lhomme-grenouille    

Membre depuis 4582 jours | Dernière activité : 24/06/2017

  • 933 notes & favoris
  • 881 critiques
  • 61 suivis
  • 724 abonnés
Suivre son activité
Ses critiques de films
  • Toutes ses critiques
  • Ses critiques de séries
  • Ses critiques Vidéo
  •    
  •    
  •    
  •    
Ce qui nous lie

Critique de Ce qui nous lie

   3 - Pas mal
« L’amour c’est comme le vin... Il faut du temps. » Quand j’ai entendu cette punchline dans la bande-annonce, je me suis tourné en direction du pote avec qui j’étais dans la salle et on a ri. C’était consternant de caricature. J’ignorais encore qui était l’auteur de cet énième film français qui semblait se réduire à une simple accumulation de stéréotypes visant à séduire le bobo parisien, mais en tout cas une chose me paraissait alors certaine : non seulement j’étais convaincu que ce film serait une véritable coquille vide, mais en plus il me paraissait acquis que je n’irai jamais le voir… « L’amour c’est comme le vin… » Non mais franchement ! …Et puis est apparu le nom de Cédric Klapisch… Et là… J’avoue que je me suis soudainement senti très gêné… Cédric Klapisch, quoi… Pour moi ce gars est l’un des rares cinéastes français qui mérite encore l’attention. Mais bon, même si le bon Cédric sortait d’un très intéressant « Casse-tête chinois », je savais aussi qu’il était capable de commettre des films comme « Ma part du gâteau ». Du coup, j’ai quand même voulu y aller, histoire de me faire mon idée, mais avec pas mal de réticence je dois bien l’avouer… Et… Oui, pour le coup je confirme : il n’y a pas que l’amour qui soit comme le vin ; il y a aussi ce « Ce qui nous lie. » Là aussi, il faut du temps ! …Il faut du temps parce qu’au début j’ai vraiment retrouvé toutes mes sensations de la bande-annonce. OK, la mise en scène était soignée, avait le sens du cadre et du rythme (le générique notamment est plutôt bien foutu, faute d’être véritablement original), mais toutes les scènes ne faisaient que puer la caricature de film fait par des bobos pour des bobos. Ces paysages, cette narration, ce petit décorum autour du vin, de la France métissée et apaisée, des gentils cyclistes qui roulent sur ces routes champêtres… C’est bien simple, j’avais l’impression de revivre « Une grande année » de Ridley Scott ! Même regard béat ; même narration de vacances ; même imagerie « carte-postale », et puis surtout, même intrigue insignifiante. Parce que oui, au début du film, ce « Ce qui nous lie » ne brille vraiment par son originalité et sa profondeur. On voit tout de suite où il veut en venir et par quels étapes il va passer. Bref, je revivais là ma triste expérience de la bande-annonce, avec pour seule et unique consolation le fait de me dire que le film avait au moins le mérite d’être propre formellement, avec quelques petites idées sympas sans qu’elles soient transcendantes… Mais bon… Comme dit plus tôt, ce Klapisch c’est comme le vin : il lui faut du temps. Non pas que l’histoire devienne plus originale ; non pas qu’on quitte ce décorum fantasmé de bobos ; ça non… Disons plutôt que, malgré tout ça, il y a quand même quelque-chose qui a fini par prendre le dessus chez moi : c’est la sincérité de la démarche. Alors oui, je sais que c’est un argument à la con, mais je trouve qu’il est quand même difficile de nier ça à Klapisch. Il est certes difficile de définir clairement à partir de quand un auteur n’est plus en mode automatique à enfiler des perles et à partir de quand on a l’impression qu’il livre quelque-chose qui vienne de lui ; quelque-chose de sensible… Seulement, ce fut un fait me concernant, il y a vraiment eu quelques scènes qui furent des pivots pour moi et sur lesquelles je n’ai eu aucun doute sur leur nature. Ce qui a fait la différence pour moi, ce fut sûrement la retenue, voire la pudeur. A de nombreux instants le film dissémine des moments d’émotion ; des moments que beaucoup auraient surappuyés. Eh bien pas Klapisch. Là ce n’est jamais long, c’est toujours en feutrant la démonstration d’émotion (Spoiler : Juliette qu’on voit pleurer en se remémorant son père qui lui a appris à conduire un tracteur, mais qu’on n’entend pas derrière son habitacle vitré… Les dernières retrouvailles entre Jean et son père qui ne se traduisent pas par un échange direct plein d’effusion mais par des narrations différés dans l’espace et dans le temps, le tout ne se traduisant au final que par une simple poignée de main… Les souvenirs nostalgiques où lieux passés rencontrent personnages du présent et vice-versa comme la fameuse balançoire qui revient comme un motif récurrent…) Alors oui : c’est cliché, c’est bobo, c’est téléphoné, c’est Pio Marmai… Mais ça marche. Il m’a fallu attendre pour que ça marche, mais ça a quand même marché. Parce qu’après tout, moi j’aime bien aussi me manger des films assez classiques dans leur façon de mener les choses ; qui n’inventent rien ; mais qui ont au moins le mérite de faire ça bien. Ça vaut pour un bon actionner ou un film d’épouvante, comme ça peut valoir pour une comédie de mœurs bobo parisienne. Car non, en soit, le cinéma bobo parisien ne me dérange pas. Il me dérange quand il est omniprésent ; qu’il s’impose à nous avec toutes ses violences symboliques, et quand – surtout – il se risque à cette condescendance d’oublier de faire du cinéma parce qu’au fond il est au-dessus de cela. Eh bien ce n’est pas le cas de ce « Ce qui nous lie ». Ce film n’oublie pas de faire du cinéma. Ce film n’oublie pas de nous livrer une émotion qui se veut sincère. Alors après, certes, je ne le considère pas non plus ce film comme étant une œuvre mémorable de Klapisch ; ou bien comme un coup de cœur de l’année. Non. Malgré tout, il n’empêche que je trouve qu’il sait faire le job. Il a su me proposer quelques scènes que j’ai trouvées touchantes, drôles ou sensorielles. Et parce qu’il y a tous ces bons moments, et que tout le reste n’est pas hideux, eh bien au final – oui – j’adhère. Pas de chef d’œuvre pour moi donc. Mais un film qui se regarde, ce n’est pas si mal que cela non plus. Non ?...
Free Fire

