3 - Pas mal
Après la bouse interstellaire sur ses amis spartiates, Zack Snyder continue dans l'adaptation de comic-book, mais s'en sort moins mal qu'avec son précédent film. En même temps, c'était inconcevable de faire pire.
Oeuvre sur le temps qui passe et la nostalgie d'époques révolues, Watchmen semble fonder sa mécanique sur l'émotion naissant d'un temps et de sentiments glorieux qu'on ne connaîtra plus. Le film ne cesse d'alterner passé et présent, multipliant les flash-backs établissant des différences entre deux époques, et décrivant sans concessions un monde actuel en pleine déliquescence morale. Dans Watchmen, tout est noir, et les bouffées d'air frais sont rares, révélant par là-même une société perdue, rongée par les vices, où le pessimisme règne en maître. L'intelligence du film ( et avant lui, du comic-book ), c'est l'univers parallèle qu'il propose. De là peut naître un pessimisme plus grand encore puisque le passé que l'on connaît n'a même pas eu lieu. Il fut tellement désespérant que la solution consiste à l'effacer et à le remplacer par une réalité alternative. C'est quand même un constat d'une profonde amertume sur l'Histoire, et là où le spectre du révisionnisme et du fascisme pourraient apparaître, il n'en est rien. Snyder a suffisamment fait preuve de mauvais goût avec 300, ici, il grandit un peu. Point de fascisme donc, sinon une manière de fantasmer la réalité, et découlant d'elle, l'apparition du regret. Puisque le passé nous fait si mal ( à nous, américains ), il faut faire en sorte de le recréer et d'effacer nos erreurs ( le viêt nam ), et de modifier les traumatismes vécus ( la fin, et la miraculeuse issue de la Guerre Froide ). Il n'empêche que, même avec une Histoire différente, le résultat dans le présent est quasiment identique, parce que peu importe ce que l'être humain fait de sa vie et du monde dans lequel il vit, au final, la fatalité est telle qu'il ne peut régner que le chaos. Evidemment cela exclut la toute fin du film, dont je me demande toujours si elle contient une certaine ironie ou pas. A première vue oui, parce que tout cela paraît gros, tellement naïf. Mais cela voudrait dire que cette naïveté se suffit à elle-même ( que sa seule existence la trahit ) parce que Snyder filme ça avec une distance totale et un sérieux étonnant.
Ailleurs, le film est quand même assez décevant. La noirceur de l'oeuvre fonctionne surtout grâce à la réalité alternative, et absolument pas grâce à ses personnages qu'on devine totalement contaminés par l'absence d'émotions du Dr Manhattan. Watchmen ne parvient pas véritablement à les rendre humains comme il le voudrait. On sent une volonté de jouer avec le mythe du super-héros, de délaisser l'idée d'une invincibilité totale chez eux et de se rapprocher d'une vulnérabilité en expansion dans le cinéma post-11 septembre. Mais la caricature a pointé le bout de son nez, et chacun des super-héros ne dépasse pas le stéréotype qu'il représente, empêchant ainsi à l'émotion d'exister. Watchmen apparaît alors comme un film aux sentiments opaques, et l'action prend rapidement le dessus. Sauf que...sauf que Watchmen n'est jamais à la hauteur de 300 dans ses scènes de combat, qui faisait preuve d'un dynamisme et d'un indéniable aspect jouissif qui sauvaient partiellement le film. Ici, tout semble trop ordonné, trop bien exécuté. Mécanique.
Je retiens aussi une très belle scène de décoinçage du c*l, consécutive au retour " aux affaires " des héros. C'est quand ils font ce pour quoi ils sont faits, ce qu'ils aiment, qu'ils existent vraiment ( ça fait un peu niais dit comme ça, et malgré l'incapacité de Snyder à filmer le sexe, cette scène est plus " belle " dans le film ).
Après le somptueux générique, on pouvait s'attendre à un grand film. Mais il n'en est rien, et Watchmen se contente d'être un agréable divertissement un peu plus intelligent que la moyenne certes, mais pas aussi subversif qu'il ne voudrait l'être, à l'image de sa bande-son visant le décalage, mais trop démonstrative pour convaincre. Le film manque aussi cruellement d'ampleur, de lyrisme, et se ramasse lors de certaines scènes d'une laideur étonnante ( sur Mars par exemple ). Snyder est quand même sur la bonne voie...on attend la suite donc.
Ajoutée le 24 janv. à 20h43
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