lhomme-grenouille    

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Dunkerque

Critique de Dunkerque

   2 - Pas terrible
Il fallait bien que ça arrive un jour… A force de nombreux coups d’audace, Chris Nolan a fini par faire un pari perdant. Dunkerque, cet épisode tellement singulier de la Seconde guerre mondiale : des Alliés pris par surprise, des armées qui se décomposent face au rouleau-compresseur allemand, une rude bataille dans les faubourgs de la ville, des bombardements sur la plage, des destroyers terrassés par les raids de la Luftwaffe, et tout cela pour remplir un objectif devenu presque impossible : fuir… Il y avait vraiment un truc merveilleux à faire avec ça… Il y avait de très belles choses à dire sur la guerre, sur l’abnégation d’un pays à ne pas céder malgré l’apparente invincibilité de l’adversaire… Le risque était peut-être de faire un film prévisible justement. Or, c’est clair qu’on sent régulièrement la volonté de Nolan d’aller sur un chemin original ; de ne pas traiter cet événement comme tout le monde aurait pu s’y attendre. Et honnêtement, c’est tout à son honneur… Mais bon, à trop se concentrer sur ce qu’il ne voulait surtout pas faire, j’ai l’impression que Nolan a fini par se perdre, et surtout par perdre le sujet qu’il traitait en cours de route. Alors OK, c’est culotté de ne pas vouloir traiter une grande bataille de manière conventionnelle, de masquer l’ennemi, de se focaliser essentiellement sur l’évacuation et ses difficultés. C’est culotté mais, sur moi, ça ne marche pas du tout. On voit des gens qui deviennent fous pour ne surtout pas retourner à Dunkerque, mais à aucun moment on nous a fait vivre et ressentir l’enfer de Dunkerque. Sûrement cela devait être le rôle de cette introduction où on voit les héros se faire canarder dans la ville et où ils se doivent de subir le bombardement d’un Stuka par la suite. C’était un excellent début certes (le moment que j'ai préféré du film d’ailleurs), mais le problème c’est que cette scène peut clairement être perçue comme le préambule d’un déluge, pas comme le déluge en lui-même… Ça n’en a ni l’ampleur, ni la force, ni l’intensité… Et c’est là pour moi un premier problème du film. On nous dit beaucoup de choses, on nous suggère beaucoup de choses, mais au final on ne les vit jamais, on ne les ressent jamais, si bien que l’enfer de Dunkerque, eh bah il ne s’incarne jamais vraiment à l’écran. Spoiler : C’est bien gentil de faire pleuvoir des prospectus allemands qui disent « vous êtes cernés », mais à un moment donné, pour comprendre et surtout partager l’état des personnages il faut que cet encerclement se sente, se voie. On doit ressentir l’étau qui se ressert. Mais là : rien. C’est bien gentil aussi de dire qu’un chalutier est dangereux à utiliser parce qu’il se trouve dans un périmètre proche de la ligne allemande. Mais au bout d’un moment, ce n’est pas juste deux ou trois balles tirées dans la coque qui transmettent cette impression d’étau insurmontable. Et c’est malheureusement un peu le cas pour tout : il va falloir se contenter d’un bombardier Heinkel et de deux Stukas pour se faire une idée de la menace aérienne. Certes, on évite le déluge classique d’une scène de bataille telle qu’on aurait pu l’attendre, mais pour le coup c’est bien affadir ce qu’à été Dunkerque et la manière dont les personnages prétendent le vivre. En vrai, des cuirassés se sont retrouvés éventrés et échoués sur la mer. Les combats ont été très violents. Et ça a aussi été le cas dans les faubourgs ! Là, on ne voit rien de tout ça. On cherche à éviter le m’as-tu-vu. Soit c’est louable. Mais c’est aussi diablement inefficace. Parce qu’à vouloir éviter beaucoup de clichés, Nolan en vient finalement à éviter son propre sujet. Alors après, on pourrait se dire : « oui il a voulu faire de l’évacuation son sujet ! Pas la bataille ! » Soit. Mais là non plus,pour moi, ça ne marche pas. Comment tient-on 1h45 avec une évacuation où la pression de l’ennemi n’est pas palpable ? C’est d’ailleurs pour régler cette question là que Nolan a aussi tenté quelque-chose de très risqué : il a tenté une fragmentation de la narration en trois lignes de temps, afin que l’on puisse enrichir les points de vue sur la situation. Seulement – problème encore – cette fragmentation n’est pas lisible du tout, et il faut un certain temps avant de comprendre vraiment comment tout cela marche. (Spoiler : Franchement, chapeau aux gars qui ont tout de suite compris que les trois indications temporelles en début de film indiquaient trois durées différentes. Moi quand j’ai vu « 1. The Mole. One Week » je me suis dit qu’on m’annonçait que cela faisait une semaine que la bataille avait commencé. Puis quand on m’a annoncé pour les deux autres parties « One Day » et « One Hour », j’ai été davantage largué et j’en suis venu à me dire qu’on devait être face à un décompte. Mais il m’a fallu attendre la FIN du film pour enfin obtenir la certitude qu’en fait on évoquait trois durées différentes !) Parce que bon – franchement – faire ce choix de narration là Spoiler : sur trois durées, ça ne fait que complexifier l’intrigue et totalement hacher son rythme. On passe de l’un à l’autre. On a du mal à cerner les concomitances. Il est du coup aussi bien difficile de procéder à une véritable montée en intensité car chaque arc a sa propre temporalité. Si bien qu’au final, moi je ne suis pas parvenu à me laisser happer par une dynamique d’ensemble. On voit juste des personnes en train d’essayer de traverser la mer dans un sens ou dans l'autre. Des idées sont énoncées. Parfois elles ne se clarifient que bien tard (J’en ai compris certaines qu’en sortant de la salle ! Par exemple Spoiler : cette idée qui visait à montrer à quel point certains étaient usés de prendre un bateau, de le voir couler, et de devoir retourner à Dunkerque pour en prendre un autre. Pour le coup, l’histoire était tellement fragmentée, que je n’y avais pas forcément prêté attention…) En somme, ce qui est embêtant avec ce film, c'est que la plupart des artifices et choix qui ont été pris par Nolan finissent toujours par dysfonctionner sur le long terme. Et c'est d'un triste ! Parce qu'au fond il y en a des choses qui méritent d'être sauvées de la noyade ! Ne serait-ce que formellement, le film multiplie les merveilles. Pour le coup, tourner en pellicule, en IMAX 70mm, au format 1,43, et qu'avec du vrai matériel physique, pour ce film, ce n'est clairement pas anodin en termes d'expérience de cinéma. C'est magnifique. C'est même à tomber. Cela donne d'ailleurs lieu à quelques scènes fantastiques (Spoiler : je pense notamment - encore une fois à la scène d'introduction - mais aussi à la plupart de combats aériens, à ce plan incroyable de soldats qui se crispent sur leur digue à l'approche d'un Stuka ; ou bien encore à ce survol presque onirique de la plage de Dunkerque par ce Spitfire au moteur arrêté). Du coup, forcément, ça n'en est que plus rageant que ce "Dunkerque" s'emmêle à ce point les pinceaux sur tout le reste. OK, j'entends qu'à vouloir éviter les retouches numériques on se retrouve par conséquent qu'avec si peu de machines engagées. J'entends aussi que du coup on veuille à ce point éviter les combats. Mais bon, au final, ces exigences d'esthètes plastiques font qu'on se retrouve avec une oeuvre qui multiplie les artifices narratifs inutilement complexes et embrouillés pour essayer de combler le vide sans y parvenir... (Et je vais être gentil en évitant de parler de la musique...) Au final donc, ce qu'on gagne en jolis plans, on le perd en rythme, on le perd en intensité, on le perd en empathie et en projection sur les personnages. Et c'est franchement horrible que de se dire qu'à l'arrivée, ce film a manqué de presque tout. Il a manqué d'ampleur, il a manqué d’enjeu, il a manqué de propos, il a même manqué d’humanité… Pour le coup, difficile d'esquiver le reproche habituel qu'on peut faire au cinéma de Nolan, celui qui consiste à dire que c'est un cinéma froid. Jusqu’à présent, face à cet argument, je savais lui opposer une narration et un propos virtuoses. Là, "Dunkerque" me prive clairement de toute riposte. C'est vrai... Ce film il est froid, terne, plat. C’est triste donc... Mais bon ça arrive… Ça arrive même aux meilleurs. Ce n’est pas grave, il ne nous reste plus qu’à attendre deux ans… Et là alors, on aura peut-être la chance de revoir un autre coup d’audace de Nolan, ce coup-ci un coup gagnant… Après tout, on peut perdre une bataille, mais pas forcément la guerre…
Baby Driver