Critique de Free Fire

   1 - Très mauvais
Je l’aime bien ce Ben Weathley. Oui, ça c’est indéniable… Et si je l’aime bien, c’est parce qu’il tente toujours quelque-chose dans ces films. Soit il tente quelque-chose d’un point de vue formel, soit il se risque à explorer une forme de politiquement incorrect qui me plait bien… Mais bon, d’un autre côté, force est de constater que je rencontre très vite les mêmes limites avec ce bon vieux Ben, et malheureusement ce « Free Fire » n’échappe pas à la règle. Parce que bon, OK c’est cool d’assister à une vraie démarche de film de genre qui ne se prend pas trop au sérieux et qui essaye de partir dans un grand trip formaliste. Mais franchement, il faut aussi savoir être à la hauteur de ses ambitions. Vouloir faire tenir un gunfight en huis-clos sur une heure et demie, c’est certes culotté, mais encore faut-il être capable de remplir. Or, là – je suis désolé – mais au bout de vingt / trente minutes, j’en suis déjà à regarder ma montre pour me demander ce que le film va bien pouvoir être en mesure de proposer de plus que ce qu’il a déjà montré au départ. Et le problème, c’est que chaque minute qui suit ne fait que démontrer ce qu’on était en droit de redouter le plus, c’est-à-dire que – non – il n’y aura décidemment rien de neuf ni d’intéressant sur toute l’heure restante. Et franchement, quand il n’y a plus aucun centre d’intérêt, une heure c’est long, très long, surtout quand c’est répétitif… Le problème c’est que je trouve qu’en plus, rien ne marche vraiment dans ce film. Certes, techniquement c’est convenable, mais les choix d’écriture et de ton pour moi sont totalement contre-productifs. Je peux comprendre qu’on veuille construire ce gunfight autour de toute une bande de branques au vocabulaire et aux motivations simplistes, mais le problème c’est que je ne vois pas comment on peut se prendre d’intérêt et d’empathie pour eux, si bien que lorsque la fusillade commence eh bah… en fait on s’en fout un peu qu’ils se tirent dessus… et cela parce qu’on s’en fout d’eux en tant que personnages ! Autre choix déstabilisant : ce ton absurde et presque nanardesque. Encore une fois ça aurait pu s’avérer malin si cela avait permis de justifier quelques absurdités, mais là ça n’a été suivi d’aucune fantaisie véritable, si bien que du coup n’en est ressorti qu’un côté ridicule et fade qui a accentué chez moi mon détachement à l’égard des personnages et de l’action. En somme – il n’y a pas à redire – moi je trouve vraiment ce film mal écrit, mal pensé et mal fichu. Je n’ai pas cru aux enjeux de l’échange qui est à l’origine de la fusillade. Je n’ai pas ressenti la tension monter avant l’explosion du gunfight. Je n’ai pas été saisi non plus l’esprit déchaîné ou foutraque de cette confrontation interminable. Alors OK, c’est vrai que Weathley sait que tout cela est ridicule ; que tout n’est qu’un prétexte ; et qu’il en joue. Mais bon voilà quoi… Un film peut tenir combien de temps sur un postulat comme ça ? Pour moi ça me parait tellement évident que ça ne peut pas durer une heure et demi ! Désolé mais comment peut-on imaginer que personne ne se lassera de voir une demi-douzaine de protagonistes dont on a rien à faire se prendre des balles comme s’il s’agissait de simples cure-dents qui piquent et qui font boiter après ?! Mais zéro tension quoi ! Zéro intérêt ! Zéro dynamique ! Ralalah… Enfin bref, vous l’aurez compris, malheureusement je crois que je ne suis pas prêt de m’en sortir avec Ben Weathley. « Kill List », « Touristes », « High Rise « et maintenant ce « Free Fire ». Plus le temps passe et moins l’ami Ben ne semble préoccupé par la nécessité de développer, de durer, d’enrichir… Dommage parce que je l’aime bien ce gars… Vraiment… Mais bon… J’avoue qu’un jour ce serait quand même chouette que j’aime vraiment un de ses films…
Wonder Woman

