Le Dossier Maldoror, nouveau long métrage du cinéaste belge Fabrice Du Welz, s'inspire librement de l'affaire Dutroux, nom du pédocriminel condamné pour viols et meurtres sur des fillettes et des adolescentes à Charleroi, en Belgique en 1996.
Dans ce film qui mêle habilement faits réels et fiction, Anthony Bajon incarne Paul Chartier, un jeune gendarme idéaliste, qui rejoint l'opération secrète "Maldoror" dédiée à la surveillance d'un suspect récidiviste. Confronté aux dysfonctionnements du système policier, il se lance seul dans une chasse à l’homme qui le fera sombrer dans l’obsession.
Anthony Bajon : un rôle à responsabilité
Fabrice du Welz a immédiatement pensé à Anthony Bajon pour le rôle de son protagoniste principal. Rencontré à l'occasion de la promotion du Dossier Maldoror, le cinéaste nous confie :
"J'ai été frappé par son interprétation dans le film de Cédric Kahn, La Prière. Depuis ce moment-là, j'ai gardé un œil sur lui et je l'ai suivi dans tous les films qu'il a faits. J'ai toujours pressenti quelque chose de fort, de très populaire et de très élégant en même temps chez lui. Il n'appartient pas à une chapelle, il n'est affilié à aucune obédience. Je pense qu'Anthony est capable de tout jouer. Très vite, j'ai pensé à lui pour le rôle de Paul.
Il se trouve qu'à l'époque, Manuel Chiche, le producteur, venait de travailler sur Teddy des frères Boukherma, et il m'a dit : 'Tu veux rencontrer Anthony ?' Nous nous sommes rencontrés, nous avons échangé. Je me souviens très bien de notre premier rendez-vous sur Zoom. Puis nous nous sommes vus en personne, et très vite, nous nous sommes dit que nous allions faire le film ensemble."
De son côté, Anthony Bajon précise : "C’était un immense honneur pour moi de me voir proposer ce rôle. Fabrice s’est présenté en me disant qu’il est Belge et souhaite faire un film sur l'histoire qui a traumatisé la Belgique. Donc il y avait une vraie responsabilité.
Ça demande une vraie implication. J'avais d'abord envie de rendre la confiance à Fabrice et que les Belges me trouvent crédible en Carolo en essayant de rendre un peu de dignité aux habitants de la région et aux Belges qui sont, encore aujourd’hui marqués par cette affaire."
Sofie Gheysens
Qui pour incarner Marc Dutroux ?
Si Anthony Bajon incarne avec intensité le jeune gendarme idéaliste, le rôle de l'antagoniste, Marcel Dedieu, apporte une tension oppressante au récit. Inspiré de Marc Dutroux, ce personnage complexe et glaçant a été confié à Sergi López, dont le casting s’est révélé être un choix déterminant pour le film, malgré un changement d’acteur en cours de production.
A l'annonce du projet en avril 2022, Fabrice Du Welz avait en effet confié le rôle de Marcel Dedieu à son compatriote Benoît Poelvoorde, avec lequel il avait déjà collaboré sur Adoration et Inexorable.
Le pacte
Dans les colonnes de Première, le réalisateur confiait d'ailleurs : "Mon ambition est de faire du cinéma, donc il est certain que le vilain qu'on va essayer de faire incarner à Benoît ressemblera plus au Frank Booth de Blue Velvet qu'à Marc Dutroux."
Lors de notre entretien, Fabrice Du Welz nous explique que Benoît Poelvoorde a finalement quitté le projet pour des raisons personnelles. Sergi López pour sa part, devait initialement incarner un personnage secondaire gravitant autour de Dedieu, ce qui représentait deux jours de tournage. Après le départ de Poelvoorde, le cinéaste a proposé au comédien espagnol de prêter ses traits au criminel.
"Je connais Sergi depuis dix ans. On a failli faire un film ensemble à l'époque, mais finalement, ça ne s'est pas fait. On s'était promis qu'on travaillerait ensemble un jour. Pour Maldoror, je l'ai appelé et je lui ai dit : "Je n'ai pas grand-chose, mais si tu veux, je peux te proposer un petit rôle." Il devait jouer un des personnages gravitant autour de Marcel Dedieu, à l'époque où Benoît était encore attaché au film. Sergi a accepté, il était vraiment très enthousiaste.
Sofie Gheysens
Et quand Benoît est parti pour diverses raisons, je me suis dit : "Je vais proposer le rôle à Sergi", et il a tout de suite été absolument conquis. Au final, j'ai trouvé ça plus simple. Parce que je pense que c'est compliqué pour un acteur belge d'avoir la responsabilité d'un rôle pareil, et je respecte cela entièrement.
C'est compliqué pour un acteur belge d'avoir la responsabilité d'un rôle pareil.
L'affaire Dutroux, c'était très loin pour les Espagnols. Sergi est Catalan, il est loin de tout ça. Il en avait entendu parler comme tout le monde, mais ce n'était pas une préoccupation : il n'y avait pas de responsabilité ou de charge mentale, en tout cas. Et puis Sergi est très simple. Il a pris ce rôle à bras-le-corps immédiatement, et la confrontation entre les deux était assez saisissante.
Pour moi, Sergi n'est jamais aussi bon qu'en méchant. Je pense qu'il a une force tellurique assez impressionnante, parce qu'il a une très forte humanité. Donc, quand il se met dans des rôles au service du mal, c'est toujours très impressionnant. On l'a vu dans Le Labyrinthe de Pan ou dans Harry, un ami qui vous veut du bien. Ce sont des rôles qui m'ont profondément marqué."
Sofie Gheysens
Et dans Le Dossier Maldoror, Sergi López incarne une figure d'ogre imposante et effrayante. Un personnage au final beaucoup plus proche du véritable Marc Dutroux que ce que le cinéaste souhaitait faire au moment où Benoît Poelvoorde était rattaché au projet. Le changement de comédien a donc au final servi le film puisqu'il accentue la partie réaliste du long métrage.
Dans le dossier de presse, Fabrice du Welz précise en effet : "Je suis un enfant de Tobe Hooper et je ne peux m'empêcher de penser à Massacre à la tronçonneuse en songeant aux dégénérés qui ont trempé dans l'affaire Dutroux. Et même si j'ai voulu aborder le personnage de Marcel Dedieu avec réalisme, Sergi López lui donne une puissance quasi fantastique."
Le Dossier Maldoror est à voir actuellement au cinéma.