Critique de Baby Driver

   4 - Très bien
C’est fou comment certains films n’ont pas besoin de beaucoup de temps pour nous faire comprendre qu’ils vont être d’un niveau nettement supérieur à la moyenne ! Pour moi, c’est clairement le cas de ce « Baby Driver » ! La seule introduction de ce film balance des leçons de cinéma, de maitrise, de créativité quasiment à chaque plan. C’est léché, maitrisé, cohérent, signifiant… Et tout ça coule si naturellement ! Pour le coup, on comprend vite qu’Edgar Wright entend se lancer dans un petit exercice de style un peu éloigné de ses « Cornettos » ; mais un exercice de style qui n’en reste pas moins totalement au service des sensations et de l’énergie. Musique, montage, cadrage – et même chorégraphie – sont en totale osmose dans ce film, tout ça au service du cinéma… D’ailleurs, c’est marrant, mais moi quand j’ai vu cette introduction, je n’ai pas pu m’empêcher de la mettre en parallèle avec celle de « La La Land ». Pour le coup je trouve qu’avec ce « Baby Driver », Wright réussit ce que Chazelle a essayé de faire sans y parvenir totalement. Parce que oui, pour moi, « Baby Driver » est une ode bien plus accomplie au rythme, à la musique et au mouvement que ne peut l’être « La La Land » lui-même. Donc vous l’aurez compris : moi au départ j’étais clairement au taquet sur ce « Baby Driver ». Exercice de style donc, mais exercice de style tellement abouti… Franchement, je pense que j’aurais même pu lui mettre « 5 étoiles » haut la main si le film avait su tenir la distance jusqu’au bout de ses deux heures… Parce que oui – et c’est tout le problème des exercices de style – c’est qu’il faut être capable d’aller au-delà de la simple démonstration. Au bout d’un moment, il faut être capable de lancer une dynamique. Or, il n’y a pas trente-six moyens de s’y prendre pour cela. Soit le film nous engouffre dans une exploration de son univers, nous en faisant sans cesse découvrir de plus en plus, ou bien il est capable de faire dire quelque-chose à son histoire… Bon bah on va dire que c’est sur ce plan là que « Baby Driver » a quelque peu péché… Franchement ça reste très beau et très léché tout du long et puis il y a quand même une petite histoire toute mignonne qui peut suffire à faire plaisir (ce fut notamment mon cas), mais bon… Au final la plupart des bonnes trouvailles elles sont déjà présentes en début de film et quand on les retrouve plus tard, soit au mieux on kiffe (Spoiler : moi je ne me lasse pas des scènes de poursuites de voitures), soit au pire on peut se lasser (Spoiler : les fusillades en rime avec la musique, une fois ça va… Après… ça devient plus compliqué.) D’une certaine manière, je pourrais presque dire que ce « Baby Driver » souffre de son excès de générosité. C’est très dense. Y’a plein de musiques, de beaux plans, de belles bagarres… Mais des fois – notamment sur la fin – on peut risquer l’overdose. Ça manque d’équilibre ; d’une légère science de la sobriété. Pour le coup, ce film aurait dû davantage s’inspirer de son modèle avoué : le « Drive » de Nicolas Winding Refn. « Drive » aussi était un exercice de style. Mais il a su monter en intensité sur le long terme jusqu’à son final certes attendu mais remarquablement amené. Là, le final est différent dans le fond, ce qui est cool (Spoiler : et c’est même très malin je trouve de finir sur une note gentille, parce que pour le coup ça pose vraiment « Baby Driver » comme une version guillerette de « Drive »), mais par contre ça aurait sûrement été bien de garder la même forme, notamment en terme de rythme. Pour moi c’est un problème récurrent chez Edgar Wright : je trouve qu’il ne sait pas installer un climax pour ses fins. Pour le coup, « Baby Driver » n’échappe pas à la règle. Mais bon – franchement – quel menu problème au regard du déferlement de talent et d’énergie que nous propose ce film ! Donc oui, pour cette saison de vacances bien chaudes, je pense que « Baby Driver » a tout pour être mon coup de cœur de l’été…
The Circle

Critique de The Circle

   2 - Pas terrible
Eh bah voyez-vous chers lecteurs, face à ce « The Circle », je suis très partagé… Tellement partagé que je ne peux m’empêcher de réécrire en permanence ma critique, juste parce que je suis infoutu de lui mettre une note dans laquelle je me retrouve. Finalement, ce sera donc « 2 étoiles » sur 5 possibles. D’un côté j’avais vraiment envie de valoriser ce que ce film cherchait à dire et qu’il parvient d’ailleurs (en partie) à illustrer plutôt clairement. D’un autre côté, j’ai beau vouloir être bienveillant, il y a quand même beaucoup trop de trucs qui sont mal foutus dans ce « The Circle » pour dire qu’au final, c’est un film à voir… Déjà, moi, le début, j’ai vraiment eu du mal à y adhérer. Etrange sensation que de se dire que le sujet nous intéresse, que les pistes ouvertes par l’intrigue nous intéressent, et que le film pourtant nous gonfle… J’ai donc cherché à comprendre quel était le premier « hic » de ce « The Circle » et je pense qu’il se trouve d’abord dans sa forme beaucoup trop convenue. Pour le coup ça se sent dès la phase d’exposition. Celle-ci est très classique, assez longue, et les points qui vont poser souci sont tout de suite identifiés. Alors OK, ça fait le boulot nécessaire pour poser les enjeux et les personnages, ça le fait efficacement en termes de clarté du propos… Mais bon… C’est d’un chiant ! En général, pour que des phases comme celles-ci passent comme une lettre à la poste, il faut qu’elles aillent au-delà de la simple transmission d’informations brutes. Il faut qu’il ait quelque-chose de sensoriel qui se passe aussi : on est au cinéma après tout ! Un film se doit d’être capable de nous plonger dans un univers, de nous intriguer par son visuel ou par son atmosphère… Là, y’a zéro créativité. C’est plat. Et pour le coup c’est un vrai problème quand il s’agit comme ici d’essayer de nous projeter dans un autre monde ou une autre société. Un film comme cela aurait mérité une réalisation plus incisive, plus crue, ou bien au contraire plus clinicienne comme peut l’être la réalisation de Andrew Niccol dans « Bienvenue à Gattaca ». Là, cet univers n’a pas de patte (le caractère insipide de la musique pourrait d’ailleurs suffire à tout résumer sur cette question) ? Conséquence donc : on doit se contenter juste de la narration discursive pour se laisser porter par le film. Or, elle aussi est assez plate et convenue ! Démonstration. Exposition. Didactisme… Rien de très excitant… Mais bon… Au final, le scénario a au moins le mérite d’explorer la question de manière assez claire à défaut d’être pleinement maligne. Il explore un angle d’approche qui expose parfois assez bien les risques. Il met même parfois habilement en lumière les éléments de langage et procédés rhétoriques utilisés pour obtenir notre adhésion. Il se risque également à aller suffisamment loin dans la surenchère pour que celui-ci devienne signifiant (Spoiler : Ces gens qui courent à la poursuite d’inconnus : je dois bien reconnaître que c’est vraiment une image très porteuse de sens et de sensations…). Mais bon, dommage quand même que ce soit si souvent exagéré, que certaines péripéties manquent clairement de nuance (Spoiler : j’imagine que notre société réagirait avec davantage de diversité au fait que le personnage de Mae accepte de se filmer jour et nuit sans préservation d’espace privé) de même que je ne peux m’empêcher de dire qu’au final la question aurait pu être creusée vraiment bien plus loin… Et donc c’est triste en fin de compte de se dire qu’un film avait quelque-chose à dire d’intéressant et qu’au final, sans forcément passer à côté de son sujet, il ne sache pas pour autant se montrer à la hauteur de ses ambitions. Bref, je pense que les moins regardants en terme de forme pourront éventuellement s’y retrouver dans le propos tenu, mais on ne va pas se mentir non plus : avec une telle quantité d’incohérence, de légèreté scénaristiques et de fautes de goûts, il y a quand même un fort risque pour ce « The Circle » en laisse un certain nombre à l’extérieur de la ronde…
Entre deux rives

