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4.5 - Excellent
« Les feux de la rampe » pourrait être considéré comme l'ultime œuvre de Chaplin, son ultime chef d'œuvre et certainement son film le plus personnel.
Depuis Monsieur Verdoux, Chaplin a abandonné le personnage de Charlot, il a quitté ce petit bonhomme qui faisait sa gloire ou plutôt c'est le petit bonhomme qui l'a quitté. Alors Chaplin a décidé dans « Les feux de la rampe « d'être lui-même, d'ouvrir son coeur et de déposer tout ce qui y résidait comme s'il s'apprêtait à partir pour un dernier voyage.
Dans » Les feux de la rampe », Chaplin y incarne Calvero, ancienne gloire du music-hall, il faisait rire des salles entières et son nom suffisait à attirer les foules. Aujourd'hui, il n'a plus que son passé, c'est un clown triste qui a sombré dans l'alcool et qui descend petit à petit vers la mort. C'est alors qu'il croise une jeune et belle danseuse qu'il sauve du suicide. Pourquoi vouloir mettre fin à ces jour ci-tôt ? Cette rose vient à peine d'éclore qu'elle voudrait déjà mourir, elle n'a pourtant pas montré ses plus belles couleurs. L'ancien s'éprend alors de la jeune. Le vieux chêne couve la jeune rose. Il retrouve un peu de vie, un peu de sa jeunesse dans le regard de cette jeune fille qui l'aime tant. Il se sentirait presque renaître, il se surprend en tous cas à rêver de nouveau de gloire et de succès. Mais bientôt le rêve s'écroule, la réalité a définitivement rappelé le comique. Son dernier effort sera de faire briller une nouvelle étoile.
Chaplin dépose en effet dans « Les feux de la rampe » ses peurs, ses désirs, sa tristesse, ses envies. Il y dépose son coeur signant son oeuvre la plus personnelle mais aussi celle qui se destine le plus à son public. L'artiste n'est rien sans son public et Calvero, tout comme Chaplin, ne vit que sous les regards d'un public, il se nourrit de leur rire et meurt de leur tristesse ou de leur indifférence.
« Les feux de la rampe » est un film intimiste qui contient toutefois un message universel, un cri d’amour fort et puissant venant des entrailles de Chaplin. Dans « Les feux de la rampe », les fantaisies ne sont guère de mise et les pirouettes quasi absentes car Chaplin veut bel et bien parler avec son coeur, en toute franchise, ne cherchant aucun faux-semblant et se voulant le plus vrai possible avec sa caméra. C'est la vie d'un artiste déchu, d'un artiste qui n'aura vécu qu'à travers son public et qui ne demande qu'à partir sous les derniers regards émerveillés de ses spectateurs. Alors Chaplin crie, il hurle, il veut qu'on l'entende. Il s'adresse au monde entier, les yeux brillant encore de malice d'un vieillard qui ne veut pas tirer sa révérence. Chaplin montre aussi toute la cruauté de la vie. Jamais ses discours ne furent aussi humanistes et directs. C'est sans complaisance et artifices mais assis au bord d'une fenêtre sous les étoiles qu'il moralise et s'exprime sur la dureté de la vie. sa vie n'aura jamais cessé d'être un combat. Mais le regrette t-il ? Bien sur que non car ses efforts, ses douleurs furent compensées par les rires, les joies, les applaudissements de tout un public en délire.
Chaplin se veut également dur avec lui-même car si le vieux meurt c'est pour laisser la place aux jeunes. Et la magnifique Claire Bloom entre en scène. Brillante, belle, légère, fraîche, lumineuse. C'est une étoile et elle flotte tel un ange, captivant les regards, brisant les cœurs, ouvrant les âmes.
La fin est des plus terribles et des plus belles. Buster Keaton et Charles Chaplin réunis sur scène dans un numéro d'anthologie. Le cinéma montre ce qu'il a de plus beaux, deux créateurs qui n'ont jamais cessé de mettre leur vie en péril pour donner du rire. Deux artistes qui furent bafoués et baffés et qui pourtant, à chaque fois, se relevèrent la tête haute. Deux génies du rire, deux hommes extraordinaires qui nous font le plus beau des cadeaux.
Une merveille du 7ème art !
Ajoutée le 20 mars 2012 à 17h20
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