Critique de Wonder Woman

   0.5 - Nul
Woh… Mais… Mais… En serait-ce un ? …Roh mais si c’est le cas ça ferait quand même sacrément longtemps que je n’en ai pas vu au cinéma… Pourtant si… Si, il remplit tous les critères… Mais oui… Ce « Wonder Woman » en est bien un… C’est… C’est un beau et magnifique… nanar ! Rolalah mes enfants… Celui-là il est quand même sacrément impressionnant. Et le fait qu’on y ait consacré autant de moyens le rend juste épique. Alors certes, peut-être que ça choquera moins les gros mangeurs de comics ou bien encore ceux qui ont intégré les codes des derniers films estampés « DC » ou autres « Marvel Comics Universe ». Mais pour quelqu’un qui comme moi aime bien appréhender des films comme des unités à part entière se devant d'être capables de tenir et de convaincre à eux tous seuls, là j’avoue que je n’ai pas été déçu du tout par « Wonder Woman »… Non mais c’est un festival ! Au-delà des deux premières minutes d’intro qui sont les seules à être plus ou moins propres du film (…mais manque de pot, ces deux minutes sont aussi celles qui se révèlent après coup les plus inutiles au regard de l’intrigue qui suit, mais j’y reviendrai plus tard...) ; au-delà de ça, on rentre dans un océan de kitchouilleries, de bouillasses numériques immondes et surtout de postulats et de propos qu’il est selon moi impossible de prendre au sérieux. Alors OK, « c’est Wonder Woman me diront certains ; il faut quand même bien qu’on respecte un minimum le matériau de base, non ?… » Bah ouais, moi je veux bien entendre ça. Mais est-ce que c’est vraiment respecter le matériau de base que d’en propulser en 2017 toutes ses ringardises si marquées par les années 60 ? Parce que là : tout ce trip de mythologie junky (qu’on pouvait d’ailleurs déjà retrouver chez « Thor »), le tout mélangé avec des nymphettes à jupettes qui font des galipettes en permanence dans des costumes absolument ridicules, c’est juste phénoménal ! Il faut franchement le voir pour le croire ! Et si encore ça se limitait à ça ! Mais non ! Aux ringardises des années 60 le film a décidé d’y mêler toutes les ringardises des blockbusters contemporains ! Cabrioles absurdes, incrustations sur fond vert ignobles, musiques omniprésentes et pourtant insignifiantes, effets numériques qui font incroyablement fake… C’est une vraie compilation de mauvais goût absolument hallucinante ! Et vas-y que je t’y rajoute les conventions de films US qui veulent qu’en Grèce antique, on y retrouve des blondes, des noires et des brushings de Sue Ellen Ewing ! Et vas-y aussi qu’on te transforme la mythologie grecque en mythologie judéo-chrétienne avec un Dieu, Satan, la Création et toutes les mécaniques bibliques qui vont avec ! Vas-y que je te représente tout ça selon une esthétique renaissante parce que la Grèce antique… euh, ça a certainement dû se passer aux temps de la Renaissance ! Et surtout vas-y aussi que je te réduis l’héroïne principale à la simple et unique posture d’une Barbie qui doit sourire et faire jolie ! Parce que oui – et désolé de le dire aussi crûment – mais dans ce film la pauvre Gal Gadot n’est clairement là que pour porter toute une gamme de costumes qui mettent en évidence sa généreuse plastique. Son jeu d’actrice est incroyablement exagéré et maniéré. Il faut dire que le texte qu’on lui propose est assez lamentable. Le scénario répète sans cesse les mêmes choses, comme s’il n’estimait pas capable le spectateur de retenir une information plus de cinq minutes. Quant à la posture qu’on lui fait adopter face aux hommes, elle est juste d’une platitude hallucinante. Eh les gars ! Les filles ! On est en 2017 ! Si vous voulez aborder la question des tensions sexuelles qui peuvent exister entre deux individus ; de même que si vous voulez aborder la question des normes sociales liées au genre, eh bien soit vous y allez franchement, soit vous n’y allez pas du tout ! Parce que là, c’est d’un ridicule ! C’est franchement pire que dans « Twilight » ! Et ce qui est dingue c’est qu’en plus ça en devient même totalement incohérent ! Spoiler : Si « Wonder Woman » est une Amazone totalement décomplexée sur les questions du corps et du plaisir, qu’elle ne parle pas au travers d’euphémismes polis et détournés ! Qu’elle nomme les choses ! Qu’elle rentre dans le tas ! Le pire, c’est que c’était la seule chose qui aurait pu rendre ce film intéressant : confronter une figure contemporaine de femme à des figures archaïques d’hommes. Ça, ça aurait pu être vraiment sympa si ça avait été écrit avec davantage d’audace et d’intelligence. Mais non, au final ce qu’on aura donc au menu c’est du lisse, du chaste et du creux. Et à dire vrai, outre l’absence totale de bon goût, c’est sûrement ces caractéristiques là qui définissent le mieux ce « Wonder Woman » : le lisse, le chaste et le creux. On parle de guerre, mais jamais on ne parlera d’une once de politique, parce que la guerre, ça se développe comme ça, juste parce que l’humain à un côté « bad guy » (Spoiler : Paye ton essentialisme dans une œuvre qui se veut pourtant moderne ! Surtout quand tu construis ça dans une logique pas du tout partisane où ce sont les Allemands qui sont possédés par Arès alors que tous les autres ne sont que des gentils qui font ça pour se défendre !). Que dire d’ailleurs des grands méchants ? Entre un Danny Houston caricatural au possible, une Elena Ayana totalement ridicule, et un enjeu à base de Spoiler : gaz juste navrant, on touche là à une forme d’abysse narrative des plus consternantes… Et franchement, je trouve ça même vraiment dommage que ce soit aussi lisse, chaste et creux… Parce que le pire c’est que ça transforme au final de « Wonder Woman » en la pire version des nanars qui soit, c’est-à-dire le nanar chiant. Parce que non, ce film n’a même pas le mérite de pouvoir distraire à ses dépends. Ce fut certes le cas durant tout le passage du début sur l’île des Amazones, mais dès qu’on la quitte, il ne se passe plus rien. On sait exactement ce qu’il va se passer, on s’étonne juste qu’il faille autant de temps pour que ça se passe. Bah oui, je vous l’avais dit : « Wonder Woman » c’est un film qui répète sans cesse la même chose… Et le pire c’est qu’au bout de 2h20 de film, on se rend compte qu’il a passé son temps à radoter… pour Spoiler : rien. Parce que oui, en plus il a fallu qu’il ne se passe rien dans ce film ! Bah oui – on l’aurait presque oublié parce qu’au fond la scène d’intro n’avait rien à voir avec le reste – mais tout ce film en fait, n’était qu’un épisode parmi d’autres de la future et longue saga « DC »… Un épisode vide. Un de plus… Comme le « MCU » les gars de chez DC ont l’air de faire le pari qu’à force d’aligner les épisodes vides, un jour ils auront peut-être un plein… Logique désolante de mon point de vue, et logique qui complète donc cette incroyable compilation de tares que collecte ce « Wonder Woman »… Bref – vous l’aurez compris il me semble – à la question de savoir si « Wonder Woman » allait rajouter quelque-chose au schmilblick des blockbusters, des univers étendus, ou bien du cinéma tout court, je crois que je n’aurais pas besoin de vous expliciter davantage ma position là-dessus… A d’autres d’alimenter le débat. Moi… Franchement… J’ai eu ma dose…
Churchill

Critique de Churchill

   2 - Pas terrible
N’étant pas fan du tout des biopics, il n’était pas acquis que j’aille voir ce « Churchill ». Seulement voilà, appréciant quand même pas mal l’acteur Brian Cox, et connaissant plutôt bien le personnage dont il était ici question, j’avoue que le projet m’a rendu assez curieux. Le résultat, c’est qu’au final je m’y suis quand-même risqué, et que le bilan fut, pour moi, en fin de compte bien mitigé… Pour être honnête, j’avoue même que sur sa première demi-heure, je ne donnais pas bien cher de ce film. Pour le coup, le début de ce film a coché absolument toutes les cases qui m’horripilent d’habitude dans un biopic : forme académique outrancière, accumulation de personnages historiques dont on se plait à montrer à quel point chacun a bien été grimé par l’acteur qui l’incarne, scènes d’expositions interminables qui minent la dynamique et l’immersion dans l’intrigue, choix discutables sur les événements choisis d’être traités… D’ailleurs, de tous ces points, ce fut sûrement le dernier qui m’a le plus ennuyé dans ce film. Décider de ne traiter le personnage qu’au travers de ces quelques jours avant et après le débarquement de Normandie, j’avoue que ça m’a considérablement déstabilisé. Il y a tant de choses à dire sur le personnage ! Ne le regarder qu’au travers de ce moment, je trouve que c’est incroyablement réducteur. Alors après soit, c’est un choix. Puisqu’il y a déjà eu quelques films sur ce personnage et qu’il y en aura encore par la suite, pourquoi ne pas adopter un angle original ? Certes… Mais bon voilà, le film s’appelle « Churchill ». C’est vraiment bête mais avec un autre titre et avec une démarche moins focalisée sur Churchill ; j’entends par là une démarche prenant aussi davantage en compte les personnages d’Eisenhower, de Montgomery, voire de quelques autres ; je pense franchement que ce film en serait devenu beaucoup plus intéressant et surtout beaucoup plus riche. Parce que oui, pour moi le vrai problème de ce « Churchill », c’est qu’à vouloir absolument focaliser son attention sur ce personnage là, et cela seulement au travers de cette fenêtre de temps très réduite, on se retrouve selon moi avec deux gros problèmes. Le premier, c’est que ça réduit le personnage de Churchill. Le second c’est que le film se retrouve du coup avec trop peu d’éléments à traiter pour occuper les 1h45 de métrage. Et c’est dommage, parce qu’à desserrer l’étau autour du personnage de Churchill, on aurait pu éviter bien des lourdeurs, et on aurait pu développer des situations de manière bien plus riche. Là, avec ce choix très « winstonocentrée » auquel se risque le film, on se retrouve finalement avec pas mal de remplissage ; et du remplissage pas toujours très original et varié. On nous cale pas mal de scènes de pathos, pas mal de passages obligés avec sa femme (qui, ici, relèvent plus du cliché qu’autre chose), ou bien encore pas mal de redondances de propos qui, du coup, tournent souvent en rond (Spoiler : …parce qu’au final, on s’en tape quand même pas mal des scènes venant simplement illustrer l’idée selon laquelle Churchill est surtout tourmenté par le fait qu’on le laisse sur la touche !) Et pour le coup, pour moi, celui qui aurait été le grand gagnant d’un tel choix, outre le spectateur, ça aurait été Brian Cox lui-même. Parce que franchement, la tache qu’on lui a donnée était quand même sacrément ardue. Et à lui donner une telle plâtrée de moments aussi peu pertinents à jouer, ça lui arrive parfois de sombrer dans une légère surenchère, ce qui est triste parce que globalement, il fait quand même clairement bien le job, surtout sur le dernier quart. Au final donc, je trouve que même si ce « Churchill » est loin d’être une purge, il n’a donc malheureusement pas su éviter tous les écueils qu’il aurait été préférable d’éviter. Je disais en début de critique que je n’aimais pas les biopics pour toute une flopée de raison ; eh bien malheureusement ce « Churchill » n’est pas venu changer la donne. Au contraire, il est venu la confirmer. Dommage…
The Jane Doe Identity