Critique de Entre deux rives

   2 - Pas terrible
Rah je me trouve méchant avec cet « Entre deux rives », mais au final il m’est vraiment difficile de lui mettre plus… Pour être honnête avec vous, au départ j’étais parti pour lui mettre « 3 étoiles » tout en reconnaissant que c’était fort gentiment payé. Mais en écrivant ma critique, je me suis rendu compte qu’en fait, j’avais trop de reproches à faire à ce film pour lui mettre autant… Alors oui, j’avais beau vouloir être indulgent à l’égard d’un film qui – une fois de plus – souffre d’un choix lamentable de titre pour sa sortie en France, mais au final je préfère rester attaché à mon ressenti final… Pourtant, il a su quand même me divertir jusqu’au bout ce film, et sans trop de lassitude qui plus est ! Donc oui, j’aurais pu être clément. Au fond l’histoire n’est pas si inintéressante que cela et sait être portée par un personnage simple et humain. Donc, sur ce plan là, j’aurais envie de dire « Oui, pourquoi pas… » Seulement voilà, disons simplement que ce film aurait pu être tellement plus efficace s’il avait su se faire moins bavard et plus direct ! Et dire ça d’un film de Kim Ki-Duk, bah c’est un peu triste quand même, parce qu’à la base c’était un peu ça la marque de fabrique et la force du bonhomme… Et je m’en veux presque d’avoir à dire cela parce que j’aime prendre les films avant tout comme des œuvres à part entière plutôt que dans une logique de politique des auteurs. Mais bon, là, en voyant ce film, je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir à chaque fois comment le Kim de « Locataires » ou de « Samaria » aurait su gérer ça avec beaucoup plus d’efficacité. Parce qu’au fond, Kim est resté Kim au moins dans sa manière de construire son histoire. Encore une fois, on a à faire là à une sorte de fable humaine assez singulière dont le but est de poser une sorte de fatalité tragique. Par contre, le problème, c’est que ce coup-ci, je trouve que Kim n’a pas su adapter la forme globale de son œuvre à cet aspect « fable ». La structure d’une fable est, par définition, assez saillante, pour ne pas dire grossière, afin qu’on puisse justement l’identifier facilement. D’habitude, Kim Ki-Duk savait compenser cela grâce à une forme de souplesse dans le non-dit. Les films parlaient peu. Ils laissaient beaucoup de place au sensoriel, à la liberté d’interprétation, à la symbolique… Là, dans cet « Entre deux rives » chaque personnage est très bavard ; trop bavard ; trop didactique dans ses propos. Non seulement ça rend la trame de l’histoire bien trop surlignée, mais en plus ça alourdit l’intrigue qui peine parfois à dérouler sa mécanique. Et quand on est capable d’anticiper tout ce qui va se passer à l’avance (parce que c’est justement le principe d’une fable) mais qu’il n’y a pas la promesse d’une expérience sensorielle pour compenser, eh bah ça peut vite devenir assez lourd, grossier, et presque moraliste. Dommage donc que la légèreté et la crudité du maître se soit prise dans les mailles du filet car, pour le coup, on aurait pu vraiment hériter d’un très bon film…
The Last Girl – Celle qui a tous les dons

