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Glass, Split, Sixième Sens... Au fait, c'est quoi un film de M. Night Shyamalan ?
Par Gauthier Jurgensen (@GauthJurgensen) — 18 janv. 2019 à 08:00
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Alors que le volet final de sa trilogie super-héroïque "Glass" vient de sortir en salles, faisons le point sur les thématiques récurrentes abordées dans les treize films signés M. Night Shyamalan.

Enfants et ados extra-lucides
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Wide Awake (1998)
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Originaire de Philadelphie où se déroule l’action de la plupart de ses films, de Wide Awake (1998) à Glass (2019), Manoj Nelliyattu Shyamalan collectionne les signatures qui singularisent son œuvre. Rebaptisé M. Night Shyamalan, le cinéaste va écrire la quasi-totalité de ses scénarios et conserver ainsi la main non seulement sur ses effets de mise en scène favoris, mais également sur les thématiques qui le passionnent.

Comparé au grand Alfred Hitchcock dès les premières heures de sa carrière, ce petit génie nommé à l’Oscar du meilleur scénario et du meilleur réalisateur à 29 ans pour Sixième Sens partage avec le maître un goût du caméo, puisqu’il apparaît presque dans chacun de ses longs métrages. Il va même parfois jusqu’à se confier un rôle entier, comme dans son premier film Praying With Anger dont il interprète le rôle principal, ou dans La Jeune Fille de l’eau où son personnage est plus secondaire.

Mais la ville de Philadelphie et les apparitions du cinéaste ne sont pas les deux seuls fils rouges qui relient tous les films estampillés M. Night Shyamalan. Dans ses récits fantastiques comme dans ses fables super-héroïques ou ses films de science-fiction, le réalisateur tourne autour de quelques sujets depuis bientôt une trentaine d’années. Sans avoir besoin d’un sixième sens, voici les signes qui aident à reconnaître l’œuvre inclassable d’un artiste considéré par certains comme le dernier maître de l’ère hitchcockienne et par d’autres comme un phénomène de mode.

Enfants et ados extra-lucides

Les films de M. Night Shyamalan sont souvent emmenés par des enfants qui voient la vie sous un autre angle. Bien sûr, le petit Cole du Sixième Sens est le plus emblématique des héros de son auteur, avec son pouvoir exceptionnel qui lui permet de voir les morts déambuler parmi les vivants. Mais il n’est pas le seul personnage de Shyamalan à mettre en valeur la perception des plus jeunes. Comme il le confiait justement à AlloCiné  :

J’aime l’adolescence car c’est un âge un peu triste. Ces jeunes arrêtent de croire, ils abandonnent, ils deviennent comme nous. Ils deviennent normaux et ils découvrent que le monde est ce qu’il est. (entretien du 1/9/2015)

The Visit Bande-annonce VO

Dans Wide Awake, déjà, un petit garçon qui entrait en cinquième cherchait à donner du sens à son existence au lendemain du décès de son grand-père. Et que dire du Dernier Maître de l’Air, où l’action se déroule dans un monde qui ne pourra être sauvé que par des enfants aux pouvoirs exceptionnels ? Dans After Earth, le personnage interprété par Will Smith entraine son fils réel et fictif à dompter seul une planète hostile.

Selon les films de Shyamalan, les enfants possèdent un don qu’ils perdront à l’âge adulte : la capacité à percevoir l’enchantement du monde. Pour lui, l’âge de raison n’est finalement pas un moment de la vie où l’on appréhende enfin le monde tel qu’il est, mais celui auquel on perd ce pouvoir magique qui permet aux plus jeunes de s’émerveiller. Pour se frayer un chemin à travers une série d’événements fantastiques, les personnages adultes de Shyamalan devront retrouver leur âme d’enfant, comme Mel Gibson et Joaquin Phoenix dans Signes qui se fabriqueront des chapeaux en aluminium pour se défendre d’une invasion extra-terrestre.

Dans sa trilogie super-héroïque composée d’Incassable (2000), Split (2016) et Glass (2019), trois hommes singuliers doivent décortiquer la culture des comic-books pour comprendre la vérité sur leur propre nature : les super-héros existent puisqu’ils sont eux-mêmes dotés de super-pouvoirs. La plupart des personnages faisant appel à la raison pour tenter de dissuader les croyances magiques sont malveillants, comme le critique de cinéma Harry Farber dans La Jeune Fille de l’eau, un peu trop conscient du sort que le récit lui réserve.