Critique de The Jane Doe Identity

   2 - Pas terrible
Pas très original ce « Jane Doe Identity », mais franchement, est-ce vraiment un problème ? En tout cas, pour moi, pendant toute la première moitié, ça n’en a pas vraiment été un. C’est vrai qu’on voit très rapidement où il veut en venir ce film, si bien que le mystère qu’il entretient longuement semble une démarche bien illusoire. Idem pour le décor et les petits éléments glissés ça et là dont on sait pertinemment comment ils vont être réutilisés par la suite (Spoiler : les cadavres qu’on expose un à un, la petite clochette dont on explique l’utilité, le chat qui se balade dans les aérations, etc…). Malgré tout, j’avoue que je n’arrive pas à en vouloir à ce film sur ce point-là tant il s’affiche très rapidement comme un bon vieux film de genre qui entend juste jouer un peu avec les codes, sans forcément les réinventer. Et donc voilà, comme dit un peu plus haut, je trouve que globalement ça fait le boulot sur l’ensemble de la première moitié. Sans être ultra-inventive la mise en scène ne sombre pas non plus dans l’excès. L’huis-clos est plutôt bien exploité. Le duo Cox-Hirsch fait le nécessaire en termes d’affect… Et puis il y a ensuite la deuxième moitié où là le film commence à patiner... Clairement, on sent que les deux scénaristes n’ont plus d’idées et qu’ils s’efforcent de claquer différentes péripéties pour rallonger la sauce… Spoiler : Alors on va dans le bureau, on est enfermé, attaqué, puis on ressort du bureau pour aller au bloc, où on s’enferme à nouveau, etc… Enfin bon… Et puis finalement, après pas mal d’errances et de scènes attendues alignées, sur le dernier tiers, le film craque totalement et sombre carrément dans le « je-t’explique-pas-parce-que-c’est-comme-ça. » Spoiler : D’un seul coup, alors qu’Emile Hirsch vient quand même de voir mourir sa girlfriend, voilà qu’il a soudainement une révélation. « Elle ne nous tue pas alors qu’elle pourrait. Il y a forcément un truc à faire ! » Ce truc à faire, c’est… lui ouvrir le crâne. Et là je me suis dit « OK… Pourquoi maintenant ? Pourquoi que maintenant ? » En ouvrant le crâne, on se rend compte que le cerveau est en parfait état… Du coup, au lieu de la fracasser, on en prend qu’un petit échantillon et on referme délicatement le crâne afin de faciliter l’avènement des péripéties suivantes… Là, Brian Cox a soudainement l’illumination et comprend en seulement cinq minutes ce qui est arrivé à la fameuse Jane Doe… Et alors qu’une heure plus tôt il voulait encore se rattacher à tout ce qu’il y avait de rationnel, voilà que le gars, après avoir lu un passage de la Bible, arrive à dérouler tout le processus d’une procès en sorcellerie qui aurait mal tourné. Franchement, chapeau, parce que c’était quand même vachement précis ! Bref, j’avoue que le déroulement final m’a quand même pas mal laissé sur la touche. Moins soucieux de sa logique, moins soigné dans ses effets, plus archétypal. Le film va même jusqu’à se conclure sur un dernier plan un peu ridicule, comme s’il voulait nous prendre par surprise alors que – bon – on l’avait un peu vu venir à des milliers de kilomètres ce coup-là… En somme, voilà un film qui n’a pas su fournir un travail suffisamment riche pour qu’au moins, il puisse intégrer les rangs de ces petits films de genre pas originaux mais au moins bien foutus et sympas. Autant dire donc que cette « Jane Doe » risque vite de sombrer dans l’anonymat…
Psiconautas

