Presence : Steven Soderbergh réinvente le film de fantômes, et c'est absolument passionnant
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Absent de nos salles de cinéma depuis 2018 et la sortie de "Paranoïa", Steven Soderbergh fait son grand retour avec "Presence", film de fantômes qui suit le point de vue du revenant. Et le résultat est fascinant, sur la forme comme sur le fond.

Ça parle de quoi ?

Une famille emménage dans une nouvelle maison, où une mystérieuse présence hante les lieux.

Presence
Presence
Sortie : 5 février 2025 | 1h 25min
De Steven Soderbergh
Avec Lucy Liu, Chris Sullivan, Callina Liang
Presse
3,3
Spectateurs
2,5
Streaming

Another Ghost Story

En mai 2013, Steven Soderbergh présentait au Festival de Cannes ce qu'il annonçait être son dernier film avant sa retraite, Ma vie avec Liberace. Un éloignement des plateaux de cinéma qui n'a pas fait long feu, puisque le réalisateur-scénariste-monteur-chef opérateur est vite revenu aux affaires et a depuis signé huit longs métrages. Dont deux seulement étaient passés par nos salles jusqu'à ce jour.

Si Presence est l'un des événements cinéma de ce début d'année 2025, c'est d'abord parce qu'il marque le grand retour de son auteur dans nos salles, dont il était absent depuis juillet 2018 et la sortie de Paranoïa.

Puis grâce à son concept alléchant, qui confirme ses envies régulières d'expérimentations. Car il s'attaque ici au film de fantômes, en ne suivant que le point de vue de l'esprit, condamné à hanter la maison dans laquelle il est mort.

Cela se traduit à l'écran par une succession de vrais plans-séquence (à un raccord invisible près, comme l'a avoué le metteur en scène), images un brin aériennes qui retranscrivent la manière dont le fantôme flotte au-dessus du sol, et se révèlent encore plus hypnotiques et/ou apaisantes dans une salle de cinéma, alors qu'il se balade d'une pièce à l'autre pour suivre la vie des nouveaux habitants de la maison. Dont son ancienne amie Chloe (Callina Liang).

Dulac Distribution

Même si le scénariste David Koepp (Mission : Impossible, Jurassic Park) est friand de ce type de concept, qui plus est dans un espace clos, l'idée originale vient de Steven Soderbergh, qui a vécu une histoire similaire :

"Quelqu’un est mort dans cette maison avant notre emménagement", raconte-t-il dans le dossier de presse. "La rumeur veut que la personne décédée dans cette maison soit une mère, tuée par sa fille. Nous étions au courant de cette rumeur lorsque nous l’avons achetée avec Jules."

"À partir de ce moment-là, il y a eu de temps en temps des moments bizarres où l’on se demandait si on avait bien éteint la lumière. Je ne me suis jamais senti menacé, je n’ai jamais eu peur. Je n’y prêtais pas vraiment attention. Et puis cela se serait probablement arrêté là si un incident n’était pas survenu...

Un soir, la 'house sitter' regardait la télé. Il y a un long couloir qui mène à la chambre, et cette personne a senti une sorte de présence, a levé les yeux et a vu la silhouette d’une femme traverser le bout du couloir pour entrer dans la chambre."

Ainsi est né ce projet original, qui se finit comme un thriller après avoir débuté comme un drame familial, avec son fantôme témoin de la crise du couple joué par Lucy Liu et Chris Sullivan ou de la manière dont Chloe vit le deuil de son amie, et ressent la peur de cette dernière d'être oubliée.

Si la partie policière permet de conclure l'histoire, elle s'avère moins intéressante que l'aspect humain, qui inscrit Presence dans la lignée du très beau A Ghost Story, qui jouait aussi avec les codes du genre.

Esprit, es-tu là ?

Au-delà de la forme, nouvelle et qui joue sur le ressenti du spectateur dans sa manière de modifier la grammaire cinématographique de ce type de récit, il y a le fond qui, en nous mettant à la place du fantôme, interroge le côté voyeuriste du public.

Et, par extension, celle du réalisateur, ce qui s'applique d'autant plus ici que Steven Soderbergh est, comme dans tous ses films, le directeur de la photographie et l'opérateur de la caméra (sous le pseudonyme de Peter Andrews). Donc c'est aussi avec son œil que nous suivons cette histoire.

La Presence du titre, c'est autant le fantôme que lui et nous. Et le metteur en scène fait du spectateur un acteur en lui permettant de lire entre les lignes ou dans le regard des acteurs, ou assister à des séquences que les gens extérieurs à cette famille ne perçoivent pas, pour lui permettre de comprendre et ressentir ce qu'il exprime en se passant de mots.

Sept ans après Paranoïa, revoir Steven Soderbergh dans nos salles de cinéma était une bonne nouvelle en soi. Mais ce retour l'est encore plus quand on voit à quel point Presence est passionnant, et on se réjouit de savoir qu'il sera déjà de retour le 12 mars avec le thriller d'espionnage conjugal The Insider, également écrit par David Koepp.

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