Critique de The Last Girl – Celle qui a tous les dons

   4 - Très bien
Oh mais en voilà un de film qu’il est chouette ! J’avoue qu’à la base je n’avais pas été emballé plus que ça par le trio « affiche – titre – pitch » que proposait ce « The Last Girl ». D’ailleurs, il s’en est fallu de peu que je passe mon chemin sans m’intéresser à ce que ce film avait à proposer… Mais bon, comme quoi il faut savoir se méfier des affiches et des titres moisis choisis par les distributeurs français car – comme souvent – ces derniers sont persuadés (à tort) que le meilleur moyen de vendre un film racé c’est de nous le présenter comme un produit standardisé qui ressemble à toutes les autres productions. Quelle erreur au regard de ce que ce film recèle comme qualités ! Au fond, de tout ce trio là, c’est finalement le pitch qui fait le mieux son job, car il ne dit pas grand-chose, et je pense qu’effectivement, c’est encore la meilleure chose à faire pour faire profiter au mieux les spectateurs de ce film… Parce que oui, pour avoir découvert le film sans rien savoir de l’intrigue, je dois bien avouer que cela m’a vraiment permis d’être tout de suite happé par ce qui est pour moi la grosse force de ce « The Last Girl » : son goût du mystère… Alors attention : je ne dis pas que c’est la seule qualité de ce film. Bien au contraire ! Pour le coup, formellement, ce film c’est aussi une petite claque de maîtrise, aussi bien dans le domaine de la musique, du son, de l’image ou bien même de l’écriture. D’ailleurs tout cela marche vraiment harmonieusement au service de ce qui est donc la clef de voûte de l’efficacité de ce film : l’entretien du mystère. Rien que l’introduction est un bijou d’efficacité. A chaque fois qu’un personnage ou un élément de cet univers est présenté, il nous est systématiquement présenté de telle manière à ce qu’une question germe en nous (Spoiler : La seule première minute est, sur ce plan, d’une richesse hallucinante ! Pourquoi une gamine est-elle en cellule ? Pourquoi se presse-t-elle à ce point pour se sangler elle-même dans une chaise ? Pourquoi des militaires viennent la chercher aussi rudement avec des fusils pointés sur elle ? Pourquoi cela ne choque pas la gamine qui, en plus, répond en souriant ? Pourquoi on la regroupe avec d’autres gosses pour lui faire réciter tout le tableau périodique ? Tout ça donc sur la seule première minute ! Mais « woh ! » quoi !) Pour le coup, chapeau auprès de Colm McCarthy et de Mike Carey, parce que c’est diablement efficace. Et si c’est diablement efficace, c’est parce que ça sait être intrigant. Et si c’est intrigant, c’est aussi parce que le mystère autour duquel tourne le film sait évoluer sur tout le temps de l’intrigue. Pourtant à un moment, je dois bien vous avouer que j’ai eu peur. J’ai eu peur quand à la fin du premier quart, le film révèle que sa trame va s’orienter vers Spoiler : le film de zombies. Moi, personnellement, ce genre de film, j’en ai plus que ma claque. J’ai l’impression que tout a déjà été dit, dans tous les pays comme dans tous les formats, du coup j’étais persuadé qu’après une très belle entame, ce « The Last Girl » allait évoluer vers une trame plus classique, plus prévisible, et donc moins intéressante pour moi… Eh bah finalement non… Après un petit passage transitoire pas forcément très original (Spoiler : le passage de la fuite entre la base assiégée et Londres), le film parvient très vite à poser pas mal d’éléments plutôt originaux, que ce soit aussi bien dans l’intrigue que dans le visuel (Spoiler : Déjà, moi, rien que ces forêts de zombies silencieux et immobiles, je trouve que ça pose vraiment quelque-chose en terme d’atmosphère. Voilà quelque-chose qui nous affranchit enfin des courses et cris à l’emporte-pièce dont moi je suis plus que las ! Rien que pour ça : bravo !). Et ce je trouve fort dans ce film, c’est que ces petites bonnes idées originales savent être disséminées régulièrement et à flux constant jusqu’au final (Spoiler : …parce que l’air de rien. Cette histoire de colonisation de champignons, de spores en maturation ou d’enfants sauvages, là encore je trouve ces concepts assez originaux et surtout très forts en termes d’atmosphère.) Tout ça permet d’instaurer une vraie dynamique dans ce film et d’entretenir l’effet de mystère sur le temps long. A peine une interrogation est-elle résolue dans ce film que déjà une autre a pris le relais. Et tout ça parvient à s’emmailloter une fois de plus dans un tissu d’images et de dialogues qui parvient à interpeller, questionner, ou bien tout simplement générer de l’ambigüité. Au fond, je suis même surpris de l’habilité avec laquelle ce film parvient à véhiculer tout ça au travers de personnages vraiment intéressants, chacun étant légitime dans sa posture, aucun n’étant vraiment le vrai bad guy de l’histoire… D’ailleurs, le mystère règne tellement tout le long de cette intrigue qu’on ne sait jamais qui adopte la posture la plus pertinente dans toute cette histoire... Et là où le film fait encore très fort, c’est qu’il parvient à conclure d’une manière qui entérine jusqu’au final cette démarche là. Spoiler : Oui, tous au fond étaient légitimes dans leur action et dans leur manière de faire. Tout est au fond une question de point de vue, de référentiels choisis, d’angle d’approche adoptés… Cette conclusion je la trouve d’ailleurs très belle et – encore une fois – très originale. (Spoiler : Moi en tout cas, je n’ai pas souvenir de films de zombies où, à la fin, on nous disait que c’était à l’humain sain d’apprendre à laisser la place…) Bref, voilà pour moi ce film est un vrai coup de cœur ! Tout marche. Tous les choix s’avèrent payants. La mécanique tient jusqu’à son final… Moi qui n’aime pas trop ce genre de films d’habitude, je dois bien avouer que ce « The Last Girl » a vraiment su me la faire comme il le fallait : c’est-à-dire avec un bon sens de l’intrigue et surtout une vraie originalité dans ce qui est apporté à la thématique. Comme quoi, la créativité et le talent, il n’y a que ça qui marche en fin de compte…
Sans pitié