Critique de Psiconautas

   3 - Pas mal
Titre bizarre, affiche intrigante et bande-annonce what-the-fuckesque : autant dire qu’il avait quand même des arguments pour m’attirer dans les salles ce « Psiconautas »… Et ce que j’en retire au final c’est que c’était un film… bizarre. Alors après, moi j’aime bien le bizarre, à condition malgré tout que ce ne soit pas du bizarre que pour du bizarre. Or il est vrai que le début de ce film prenait malheureusement cette voie que je n’apprécie pas trop. Certes, les visuels et l’univers étaient très créatifs, mais je ne voyais aucune dynamique se mettre en place, et ça, pour moi, ça sentait très mauvais. Limiter un film qu’à un enchaînement de tableaux et ne pas utiliser cette donnée qu’est le temps – ou plus précisément l’écoulement du temps – pour générer un univers et/ou une histoire dynamiques, pour moi c’est une erreur que (je l’avoue) je ne pardonne pas à un film. Fort heureusement, même si l’intrigue est pas mal fragmentée au départ, elle finit malgré tout par se lancer et, sur la deuxième moitié, je trouve qu’elle fonctionne très bien. L’exploration est réelle ; j’ai senti qu’on me racontait une histoire et que cette histoire me permettait d’explorer un univers qui avait sa cohérence. Et franchement ce n’était pas du luxe, parce qu’au fond cet univers est ultra anxiogène et pas mal des éléments qui le composent m’ont parfois glacé le sang de malaise. C’est fou d’ailleurs comment ce film parvient à générer des moments improbables mais face auxquels je me sentais assaillis par des émotions contradictoires (Spoiler : C’est tout bête, mais par exemple, il y a dans ce film deux personnages ultra-secondaires qui me faisaient vaciller entre l’étonnement drolatique et le rejet de mauvais goût, c’était le fils/chien et le réveil/robot. Ces deux personnages ne m’intéressaient guère, et pourtant quand le chien décide de noyer le réveil, je me suis senti émerger par une étrange tristesse. Un truc assez lourd est bien maussade.) A dire vrai, l’une des essences qui anime chacune des scènes est cet étrange cohabitation entre une réelle cruauté d’une part et un instant de tendresse ou de lucidité paisible d’autre part. parfois, les deux cohabitent chez le même personnage, d’un instant à l’autre, d’une situation à l’autre… Ce mélange entre dureté sans scrupule de l’univers et ces moments où soudain quelque-chose de fragile et d’à fleur de peau survient, j’ai trouvé ça vraiment subtile et – oui j’ose le dire – assez rare au cinéma. Dommage d’ailleurs que le film peine à ce point à gérer le souffle de sa dynamique car je trouve que c’est vraiment là que le bas finit par blesser. Parce qu’en plus d’un début à la peine, c’est aussi sur son final que le film, selon moi, se troue. Ce final, il tombe comme un cheveu sur la soupe. Alors qu’une dynamique était pleinement lancée, elle est interrompue brutalement par une conclusion expéditive et un générique de fin qui débarquent là sans crier gare. Et là, franchement, non ce n’est pas possible. Pas comme ça. Franchement, j’ai eu l’impression que le film avait été pensé pour durer vingt minutes de plus mais que pour des raisons de restrictions budgétaires il fallait en finir au plus vite. Dommage parce qu’en termes de sens, cette fin n’était pas si absurde que cela (Spoiler : se dire que fuir n’est pas la solution, mais que la porte de sortie se trouve dans une sorte de quête – illusoire peut-être – de revitalisation et de réhumanisation de l’endroit qui nous opprime, franchement moi ça me parle). Mais bon, pour que ça marche, il aurait fallu que cette scène finale Spoiler : de Dinki qui découvre l’arbre aux glands dorés survienne au bout de la dynamique lancée et pas pendant. Spoiler : Là on était en train de découvrir toutes les facettes de Birdboy et de comment ce personnage essayait de s’y prendre pour dépasser sa condition. De la même manière, pour Dinki et ses trois amis, l’intrigue appelait à une révélation de l’autre côté de la traversée. Là – pif – une tempête refoule les prétentions de Dinki à jamais alors que juste avant elle avait échappé à mille fois pire. De la même manière – pouf ! – Birdboy se prend une balle qui le tue, alors que les précédentes ne l’avaient pas tué. Au regard de la progression de l’histoire, ça fait un peu fin en eau-de-boudin et c’est vraiment dommage. Mais bon… L’un dans l’autre, je ne veux pas vous la faire à l’envers non plus : même si je ne mets « que » 3 étoiles à ce film (et cela pour les raisons que je viens d’évoquer) il n’empêche qu’il possède selon moi une vraie patte, très singulière et très pertinente je trouve, qui mérite qu’on se penche dessus pour peu qu’on aime le cinéma. Donc voilà, ne vous attendez pas forcément à un chef d’œuvre, mais au moins « Psiconautas » a le mérite d’être un film marquant, très marquant, et cela à bien des égards. Or, ça, ça se fait trop rare de nos jours pour être bouder… A bon entendeur j’espère…
Le Roi Arthur: La Légende d'Excalibur

Critique de Le Roi Arthur: La Légende d'Excalibur

   2 - Pas terrible
Bon… Comment résumer mon impression sur cette « Légende d’Excalibur » si ce n’est en disant que… que pour moi c’est juste un vrai gros bordel. Et franchement, ça a été une galère monumentale pour lui trouver une note qui correspondait pas trop mal à ce qu’au final j’en ai ressenti. Vraiment, il y a quelques rares moments où ce gros cafouillis filmique peut produire des choses vraiment intéressantes voire presque rafraîchissantes. Mais bon, la plupart du temps – je suis désolé de le dire pour ceux qui se sont vraiment retrouvés dans ce film là – mais pour moi c’est juste du gros n’importe quoi. Alors OK, c’est super-ambitieux de vouloir gérer à la fois un univers riche, de l’heroic fantasy à gogo, des personnages hauts en couleur et tout cela mêlé à une sorte de sous-texte politco-social d’actualité, mais « Woooooh ! Du calme ! » Ce film il part dans tous les sens ; aussi bien dans le fond que dans la forme ! Et comme je le disais plus-avant, il y a du bon et du moins bon. A dire vrai, si je devais commencer pas l’intro, je dirais même qu’il n’y a que très