Deux frères organisent le cambriolage de la bijouterie de leurs parents. Mais les choses tournent très mal…
« 7h58 ce samedi-là », film construit sur le motif classique du casse qui tourne mal et de l’engrenage fatal qui s’ensuit, débute comme une série B presque anodine avant de resserrer progressivement son étau dramatique. Le récit bascule alors vers une intensité émotionnelle remarquable et atteint une dimension tragique digne de la tragédie antique, avec ses figures de la faute, de la trahison, du matricide et de l’infanticide.
Derrière ce dispositif tragique se dessine une radiographie sociale d’une grande cruauté. Lumet filme une classe moyenne américaine en bout de course, étranglée par le crédit, la pression de la réussite matérielle et l’illusion du confort. Andy (Philip Seymour Hoffman, remarquable), cadre stressé dépendant à la fois à l’argent et aux antidépresseurs, incarne cette figure moderne de l’individu broyé par la logique du profit et du statut social. Hank (Ethan Hawke), plus fragile encore, ne survit que par l’emprunt et le mensonge, symbole d’une précarité dissimulée sous une façade de normalité. Le crime n’apparaît alors plus comme une aberration morale, mais comme le produit direct d’un système fondé sur la dette, la compétition et la frustration permanente.
Sur le plan narratif, le film est structuré autour de la répétition du casse, rejoué à plusieurs reprises sous des points de vue différents. Ce dispositif fragmenté, fait de retours en arrière successifs, permet de dévoiler progressivement les motivations intimes des personnages et d’exposer la chaîne de responsabilités qui mène à la catastrophe. Chaque nouvelle variation n’apporte pas de salut, mais accentue au contraire la sensation d’étouffement, révélant un monde où les choix individuels sont étroitement conditionnés par la pression économique et sociale.
La mise en scène, volontairement discrète et sans effets spectaculaires, privilégie l’efficacité dramatique et la tension psychologique. Lumet filme des espaces quotidiens — appartements anonymes, bureaux impersonnels, banlieues sans âme — qui deviennent autant de prisons mentales et sociales. Les quelques plans-séquences très maîtrisés renforcent cette impression d’enfermement et de fatalité, en laissant le temps aux corps et aux visages d’exprimer la fatigue morale et la violence contenue.
Pour son dernier film, à 83 ans, Lumet livre ainsi un polar d’une noirceur extrême, à la fois sec, nerveux et profondément politique. Il y dresse le portrait d’une société où l’argent détruit les liens familiaux, où le désir de consommation remplace toute valeur morale et où la réussite matérielle devient une injonction destructrice. Une conclusion crépusculaire, d’une lucidité implacable, qui fait de « 7h58 ce samedi-là » non seulement un grand film noir, mais aussi un constat amer sur l’Amérique du début du XXIe siècle.