Critique de Sans pitié

   1 - Très mauvais
Rah mais cette scène d’introduction ! Qu’est-ce qu’elle m’a fait rêver ! Déjà que je suis fou amoureux de ces standards formels auxquels ce genre de productions coréennes nous habituent, mais en plus je trouve qu’au-delà de ça cette introduction savait singer avec beaucoup de malice et de talent les mimiques d’un Tarentino. Cette plongée brutale dans un univers sans préambule, cette discussion à la fois insignifiante et à la fois étonnamment magnétique, cette rupture qui nous plonge soudainement dans la violence et la crudité de l’intrigue : ralalah mais tout y était ! Et puis… Et puis, il y a eu le reste… Et là, ce « Sans pitié » a révélé toutes ses limites. C’est marrant mais au final, je trouve que ce film ressemble en beaucoup de points à son récent compatriote : « Tunnel ». Non pas qu’il parle de la même chose, mais au fond, je lui trouve les mêmes qualités et les mêmes défauts. C’est beau, certes. De même l’intro fonctionne bien. Mais après ça, le film s’enlise rapidement dans des codes plus que convenus, se noyant dans la banalité… La seule différence c’est que « Tunnel » est une banale application des codes du film catastrophe alors que ce « Sans pitié » est une banale application des codes du film de gangster. C’est très propre mais c’est aussi très artificiel et très creux. Les personnages présentés se réduisent la plupart du temps à des stéréotypes (qui ne sont pas toujours crédibles d’ailleurs, la palme allant sûrement au personnage de Jo Hyun-Su, même si la Capitaine Cheon le talonne très près !), tandis que les péripéties qui leur arrivent sont toutes archétypales au possible. C’est bien simple, on se croirait la plupart du temps dans une pale copie des « Infiltrés » de Scorsese. Triste… Et malheureusement, dans ce récit là, la volonté d’enchâsser la narration sur plusieurs temporalités n’est pour le coup qu’un simple cache-misère plutôt qu’un vrai enrichissement de notre lecture de l’intrigue. Bref, c’est donc triste à dire, mais me voilà à nouveau laissé sur le carreau par une production coréenne très belle formellement mais absolument insipide en termes de fond. Deux fois d’affilée : il ne faudrait pas que cela devienne une habitude pour nos amis cinéastes en provenance du pays du matin calme…
Le Grand Méchant Renard et autres contes

Critique de Le Grand Méchant Renard et autres contes

   3 - Pas mal
Ouais bah c’est… mignon. Voilà. Pas grand-chose de plus à dire franchement… Au rayon des reproches, j’insisterais peut-être sur le fait que, bon, après un « Ernest et Célestine », ces aventures du « Grand méchant Renard » se révèlent quand même très classiques dans le fond et pas très créatives dans la forme, mais bon… Au final, je trouve que ça marche quand même. Disons que le film parvient à tirer parti de ses faiblesses. Certes, avec ces aventures machicotées en trois, difficile de ressentir le souffle de la grande épopée humaine… Mais d’un autre côté, cela permet à ses saynètes de jouer sur les charmes de la simplicité… En fin de compte, tout ce petit monde est mignon et gentillet. Pas de surprise donc, mais pas de fausse note non plus. En gros c’est un spectacle calibré qui marche… Pour les parents qui veulent amener leurs petits bout’choux c’est l’idéal parce que c’est classique tout en restant efficace. Quant aux amoureux de cinéma, ce n’est certes pas désagréable, mais tout en restant anecdotique si jamais on a déjà vu « Ernest et Célestine »… bref, vous voilà prévenus…
K.O.

Critique de K.O.

   3 - Pas mal
Efficace. Ah ça, je pense que ça reste encore le meilleur qualificatif que je pourrais lui trouver à ce « K.O. » Parce qu’au fond, il n’y a pas grand-chose à dire (ni à redire) sur ce nouveau film de Fabrice Gobert. Clairement, on nous ressort tous les bons vieux codes du thriller bien sec, bien net, et on nous les sort avec un réel savoir-faire et une vraie envie de faire quelque-chose qui tienne en haleine. Or là, dans l’écriture comme dans la mise en scène – au risque de me répéter – je trouve ça très efficace. Le casting est impeccable. Laurent Laffite – une fois de plus – confirme tout le bien que je pense de lui. La forme est soignée et maitrisée. Pour un film français, je trouve ça suffisamment rare pour être signalé. Après, je ne peux m’empêcher de trouver que globalement ça manque d’une légère patine par rapport à l’atmosphère que cherche à poser Fabrice Gobert, mais bon, cela relève vraiment du détail et, par rapport à son précédent « Simon Werner a disparu », je trouve qu’il y a un réel progrès dans cette maitrise de la forme. Autre grand atoût : le rythme et le ton donné à cette intrigue. Le film ne se presse pas. Il ne surcharge pas non plus. Cela donne un côté posé, sobre, voire presque sec, qui moi me plait beaucoup. Là encore, il m’est arrivé de ressentir parfois quelques ramollissements sur la fin, alors que le film aurait dû au contraire se densifier et s’accélérer quelque peu, mais bon, c’est vraiment secondaire. En tout cas, ça n’a clairement pas nui à mon immersion dans l’intrigue. D’ailleurs, en parlant d’intrigue, je dois bien lui tirer mon chapeau. C’est adroit. Ça utilise de codes très connus mais dans une histoire au fond assez inventive. A aucun moment je n’ai eu l’impression que le film en avait fini avec son mystère et qu’il prenait le rail d’un dénouement vu mille fois. Non, décidément non, ce film est loin de se foutre de nous. Il est fait avec rigueur et savoir-faire, et à défaut d’être un chef d’œuvre réalisé des mains d’un grand maître, il n’en reste pas moins un film efficace, réalisé par un auteur consciencieux et méritant. Eh bah moi, rien que ça, j'achète...
Baywatch - Alerte à Malibu