peu de bon pour beaucoup de très mauvais. Parce que voilà, cette introduction en mode « scène cinématique de Skyrim of Warcraft », moi, c’est vraiment tout ce que je déteste. Ça fait fake. Ça fait démesuré. Et pour être honnête, je ne voyais même pas le lien avec la légende arthurienne. A ce niveau là du film d’ailleurs, je me souviens que je m’étais dit deux choses. Un : ce n’est même pas du « Arthur » ; c’est juste un ramassis foutraque de magie / créatures chelous / CGI / baston qui ressemble à tout ce qu’on a déjà vu ailleurs. Deux : ce n’est même pas du Guy Ritchie, c’est juste une cinématique de jeu-vidéo sans rien de véritablement intéressant, mal narrée et surtout très mal introduite en termes d’enjeu (quand tu commences ton film avec un texte sensé t’expliquer ce que tu vas voir, en général, c’est très mauvais signe)… Mais bon… Après tout ça, au bout de quelques dizaines de minutes (oui c’est long quand même), il faut avouer que l’histoire arrête d’enchaîner les événements sans prendre de les développer et se pose enfin un peu... Et là – enfin – on se retrouve davantage avec du Guy Ritchie. Et –oui – là j’ai commencé à voir ce que le bonhomme essayait de faire de ce film. Y insérer son humour un peu décalé et nerveux : oui ça, pour moi, ça pouvait être intéressant. Faire des parallèles avec la situation actuelle : oui, ça, pour moi, ça pouvait être intéressant. Mais bon… Encore aurait-il fallu pour cela ne pas tout massicoter comme Ritchie l’a fait. Et pour le coup, ce montage ultra cut rempli jusqu’à rabord d’images et de récits enchâssés, pour moi, c’est juste à la fois la pire chose et la meilleure chose de ce film. La pire pour commencer, parce que la plupart du temps c’est clairement utilisé à mauvais escient. Pour moi, un récit qui a une chronologie reconstruite doit répondre à une logique ; souvent une logique de découverte du personnage par le spectateur (…ce que sait bien faire un Christopher Nolan par exemple). Là, il n’y a aucune logique, sinon celle de vouloir donner artificiellement du rythme au récit. Ça part d’une bonne intention, mais c’est gavant. C’est gavant parce qu’on part du principe que le spectateur est incapable d’accepter qu’on lui pose les choses et qu’il faut toujours le rusher pour qu’il soit content. Le résultat, c’est qu’aucune scène n’est vraiment posée et on a l’impression de regarder un enchaînement de bandes-annonces. En cela, le passage où le héros doit passer par Spoiler : les « terres obscures » en est juste la plus terrible des illustrations. Le truc est tellement massicoté et présenté comme un teaser que tu ne vois même pas le lieu, c’est torché à la va-vite, si bien qu’à la fin, franchement, c’était comme si ça n’avait pas existé. Et le gros problème, c’est que les deux tiers du film sont comme ça. On est en mode « la frénésie avant tout et on s’en fout si on n’a pas le temps de poser une atmosphère, une intrigue, des personnages… » Et je le répète : ça concerne quand même les deux premiers tiers du film ! Et c’est vraiment triste car il y a vraiment quelques belles idées de forme et de fond qui sont pour le coup broyées par cette logique là. Donc en gros, il faut attendre le dernier tiers et le retour du héros à Spoiler : Londinium pour qu’ENFIN on daigne poser un minimum le truc. Quelques instants marchent d’ailleurs assez bien (Spoiler : la tentative d’assassinat du roi à l’arc sait poser une tension notamment, quant au premier combat à l’Excalibur, je trouve qu’il dépote vraiment bien), quelques personnages prennent du coup aussi de l’épaisseur (ma petite palme ira pour le personnage de Black Lack, notamment parce qu’il est incarné par Neil « Utopia » Maskell) ; et puis surtout je trouve que sur le final, il y a enfin une véritable fougue, plus ou moins cohérente, qui parvient à monter. Les enchâssements sont plus rares et ils fonctionnent mieux ; ils permettent de dégager une véritable énergie (Spoiler : la scène de jet d’épée avec la dame du lac et le cri, en mode « reprise de l’Excalibur de Boorman »… Rah mais ça, pour moi, c’est la scène du film) et tout cela aboutit à un final vraiment nerveux et généreux… Un final dans lequel d’ailleurs la démarche apparait enfin clairement, et pour lequel le côté totalement foutraque en mode « oui il y a de la magie dans tous les coins / nous même on ne sait pas comment ça marche mais on s’en fout » apporte quelque-chose à ce côté défouloir. D’ailleurs – je ne vous le cache pas – en sortant de ce film, je me suis quand-même dit : « j’ai morflé mais ça valait quand même le coup ». J’ai même longuement hésité à lui mettre « 3 étoiles » à ce film. Au final, je n’en mets pourtant que deux. Pas que mon impression ait changé. Non, loin de là. C’est juste que dans le « Oui, j’ai morflé, mais ça valait quand-même le coup », le « j’ai morflé » il est à prendre puissance dix. Sur ce point là, je pense que ça dépendra vraiment de votre sensibilité propre sur la question de la forme. Moi je sais que, me concernant, ça a été trop. Trop de magie, trop de CGI, trop d’hachicotages qui servent à rien, trop de gâchis en termes de lieux, d’univers, de scènes, de personnages… Il fallait faire preuve de mesure là-dessus. Une maitrise plus délicate de l’élan au départ aurait permis un rendu bien plus fort sur le déchainement final. Même chose pour la scène d’intro. Quitte à vouloir faire de l’enchâssement à gogo, il fallait découper cette scène et la disséminer durant toute la première demi-heure, en mode flash-back (même si bon, moi je la trouve tellement hideuse cette scène que je m’en serais bien passé…) Bref, vous l’aurez compris, ce film de Guy Ritchie est plus que perfectible à mes yeux, et il faut faire preuve de beaucoup de largesse d’esprit pour s’y retrouver. Mais bon, il y a un élan de générosité là-dedans. Mieux encore, je pense qu’il a réussi à mettre en place une combinaison d’univers qui a son charme et qui pourrait faire des émules à l’avenir. Bref, difficile de passer à côté de ce film-là quand on aime le cinéma… Maintenant, il faut aussi savoir s’accrocher… En somme, vous voilà prévenus…
Les Fantômes d’Ismaël