Le deuil, l’au-delà et la quête de spiritualité

Depuis son premier long-métrage, Praying With Anger, M. Night Shyamalan raconte son obsession pour la croyance, le mysticisme et la vie après la mort. Après avoir incarné un double de lui-même, parti à la recherche de ses racines identitaires et spirituelles en Inde, le réalisateur transmet cette quête existentielle à son jeune personnage principal dès son deuxième film, Wide Awake. Afin de garder un lien avec son grand-père décédé, le petit Joshua va partir à la recherche de Dieu, aidé par son meilleur ami.

Les héros de Shyamalan portent presque tous le deuil : Graham Hess (Mel Gibson dans Signes), Cleveland Heep (Paul Giamatti dans La Jeune Fille de l’eau) et David Dunn (Bruce Willis dans la trilogie Incassable) ont perdu leurs épouses. Kitai Raige (Jaden Smith) doit apprendre à survivre sans son père dans After Earth. Les enfants de The Visit n’ont plus que leur maman et découvrent leurs grands-parents pour la première fois. Elliot Moore (Mark Wahlberg) et sa femme Alma (Zooey Deschanel) vont aussi perdre leurs proches dans la mystérieuse vague de suicides qui s’abat sur les Etats-Unis dans Phénomènes.

C’est évidemment dans Sixième Sens que la question de la communication avec les morts sera abordée le plus frontalement. Le héros incarné Haley Joel Osment doit convaincre son psychologue (Bruce Willis) qu’il peut interagir avec l’au-delà. Ensemble, ils apprendront à faire de cette pathologie surnaturelle un don.

Deux questions semblent donc traverser le cinéma de Shyamalan : où sont partis les défunts et comment trouver un moyen de communiquer avec eux ? Pour répondre à ces mystères, les différents héros partent souvent à la recherche des passerelles invisibles qui permettent de passer d’un monde désenchanté à une autre dimension, plus fantastique.

Glass : faut-il absolument (re)voir Incassable et Split ?

Un cinéma élémentaire

En complément de cette quête de spiritualité, M. Night Shyamalan semble fasciné par les éléments naturels qui apportent la vie et par leur capacité à nous la reprendre indifféremment. Sans même avoir à regarder les films du cinéaste, cette obsession se manifeste dès leurs titres : La Jeune Fille de l’eau, After Earth, Le Dernier Maître de l’Air… Seul le feu manque encore à l’appel.

Mais ce feu sera justement là via cette flamme qui anime le jeune Dev Raman et le pousse à prier avec colère (Praying With Anger). Ce sera aussi l’élément maîtrisé par le prince Zuko (Dev Patel), méchant du Dernier Maître de l’Air, où l’eau, la terre, l’air et le feu s’affrontent. Si les flammes semblent vouées à véhiculer la colère chez Shyamalan, l’air et la terre sont plus ambivalents.

L’air est certes l’élément le plus difficile à apprivoiser dans l’adaptation du dessin animé Avatar, le Dernier Maître de l’Air. Mais c’est aussi celui qui permet de détecter la présence des morts dans le Sixième Sens, puisque la buée qui sort de la bouche des héros indique le froid soudainement jeté par le passage d’un fantôme. Dans Phénomènes, l’air et la terre s’associent pour contaminer les Etats-Unis et pousser la population américaine au suicide. Un mystérieux pollen secrété par certaines plantes et véhiculé par le vent semble être à l’origine du mal qui décime le pays. La terre – et la nature qui en découle – a repris ses droits dans After Earth et abrite une faune hostile aux deux héros. Elle obsède aussi des extra-terrestres de Signes qui choisissent des champs de maïs pour se manifester et commencer leur invasion.

C’est certainement à l’eau que Shyamalan porte un intérêt plus décisif encore. L’eau que David Dunn redoute dans la trilogie Incassable et qui permet à Graham Hess de repousser l’invasion des petits hommes verts dans Signes. C’est elle aussi qui crée un passage entre le monde réel et un univers fantastique dans La Jeune Fille de l’eau. De film en film, l’eau semble constamment dotée de pouvoirs surnaturels et mystérieux qui constitueront parfois la clef d’une intrigue.