Critique de Baywatch - Alerte à Malibu

   2 - Pas terrible
Allez ! Deux étoiles ! Et franchement c’est vraiment gentil au vu de l’ensemble du film ! Mais bon, rien que pour le plaisir que j’ai eu sur les dix premières minutes, j’accepte de gonfler un peu ma note. Parce que oui – c’est dommage – mais pour moi le début avait absolument tout compris à ce qu’on pouvait tirer d’un film « Baywatch ». C’était évident qu’il fallait jouer à mort la carte du second degré et celle du plaisir primal décomplexé. Or le début c’était clairement ça. Du soleil, des corps sculptés à moitié nus, une réalisation d’un action-movie des années 90, de l’autodérision : il y avait tout ! Ne serait que pour le trip construit autour du personnage joué par Dwayne Johnson – sorte de mélange improbable entre Buzz l’éclair, du Krank de « Kuzco » et d’un Superman Lego – moi j’ai adhéré sans hésiter. Le problème, c’est que ça n’a su durer que dix minutes. Et à dire vrai, ce n’est pas tant le ton qui a posé souci que la richesse d’écriture. Non vraiment, pour moi le côté libidineux et niais, presque adolescent, colle plutôt bien à l’idée que je me fais d’une œuvre régressive qui entend foutre la banane. Mais bon, pour que ça marche, il aurait fallu que Seth Gordon sache d’une part construire une action dans ce film (ce qui n’est pas le cas), et d’autre part, qu’il sache donner une dynamique à son humour. Là, pendant presque deux heures, c’est tristement poussif, et surtout c’est tristement plat. C’est bête à dire, mais même les films régressifs se doivent d’être bossés rigoureusement pour être efficaces. D’ailleurs, c’est aussi ce qui fait toute l’efficacité du début du film : c’est filmé comme un film d’action des années 90, ça joue des codes en permanence, et surtout ça sait jouer habilement des exagérations liés au genre. Pour le reste de ce « Baywatch », tout ça est abandonné très rapidement, ou bien seulement qu’en de très rares occasions (Spoiler : …comme les blagues sur les slow motions par exemple… Mais bon, on ne tient pas tout un film avec seulement ça.) Au fond, ce qui est triste avec ce film là, c’est qu’on sent que le seul truc qui manque, c’est du boulot. Qu’on ait à faire à une intrigue moisie et clichée au possible, en soit ce n’est pas un problème. Non. Le vrai enjeu c’est de savoir comment tu décides de traiter ça. Qu’est-ce que cela va révéler des personnages ? Qu’est-ce que cela va révéler de l’univers ? Qu’est-ce que cela va révéler de la démarche cinématographique ? …Le pire, c’est qu’encore une fois, Seth Gordon et ses deux scénaristes montrent qu’ils ont saisi les pistes qu’il était possible d’exploiter, comme ces quelques moments où on démontre toute l’absurdité de la série à vouloir faire mener des enquêtes policières à des nageurs-sauveteurs… Mais bon, le dire ne suffit pas : il faut aussi savoir en jouer derrière. Là, ce n’est clairement pas le cas. Au final on se contente juste de l’intrigue famélique pensée pour ce film, et de l’agrémenter de temps en temps par des blagues qui, pour le coup, ne sont plus dans le décalage, mais dans la simple balourdise. Vomi, frotti-frotta, concours de stupidité… Ça ne va malheureusement jamais vraiment plus loin que ça. Même les clins d’œil à la série originale sont aussi finalement traités de manière bien fainéante. Les apparitions de Spoiler : David Hasselhoff et de Spoiler : Pamela Anderson tombent comme des cheveux sur la soupe (Spoiler : pour le coup, le caméo d’Hasselhoff dans « Bob l’éponge » était plus réussi : la lose !), et à part à un moment plutôt malin où Dwayne Johnson évoque quelques intrigues foireuses d’épisodes au détour d’une énumération d’incidents pouvant survenir sur une plage, jamais vraiment le film ne parvient à jouer avec son matériau de base. Au fond, Seth Gordon reproduit avec ce « Baywatch » ce qu’il avait commis avec « Pixels » c’est-à-dire un film qui avait un bon postulat de départ mais qui, par fainéantise, sombre dans une forme d’insignifiance qui ennuie pas mal. Bref, encore un triste rendez-vous manqué… C’est triste tout ça…
Ce qui nous lie