Critique de Les Fantômes d’Ismaël

   0.5 - Nul
Bon… Ça fait une semaine que j’ai vu ce film là et je ne sais toujours pas quoi en dire. Je ne veux pas tomber dans la diatribe gratuite, le défoulement cathartique, la critique facile et peu constructive… Mais bon… Ouah quoi… C’est chaud quand même… Je veux bien garder l’esprit ouvert à l’égard de ce cinéma qui, socialement, est très « segmentant » pour le dire poliment, mais avec ces « fantômes d’Ismael » - je suis désolé - mais c’est juste… trop. Le film est incroyablement bavard. Ça parle tout le temps. Et ça parle souvent pour s’écouter parler… Dès les premières scènes, le premier truc qui saute aux yeux (ou plutôt aux oreilles parce qu’à dire vrai les yeux n’ont pas grand-chose pour être stimulés) c’est qu’à AUCUN moment, on peut s’imaginer entendre parler des gens comme ça dans la vie de tous les jours. Non, là, on est dans une théâtralisation du verbe très accentuée et très affirmée, à la fois dans ce qui est dit et dans la manière dont c’est dit. Alors soit, c’est un genre qu’on peut vouloir se donner, mais bon, difficile du coup de rentrer dedans. Le pire c’est qu’au départ j’étais prêt à excuser ça en me disant « l’intro est sensée se passer dans une fiction inventée par le personnage principal donc pourquoi pas »… Mais bon, dès qu’on sort de la fiction c’est presque pire ! En soi, pour moi, ça c’est déjà à la limite du supportable, mais en plus il a fallu que ce soit atrocement mal écrit. Roh mais ces dialogues didactiques qui ne savent même pas cacher leurs effets de manche ! Mais sincèrement c’est épouvantable. « Mais pourquoi dites-vous cela beau-papa, vous qui vous êtes toujours demandé quel rapport étrange vous entreteniez avec Carlotta lorsque celle-ci était adolescente ? – Je le dis parce que je n’ai jamais compris pourquoi elle a décidé de vous épouser à l’âge de vingt-ans pour ensuite passer deux années de vie commune avec vous, Ismaël ! – Ah ! Mais vous savez très bien comment cela s’est fini tout cela. Après deux ans elle a disparu et c’est quand même moi qui ai été contraint de signer l’acte d’absence… » Alors OK, ces dialogues que je viens de vous faire ne sont pas exactement ceux du film parce que – pour être franc – les dialogues originaux se sont déjà totalement effacés de ma mémoire, mais en gros, c’est vraiment dans cette veine là que c’est dit. Or, là - encore désolé - mais on ne pourra jamais me faire croire que ça, c’est le summum de l’art de l’écriture ! Et le pire c’est que tout le film est comme ça ! Toute cette écriture en plus est au service d’une intrigue amoureuse assez indigente… J’ai lu que pour ce film Desplechin s’était beaucoup inspiré de sa vie ; eh bah franchement c’est bien triste pour lui quand-même... Parce que l’Ismaël, on nous le présente clairement comme un gars qui s’écoute parler dans des bars (…ce qu’adorent les femmes à croire le film) ; qui ensuite opère clairement du harcèlement en pleine rue pour monter dans l’appartement d’une fille qu’il a accosté (…mais ce qu’elles adorent malgré tout, toujours d'après le film !), et qui – tout le long de l'intrigue – se comporte et parle comme un gars qui a clairement un gros problème avec la bouteille (…mais ce que les femmes adorent encore et toujours !) Donc bon… Moi déjà, en termes d’empathie, j’ai eu du mal. Mais en plus, il a fallu que cette histoire repose sur un triangle amoureux dont les ressorts, pour moi, ne fonctionnent clairement pas. Le film pose quand-même le personnage d’Ismaël au cœur des enjeux (choix très égocentrique et pas très judicieux à mes yeux), et c’est donc au travers de lui qu’on se doit de ressentir le dilemme qui le tourmente. Le problème, c’est que là, le dilemme, il est tout tranché. On peut comprendre tout le contexte qui fait qu’Ismaël est émotionnellement à vif au sujet de Carlotta, mais d’une part le spectateur lui ne peut pas ressentir ce dilemme car Carlotta n'est d'abord jamais présentée en tant que personnage à part entière (On ne nous la montre même pas. Elle n’existe qu'en tant qu'idée, juste pour justifier la névrose d’Ismaël, seul personnage qui, dans ce film, a visiblement le droit d’exister) et puis, de deux, quand elle apparaît, qu’elle prend enfin chair à l’écran, elle nous apprend qu’en fait elle n’est qu’une pimbèche qui a préféré partir au loin pour fuir Ismaël (...ce qui n’est d’ailleurs même pas une découverte pour qui a vu la B.-A.) Bref, dans l’esprit du spectateur, je ne vois pas comment on peut s’approprier, ni même comprendre le dilemme d’Ismaël. Qu’il ait du mal à se remettre les émotions en place quelques jours, OK. Mais bon, après ça, au bout d’un moment, la raison a quand même le droit de prendre le dessus, non ? Bah non… Pas dans ce film. Pas chez Despleschin. Alors on va continuer à parler théatraleusement pendant des heures sur le mal-être du pauvre Ismaël, pauvre garçon incapable de gérer des émotions que la plupart des gens ordinaires maîtrisent vers l’âge de quinze ans… Bon, après on me rétorquera peut-être que les tourments d’un artiste, ça ne se dompte pas de la même manière, que c’est de la soie délicate, de l’or à l’éclat sans pareil, que ça nous éveille à la vérité subtile du monde qui nous échappe… Bah voyons... En tout cas, ceux qui comptaient venir pour voir du cinéma m’auront aussi sûrement compris : ce n’est clairement pas avec ces « Fantômes d’Ismaël » qu’ils se régaleront. D'ailleurs sur ce point, juste pour la blague : sachez que le film a été tourné en cinémascope et cela juste pour que 80% du temps on fasse des gros plans sur les visages et des travellings latéraux dans des pièces closes… Ouah quoi… Donc voilà… Si vous allez voir ce Desplechin, sachez que vous irez voir du théâtre filmé. Du « gros théâtre bien grossier » filmé. Ah ça c'est sûr : le gars ne vous trompera pas sur la marchandise. Ça parlera tout le temps, ça en fera des tonnes (avec la palme pour Amalric qui donne l’impression qu’il fait un AVC à chacune de ses répliques – des restes de son jeu dans « le Scaphandre et le papillon » sûrement…) et surtout ça s’atermoiera en permanence sur le « moi » ; le « moi » tourmenté, le « moi » qui a des vrais problèmes intéressants de « moi »… Aimera qui voudra. Je ne leur en tiendrai pas rigueur… Mais bon, il faut comprendre que pour des gens comme moi, qui ne se reconnaissent absolument pas dans ce type de cinéma (ni de personne), aussi bien dans le fond que dans la forme, ce genre de film, ça a autant d’intérêt qu’une séance visionnage des films de voyage du voisin… No offense, j’espère…
Message from the King

Critique de Message from the King

   4 - Très bien
Aaaaah mais oui ! Ah mais je dis oui, et cela sans hésiter ! Moi, ce que j’adore avec des films comme ce « A Message From The King » c’est qu’ils savent être simples, directs, clairs et précis. La structure est classique, certes, mais ce n’est pas un désavantage quand, comme c’est le cas ici, on a affaire à un réalisateur et deux scénaristes qui maitrisent clairement leur sujet. Au contraire, pour ce « A Message From The King », c’est même tout l’inverse. C’est justement parce qu’on a à faire à un trio qui maitrisent sur le bout des doigts les codes du genre abordé que j’ai trouvé ce film d’une efficacité redoutable. Ce film, c’est un bijou d’écriture et de mise en scène. Dès la première scène, le mystère est posé sur ce personnage principal qui débarque à L.A. Qui est-il ? Quelle est sa véritable motivation ? On sent tout de suite qu’il nous cache quelque-chose. Et pour le coup, ça marche, parce que le personnage a suffisamment de subtilité dans son jeu pour qu’on se prenne tout de suite d’affection pour lui, même si d’un autre côté une part de nous-mêmes sent qu’il existe chez lui une zone d’ombre dont il va falloir qu’on se méfie. Bah ouais – j’en ai conscience – ça ne tient à rien, et pourtant toute la force et l’efficacité du film tient là-dessus. On ne perd jamais de temps. A peine une scène se finit que déjà la piste sonore de la suivante se fait entendre. Chaque scène est courte, allant à l’essentiel, et sachant fournir rapidement l’indice qui permet de justifier le basculement à la scène suivante. Chaque étape est très efficace, car chacune d’elle distille des informations supplémentaires qui nous permettent de peaufiner la perception que nous nous faisons de ce personnage principal si mystérieux, de cette intrigue qu’il cherche à résoudre, mais aussi de cet univers dans lequel il évolue… Et il joue un rôle important cet univers ! Pour le coup, le film nous donne l’occasion de voir L.A. du point de vue d’un étranger ; le point d’un homme qui ne court pas après un rêve illusoire… Ce regard désabusé mais ambigu, que chaque personnage alimente à sa façon, participe clairement à la mise en place de cette anti-fable sur l’American Dream qu’entend nous proposer ce « Message From The King ». Franchement, sur quasiment tous les points, Fabrice du Welz fait un sans faute. C’en est presque dommage que sur sa seconde partie, ce film en devienne davantage perfectible. Perfectible en termes de réalisation tout d’abord : les quelques scènes de bagarres sont par exemple bien trop agitées à mon goût. Ça les rend pas mal illisibles. Pour moi ça ne colle pas vraiment avec le reste de la réal qui est très posée. C’est dommage parce que pour moi c’est vraiment la seule fausse note du film en termes de mise en scène. Et pareil, en termes d’intrigue, le film qui savait se montrer logique de bout en bout sur toute sa première moitié sombre parfois dans la facilité en se permettant quelques « heureux hasards ». (Spoiler : Le camionneur qui débarque au moment où les deux ripoux s’apprêtent à tuer Jacob : quel heureux hasard ! Que les flics – pourtant payés cinquante plaques chacun – décident d’abandonner leur contrat sur Jacob au lieu de chercher à finir le boulot : quel heureux hasard aussi ! Que les bad guys mettent des plombes avant de se motiver à remonter la piste de la voiture et de l’appart de Jacob : ça aussi ça fait un sacré heureux hasard !) Alors certes, ce ne sont là que des petites facilités scénaristiques pour faciliter le déroulement de l’intrigue. Et vu qu’elle est riche, je ne m’en plains certes pas outre mesure. Mais bon, ce genre de facilités, je trouve aussi que cela amenuise le pouvoir de l’intrigue. Quand on sent qu’au contraire les auteurs s’infligent de vrais contraintes draconiennes de vraisemblances, le ressenti n’est pas le même je trouve. Mais bon, franchement je pinaille parce que, dans l’ensemble, ce film est quand même d’une sacrée bonne facture. La justesse de la fin, qui sait entretenir jusqu’au bout l’aspect « multifacettes » du personnage principal, a su me faire oublier ces quelques menues approximations pour me ramener à l’essentiel, c’est-à-dire le fait que j’ai grave adoré ce film. J’avais aimé Fabrice du Welz pour son « Calvaire » ; je n’avais pas osé voir son « Vinyan » ni les autres longs-métrages qui avaient suivi. Mais je peux vous dire que son « Message From A King » est, me concernant, très bien passé. La prochaine fois, Fabrice, je ne t’oublierai pas.
Alien: Covenant