Silhouettes étranges

Le cinéma fantastique de M. Night Shyamalan est peuplé de silhouettes inquiétantes, souvent à l’origine de l’effroi ressenti par le personnage principal et partagé par les spectateurs. Ces corps humains dont l’esprit semble s’être évaporé peuplent le cinéma du réalisateur comme les fantômes hantent une maison. Ce sont ces silhouettes anonymes qui épousent leur sort fatal dans Phénomènes en se jetant du haut d’un toit ou en se passant un révolver de main en main. C’est aussi la silhouette non identifiée qui se tient la nuit sur le toit de la ferme de Graham Hess dans Signes, avant de jaillir sur une vidéo-amateur.

Ce qu’on ignore de ces silhouettes les rend menaçantes, comme dans Le Village où les habitants d’un hameau perdu dans la forêt sont terrorisés par d’étranges créatures qui sortent la nuit. Les déambulations nocturnes des grands-parents dans The Visit font aussi peur à leurs petits-enfants, tout comme la vieille dame qui fait irruption dans la cuisine de Cole dans Sixième Sens. Une fois ces silhouettes identifiées, le mystère se dissipe et la terreur disparaît.

A ce sujet, le réalisateur nous confiait en septembre 2015 : 

C’est le sujet tabou qui est au centre de The Visit : notre peur des personnes âgées. On en parle peu en société, on leur coupe le sifflet… Ils vont dans des institutions et on n’ose à peine évoquer ce qu’ils vivent là-bas, parce que ça nous dégoûte. C’est sûrement notre peur de mourir qui nous les fait voir comme des fantômes.

Dans la trilogie Incassable, les silhouettes de trois héros ne servent pas à terroriser le spectateur, mais à faire de ces personnages des icônes, des êtres surhumains, des légendes reconnaissables en un clin d’œil. L’imperméable à capuche de David Dunn qui se découpe sous la pluie, la chevelure folle d’Elijah Price (Samuel L. Jackson), coincé dans son fauteuil roulant et le corps animal de La Bête (James McAvoy) aident le spectateur à conférer à ces héros une dimension mythologique.

Le maître du twist

Depuis qu’il a bluffé son monde avec l’étonnante fin du Sixième Sens, M. Night Shyamalan a développé une véritable passion pour les coups de théâtre. Ses films s’achèvent souvent sur une révélation si sensationnelle que le sens entier du film en est chamboulé. C’est justement ce qui fait la puissance de ces astuces scénaristiques : loin de simples gadgets qui prendraient le spectateur de court, elles permettent un second visionnage du film avec un nouveau point de vue.

Bien que certains d’entre eux soient devenus célèbres, ces twists de fin sont si spectaculaires qu’il serait odieux de les révéler à ceux qui n’ont pas encore vu les films du cinéaste. Dans certains cas, il a parfois été reproché au réalisateur de faire reposer tout le déroulement d’une intrigue sur son retournement de situation. Dans Le Village, par exemple, la surprise finale redistribue radicalement les cartes en apportant tout de même une nouvelle approche de l’obscurantisme.

Quand ils sont plus habiles, comme dans The Visit, ces coups de théâtre apparaissent comme une évidence que le spectateur se sent presque coupable de ne pas avoir repérée plus tôt. C’est simple : le cinéaste a tellement habitué son public à le surprendre que les films qui ne comportent pas de twists sont généralement les moins aimés (La Jeune Fille de l’eau, Phénomènes, Le Dernier Maître de l’Air, After Earth).  

Même sa série Wayward Pines, où un agent des services secrets enquêtait sur d’étranges événements dans une petite ville, comportait une révélation majeure au milieu de sa première saison qui transportait toute la série dans un autre genre, de l’enquête policière au récit de science-fiction. M. Night Shyamalan a lui-même connu son lot de virages en épingle à cheveux grâce à sa capacité à réinventer son cinéma et sa propre carrière. En treize films, son nom a tantôt évoqué le chouchou du film fantastique, tantôt le réalisateur le plus détesté d’Hollywood avec quatre Razzie Awards et neuf nominations.

De retour en grâce depuis 2015, il est à nouveau choyé par la critique et le public, comme en témoignent ses jolis scores récents au box-office avec The Visit et Split. Glass, le troisième volet de la trilogie Incassable, est sorti ce mercredi 16 janvier 2019 sur les écrans français.

Découvrez la bande annonce de Glass, nouveau film de M. Night Shyamalan

 

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