Critique de Ce qui nous lie

   3 - Pas mal
« L’amour c’est comme le vin... Il faut du temps. » Quand j’ai entendu cette punchline dans la bande-annonce, je me suis tourné en direction du pote avec qui j’étais dans la salle et on a ri. C’était consternant de caricature. J’ignorais encore qui était l’auteur de cet énième film français qui semblait se réduire à une simple accumulation de stéréotypes visant à séduire le bobo parisien, mais en tout cas une chose me paraissait alors certaine : non seulement j’étais convaincu que ce film serait une véritable coquille vide, mais en plus il me paraissait acquis que je n’irai jamais le voir… « L’amour c’est comme le vin… » Non mais franchement ! …Et puis est apparu le nom de Cédric Klapisch… Et là… J’avoue que je me suis soudainement senti très gêné… Cédric Klapisch, quoi… Pour moi ce gars est l’un des rares cinéastes français qui mérite encore l’attention. Mais bon, même si le bon Cédric sortait d’un très intéressant « Casse-tête chinois », je savais aussi qu’il était capable de commettre des films comme « Ma part du gâteau ». Du coup, j’ai quand même voulu y aller, histoire de me faire mon idée, mais avec pas mal de réticence je dois bien l’avouer… Et… Oui, pour le coup je confirme : il n’y a pas que l’amour qui soit comme le vin ; il y a aussi ce « Ce qui nous lie. » Là aussi, il faut du temps ! …Il faut du temps parce qu’au début j’ai vraiment retrouvé toutes mes sensations de la bande-annonce. OK, la mise en scène était soignée, avait le sens du cadre et du rythme (le générique notamment est plutôt bien foutu, faute d’être véritablement original), mais toutes les scènes ne faisaient que puer la caricature de film fait par des bobos pour des bobos. Ces paysages, cette narration, ce petit décorum autour du vin, de la France métissée et apaisée, des gentils cyclistes qui roulent sur ces routes champêtres… C’est bien simple, j’avais l’impression de revivre « Une grande année » de Ridley Scott ! Même regard béat ; même narration de vacances ; même imagerie « carte-postale », et puis surtout, même intrigue insignifiante. Parce que oui, au début du film, ce « Ce qui nous lie » ne brille vraiment par son originalité et sa profondeur. On voit tout de suite où il veut en venir et par quels étapes il va passer. Bref, je revivais là ma triste expérience de la bande-annonce, avec pour seule et unique consolation le fait de me dire que le film avait au moins le mérite d’être propre formellement, avec quelques petites idées sympas sans qu’elles soient transcendantes… Mais bon… Comme dit plus tôt, ce Klapisch c’est comme le vin : il lui faut du temps. Non pas que l’histoire devienne plus originale ; non pas qu’on quitte ce décorum fantasmé de bobos ; ça non… Disons plutôt que, malgré tout ça, il y a quand même quelque-chose qui a fini par prendre le dessus chez moi : c’est la sincérité de la démarche. Alors oui, je sais que c’est un argument à la con, mais je trouve qu’il est quand même difficile de nier ça à Klapisch. Il est certes difficile de définir clairement à partir de quand un auteur n’est plus en mode automatique à enfiler des perles et à partir de quand on a l’impression qu’il livre quelque-chose qui vienne de lui ; quelque-chose de sensible… Seulement, ce fut un fait me concernant, il y a vraiment eu quelques scènes qui furent des pivots pour moi et sur lesquelles je n’ai eu aucun doute sur leur nature. Ce qui a fait la différence pour moi, ce fut sûrement la retenue, voire la pudeur. A de nombreux instants le film dissémine des moments d’émotion ; des moments que beaucoup auraient surappuyés. Eh bien pas Klapisch. Là ce n’est jamais long, c’est toujours en feutrant la démonstration d’émotion (Spoiler : Juliette qu’on voit pleurer en se remémorant son père qui lui a appris à conduire un tracteur, mais qu’on n’entend pas derrière son habitacle vitré… Les dernières retrouvailles entre Jean et son père qui ne se traduisent pas par un échange direct plein d’effusion mais par des narrations différés dans l’espace et dans le temps, le tout ne se traduisant au final que par une simple poignée de main… Les souvenirs nostalgiques où lieux passés rencontrent personnages du présent et vice-versa comme la fameuse balançoire qui revient comme un motif récurrent…) Alors oui : c’est cliché, c’est bobo, c’est téléphoné, c’est Pio Marmai… Mais ça marche. Il m’a fallu attendre pour que ça marche, mais ça a quand même marché. Parce qu’après tout, moi j’aime bien aussi me manger des films assez classiques dans leur façon de mener les choses ; qui n’inventent rien ; mais qui ont au moins le mérite de faire ça bien. Ça vaut pour un bon actionner ou un film d’épouvante, comme ça peut valoir pour une comédie de mœurs bobo parisienne. Car non, en soit, le cinéma bobo parisien ne me dérange pas. Il me dérange quand il est omniprésent ; qu’il s’impose à nous avec toutes ses violences symboliques, et quand – surtout – il se risque à cette condescendance d’oublier de faire du cinéma parce qu’au fond il est au-dessus de cela. Eh bien ce n’est pas le cas de ce « Ce qui nous lie ». Ce film n’oublie pas de faire du cinéma. Ce film n’oublie pas de nous livrer une émotion qui se veut sincère. Alors après, certes, je ne le considère pas non plus ce film comme étant une œuvre mémorable de Klapisch ; ou bien comme un coup de cœur de l’année. Non. Malgré tout, il n’empêche que je trouve qu’il sait faire le job. Il a su me proposer quelques scènes que j’ai trouvées touchantes, drôles ou sensorielles. Et parce qu’il y a tous ces bons moments, et que tout le reste n’est pas hideux, eh bien au final – oui – j’adhère. Pas de chef d’œuvre pour moi donc. Mais un film qui se regarde, ce n’est pas si mal que cela non plus. Non ?...
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