Critique de Alien: Covenant

   1 - Très mauvais
Bon… Je vais être honnête avec vous, si je suis allé voir cet « Alien Covenant », c’est presque par plaisir malsain. Je n’avais pas aimé « Prometheus ». Je n’aime pas non plus ce à quoi est en train de se réduire Ridley Scott ces derniers temps. Et tout ce que j’ai pu entendre jusqu’à présent de ce « Covenant » ne fut que critiques acerbes et terribles désillusions… Bref, dès le départ, je n’en attendais strictement rien. Je voulais juste participer moi aussi à cette étrange exploration du « fail » à laquelle bon nombre de mes amis s’étaient risqués… Et à dire vrai, au ressortir de la séance, je n’ai pas ressenti l’outrage que certains ont pu ressentir. Et je ne parlerais pas non plus de catastrophe. Alors oui, c’est mal foutu… Mais bon, comme tellement de blockbusters aujourd’hui. Alors OK, c’est la saga « Alien » et c’est triste. Oui, c’est Ridley Scott et c’est doublement triste… Mais bon, c’est l’air du temps non ? Moi je ne vois pas en quoi « Logan », « X-Men Apocalypse » ou bien encore les « Avengers » seraient plus réussis… Limite, s’il y a un point fort que je reconnaitrais à ce « Covenant » par rapport à toute la concurrence du moment – et ce serait finalement le même que j’avais trouvé à « Prometheus » – c’est qu’au moins il est beau et globalement bien fichu. Moi j’aime bien ce genre de réalisation posée qui n’en fait pas trop en termes de cut et de mouvement ; et qui prend le parti d’iconiser les lieux, les personnages (ici plutôt les bestioles) ou les situations. Bon après, on ne va pas se mentir, pour moi ça a surtout été valable pour les dix premières minutes. Je trouve que la scène entre Weyland et David fonctionne bien ; tout comme l’enchaînement avec la découverte du Covenant. (Spoiler : Le déploiement du panneau solaire, moi je trouvais ça classe…) Limite, j’étais prêt à me laisser prendre… Mais bon, pour cela, encore aurait-il fallu qu’on ait une écriture d’un autre niveau. Parce qu’en fait il est là, le seul problème de ce « Covenant » (…mais problème de taille hein). Pour moi, le problème de ce film, c’est donc clairement l’écriture (encore un autre point commun avec « Prometheus » tiens). Pour le coup, l’écriture coche toutes les cases du loupé. C’est super lent (Spoiler : trois quarts d’heure pour qu’on retrouve un lien avec la saga Alien / Prometheus : chapeau l’artiste !). Ce n’est jamais logique. Les personnages ont toujours des réactions stupides (Spoiler : On se risque à dévier une mission de colonisation pour une planète inconnue juste parce qu’on ne veut pas se rendormir. Champions les gars… On décide aussi de se balader sur ladite planète sans casque. Alors là « Woh ! » Même dans « Prometheus » ils n’étaient pas aussi bêtes ! Et enfin, alors qu’on commence à se rendre compte que cette planète est super chelou, au lieu d’interroger l’androïde présent sur place pour en savoir davantage, on préfère partir faire des groupes de un, afin de prendre des douches et se faire accessoirement bouffer la tronche par des aliens). Autre souci d’écriture, le fait qu’au final cette histoire ne raconte finalement pas grand-chose (Spoiler : Je mets au défi toute personne capable de faire plus de deux phrases pour résumer ce que ce film change à l’univers alien). C’est donc souvent vide, et le peu qui est raconté, soit est expédié trop vite pour être clair (Spoiler : je pense notamment au sort des Ingénieurs, ridicule et poutré en deux minutes) , soit ce qui est raconté dévoie totalement l’histoire tissée par les précédents (Spoiler : …parce que l’idée qu’au final, les œufs soient une invention de David est non seulement totalement stupide – parce que bien plus foireuse que la diffusion des néomorphes par spores – mais en plus elle expédie à la benne l’idée d’une reine alien, ce qui est juste un viol intégral de toute la saga). Bref, j’avoue que je suis ressorti de là amorphe. Je me suis demandé tout simplement « pourquoi ? » Ça n’apporte rien à la saga. Au contraire, ça la fiste totalement en termes de logique. Ça cherche à explorer des questions sur les origines, la création qui, pour moi, depuis le départ, n’ont rien à voir avec la saga « Alien ». Ça ne dit rien au fond. C’est chiant. En somme, ce film est totalement inutile. Alors le paradoxe veut que je hais moins ce film qu’un « Logan » ou un « X-Men Apocalypse », mais c’est en même très révélateur. D’une part c’est révélateur du désastre intellectuel et formel de ce que sont devenus la plupart des blockbusters aujourd’hui. D’autre part ça me démontre qu’en fait, ce film je n’en attendais rien. Il n’existait même pas d’espace dans ma tête pour espérer qu’on m’apporte quoi que ce soit. « Alien Covenant » ne m’irrite pas, non. Il me laisse juste incroyablement indifférent. Comme si ce film n’avait jamais existé en fait. D’ailleurs, aujourd’hui, dans ma tête, au lendemain de mon visionnage, il se trouve qu’il n’en reste déjà presque plus rien. C’est dire… Quelle tristesse de se dire que, pour le coup, cette remarque pourrait aussi être valable pour Ridley Scott lui-même… Quel drame…
Précédente Suivante
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • ...
  • 265