette amoureuse et qu'elle soit crédible, et on cherche une femme hitchcockienne !" Dans Un baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret - que j'avais d'ailleurs présenté ici à Lille en 2007 - c'était déjà ce type de personnage. C'est comme si je retrouvais un peu ce rôle. J'avais beaucoup d'appréhensions en découvrant ce projet car c'est un énorme rôle à porter, mais en tout cas la blonde hitchcockienne ça me plaît bien ! 

    Vous avez fait des apparitions ponctuelles en télévision jusqu'à présent, est-ce un exercice qui vous plaît ?

    Julie Gayet : Oui et d'ailleurs on avait tourné un téléfilm ensemble avec Julie de Bona, que Lionel et Yann ont fait jouer dans Innocente, qui s'appelait La Légende des 3 Clefs pour M6, avec Thierry Neuvic. J'aime énormément Julie, c'est un soleil, une actrice incroyable. il y a eu Les Rois Maudits aussi, où j'interpétais un personnage jeune au début, puis plus vieille... J'en ai fait ! (rires)

    France 3

    Qu'est-ce qui vous a plu dans le scénario de Soupçons et dans le personnage de Victoire ?

    Julie Gayet : Chaque réplique est vraiment pesée, j'ai eu beaucoup de chance de travailler avec Bruno et Thomas Jouannet [qui interprète le mari de Victoire, ndlr] qui avaient une envie commune de se mettre autour d'une table pour éplucher les scénarios, comprendre la mécanique de l'histoire afin que chaque élément établi dans nos relations fonctionne, parce qu'il s'agit avant tout de retranscrire des émotions. On a travaillé toutes ces scènes de passion et de doute comme des scènes d'action. C'était plutôt agréable de se retrouver entre Thomas Jouannet, avec qui on sent un véritable amour de couple, et Bruno qui n'est pas mal non plus ! (rires) Mais nos personnages ne jouent pas avec les sentiments, ils sont tous les trois sincères.

    Bruno Debrandt, interprète de Florent : On est plutôt dans le tragique et le choix cornélien que le mensonge. Ils se font surprendre, ils sont trop petits par rapport à ce qui leur arrive. Il n'y a pas de stratégie. Ce qui est intéressant dans ce que propose la série, c'est que malgré la sincérité des personnages et leur humanité, il y a une mécanique du mensonge et de l'accident, du thriller, qui va mettre chacun dans une situation très difficile à gérer.

    Lionel Bailliu : C'est un amour de jeunesse très particulier qui les rattrape à un moment de leur vie, des années plus tard. Ce n'est pas n'importe quel amour, et il n'y a pas de malveillance derrière leur mensonge. Ce n'est pas une simple histoire d'adultère, nous n'apposons pas de jugement moral. On aborde seulement la romance et le thriller en même temps.

    Soupçons, dans sa thématique, présente des points de similitude avec la série The Affair de Hagai Levi. A-t-elle été une inspiration ?

    Lionel Bailliu : Je n'ai pas vu toute la série en question, mais nos productrices (Dorothée Woillez et Gaëlle Cholet) l'adorent, donc elles y ont évidemment pensé.

    Yann Le Gal : C'était effectivement une référence sur la thématique, mais on ne traite pas le sujet du même point de vue. On voulait vraiment que ce soit une femme entre deux hommes et que, jusqu'à la fin, les deux soient aussi attachants l'un que l'autre, et qu'on ne sache pas si elle a fait le bon choix.

    Lionel Bailliu : Mais il est vrai que des séries comme The Affair ou Docteur Foster (adaptée en France sous le titre Infidèle par TF1, ndlr) ça ouvre des portes montrant qu'il est possible de faire du thriller avec beaucoup de suspense en racontant des histoires intimes, avec très peu de polar. Dans Soupçons, l'histoire d'amour est introduite très rapidement, car dans tous les témoignages que nous avons lu de personnes qui retrouvent des amours de jeunesse des années plus tard, tous disent que c'était un sentiment cataclysmique, comme s'ils s'étaient quittés la veille. Avec tout le côté séduisant d'une espèce de destin interrompu, du côté transgressif de la liaison, et peut être aussi l'idée très profonde que ce n'est pas une faute puisque l'acte a déjà été consommé.

    Yann Le Gal : Comme si on renouait avec un destin qui était déjà écrit, quelque part.

    France 3

    Comment vous-êtes vous respectivement préparés en amont ?

    Julie Gayet : C'était essentiel pour nous de commencer à construire notre collaboration avant et d'apprendre à se connaître, surtout quand on raconte une histoire où il faut qu'on ait la sensation que Thomas Jouannet et moi nous connaissons depuis toujours, qu'on dégage une vraie complicité...

    Bruno Debrandt : On a eu un vrai confort au niveau de la préparation puisqu'on a pu lire les scénarios bien en amont du tournage. C 'est vrai que la plupart du temps c'est très compliqué d'avoir un temps de préparation pour échanger avec l'équipe artistique. On savait que le temps allait être court sur le tournage, et on a eu la chance que Lionel et Yann nous convoquent assez tôt pour se rencontrer les uns les autres. C'est très rassurant d'avoir un objet bouclé pour pouvoir échanger, créer un langage commun, apprendre à se connaître et à s'apprivoiser en amont vu le peu de temps de préparation dont on dispose habituellement.

    Lionel Bailliu : Et aussi s'assurer qu'on a tous envie de raconter la même histoire, parce que sur 360 pages de scénario, le potentiel de quiproquos est énorme ! Surtout avec les comédiens car il y a beaucoup de nuances et de subtilités dans chaque recoin. Le but du jeu est d'être bien sûr que tout le monde travaille dans le même sens.

    Entre les différents formats pour la télévision et le cinéma sur lesquels vous avez travaillé, quels ont été les avantages et les inconvénients d'une série au format 52 minutes comme Soupçons ?

    Julie Gayet : Pour un comédien, c'est un vrai plaisir de pouvoir développer un personnage sur six épisodes. Bien évidemment sur ce tournage, je me suis rappelée à quel point c'était un marathon ! Nous avons eu quatre mois de tournage, plus six mois de préparation... Ça laisse un grand vide une fois terminé !

    Bruno Debrandt : Forcément, en série nous avons le loisir d'explorer longuement nos personnages et d'aborder beaucoup de facettes de leur personnalité; on a le temps. Dans une série qui dure sur plusieurs saisons c'est encore plus vertigineux. Avec les autres acteurs, on crée une véritable famille qu'on prend plaisir à retrouver avec son personnage. Mais parfois on se fâche avec notre personnage à la longue, au point de ne plus vouloir le voir en peinture ! (rires)

    Lionel Bailliu : Comme on tourne toutes les séquences dans le désordre par gain de temps, avec parfois jusqu'à 6 minutes utiles par jour, cela demande une sacrée gymnastique intellectuelle de la part des comédiens pour s'adapter !

    Bruno Debrandt: Je trouve que cet exercice permet de se rendre compte à quel point on ne connaît pas un individu donné, et qu'on ne se connaît pas vraiment soi-même. Le fait d'explorer ces facettes d'un personnage de manière non chronologique permet de lâcher prise, et de se l'imaginer beaucoup mieux. Plus le format est court, plus on passe à côté de certaines aspérités et nuances qui permettent de rendre le personnage plus vrai.

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