En 1967, René Goscinny et Albert Uderzo ont découvert avec stupeur plusieurs adaptations d’Astérix réalisées en secret… au point d’exiger la destruction des bandes. Retour sur une affaire méconnue qui a failli effacer une partie de l’histoire du célèbre Gaulois.
Aujourd’hui encore, les adaptations d’Astérix suscitent de nombreuses discussions. René Goscinny et Albert Uderzo, les célèbres auteurs des aventures du petit Gaulois, se sont toujours montrés particulièrement exigeants concernant les versions tirées de leur univers. Leur regard critique ne date d’ailleurs pas d’hier.
Des décennies avant l’arrivée de la série animée d’Alain Chabat sur Netflix consacrée au Combat des chefs (2025), les deux créateurs avaient déjà pris une décision radicale : faire stopper, puis détruire, plusieurs films d’animation inspirés de leur œuvre.
Une découverte faite totalement à leur insu
À la fin des années 1960, Albert Uderzo et René Goscinny apprennent avec surprise qu’un long-métrage animé intitulé Astérix le Gaulois a été produit sans qu’ils aient été consultés. Plus étonnant encore : un autre film était déjà en chantier et bien avancé.
Des années plus tard, en 2014, Uderzo revenait sur cet épisode : “Il y a eu deux films qui ont été faits par Georges Dargaud en cachette. Il ne voulait pas nous le dire tout de suite, il voulait nous faire la surprise.”
Selon lui, l’éditeur n’avait pas agi avec de mauvaises intentions, mais souhaitait simplement révéler le projet une fois terminé.
Une projection loin de convaincre les auteurs
Lorsque le premier film fut achevé, Georges Dargaud finit néanmoins par informer les deux artistes et les invita en Belgique, où le dessin animé avait été produit par Belvision.
Uderzo racontait : “Quand le premier film, Astérix le Gaulois, a été terminé, [Dargaud] a été obligé de nous le dire. Il nous a dit : ‘Je voulais vous faire la surprise, si vous voulez, on peut aller le voir en Belgique puisqu’il a été fait par Belvision.’ On était un peu étonnés, on s’est demandé pourquoi il nous avait caché ça, on aurait pu aider les gens si on avait su dès le départ. Enfin bon, c’était une idée de Dargaud. On est allés en Belgique et on a vu le film. On n’a pas été très enchantés devant la technique.”
Le résultat les laisse donc très mitigés. Malgré leurs réserves, Goscinny et Uderzo acceptent finalement que Astérix le Gaulois soit exploité.
“C’est épouvantable” : les films suivants condamnés
En revanche, les auteurs refusent catégoriquement que les productions en cours soient finalisées. Uderzo expliquait : “L’autre n’était pas terminé. Il était en cours, mais il n’était pas terminé. On a dit à Dargaud : ‘On est d’accord pour le premier parce que vous avez payé, mais le deuxième, vous ne le finissez pas. On n’en veut pas. Vraiment, au point de vue technique c’est épouvantable, c’est laid…’ Et on lui a demandé de détruire les bandes, ce qu’il a fait.”
Le projet visé était alors La Serpe d’or, adaptation du deuxième album d’Astérix. Mais ce n’était pas le seul film concerné. Comme l’a plus tard révélé Daniel Couvreur, journaliste au Soir, relayé par Radio France, un troisième long-métrage était lui aussi déjà très avancé : Le Combat des chefs. Tout comme La Serpe d’or, cette adaptation a finalement été abandonnée et les pellicules auraient été détruites à la demande des deux créateurs.
Athos Films
Une histoire finalement ressuscitée des décennies plus tard
L’album Le Combat des chefs connaîtra malgré tout une seconde vie à l’écran bien des années après cet épisode. En 1989, Astérix et le coup du menhir reprenait déjà une partie de son intrigue dans une nouvelle version animée.
Puis, des décennies plus tard, Alain Chabat s’est à son tour emparé de cette histoire en réalisant la série animée de 2025, à voir immédiatement sur Netflix et dont la bande-annonce est à découvrir ci-dessous.
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