Ce mardi 3 mars à partir de 21h05, France 2 diffuse Olympe, une femme dans la Révolution, sa nouvelle fiction historique événement qui revient sur la vie et les combats d’Olympe de Gouges, l’une des pionnières du féminisme en France.
Pour l’occasion, Julie Gayet, qui a réalisé le téléfilm avec Mathieu Busson, se glisse dans la peau de cette figure que des millions de français ont découvert lors de la cérémonie d’ouverture de Jeux de Paris 2024.
Dans le cadre du Festival de la fiction de La Rochelle, AlloCiné a rencontré la comédienne et son co-réalisateur afin de discuter de ce projet ambitieux.
D’où est venu l’idée de ce téléfilm ? Pourquoi avoir voulu centrer votre première fiction sur Olympe de Gouges ?
Julie Gayet : Avec Mathieu Busson, nous avons travaillé sur de nombreux documentaires portant sur la place des femmes dans le cinéma. En 2017, avec #MeToo et l'affaire Weinstein, il y a eu une libération de la parole des femmes qui a percuté le monde du cinéma.
Les américains ont eu Times Up, en France nous avons eu le collectif 50/50. Nous avons continué à faire des documentaires pour parler des femmes et des collectifs qui font des choses incroyables sur le terrain et dont on n'entend pas forcément parler.
Nous voulions parler des Gisèle Halimi et des Olympe de Gouges d'aujourd'hui qui sont là et qui se battent. Nous avons fini par en faire un livre, Ensemble on est plus fortes. Et c'est Christie Molia, la productrice, qui a eu l'idée de faire quelque chose autour d'Olympe de Gouges.
Elle représente la Révolution française, la République. C'est notre histoire. C'était les prémices du féminisme contemporain. Elle s'est donc imposée parce que son histoire fait écho aux problèmes d'aujourd'hui.
C'est ça qui nous intéressait. Parmi les effacés de l'histoire, c'était une des plus représentatives, notamment grâce à la déclaration des droits de la femme. Au début, nous ne voulions pas forcément un téléfilm spécifiquement autour d'Olympe de Gouges, mais plutôt autour des clubs de femmes.
Nous pensons que ce n'est pas juste une seule femme ou une seule figure, mais plutôt un moment et un mouvement. Mais c'est toujours plus facile pour le grand public de partir sur une seule figure.
Mathieu Busson : Même méconnue, c'est la seule qui a son buste à l'Assemblée Nationale. C'est la seule qui a été guillotinée pour des raisons politiques.
J. G. : C'était aussi important pour nous d'arriver à faire un film moderne. Nous ne voulions pas faire un film historique qui soit trop ampoulé ou trop scolaire. Nous voulions que les gens soient pris dans la fiction.
Notre but était qu'une jeune fille d'aujourd'hui puisse aussi se retrouver dans l'histoire d'Olympe, et puisse voir les parallèles avec tout ce qu'il se passe aujourd'hui dans le monde.
Dans le téléfilm vous avez la double casquette de réalisatrice et actrice. Qu’est-ce que ça a changé pour vous lors du tournage ? Et pourquoi avoir fait ce choix ?
J.G. : Je pense que s'ils ne m'avaient pas autorisé, je n'aurais pas accepté de le faire. Co-réaliser avec Mathieu, c'était vraiment important et c'est un vrai plaisir. Nous sommes très complémentaires. Il y avait quelque chose qui était très évident.
M.B. : Et puis Olympe de Gouges n'est pas juste un rôle en plus. C'est un investissement que Julie porte. Se glisser dans la peau d'Olympe, ça a du sens et ce n'est pas aberrant.
J.G. : Ce qui m'a convaincu, c'est que je me suis dit que ça irait plus vite. Nous n'avions pas beaucoup de temps pour le tournage, ça me permettait de ne pas avoir à expliquer des choses à une autre comédienne. Nous avions aussi une énorme pression.
Nous voulions faire quelque chose qui soit réussi et qui lui rende hommage. Nous n'avions pas le droit de nous tromper. Au début, j'étais épuisée parce que je faisais attention à tout, et puis je me suis dit qu'il fallait que je laisse Mathieu faire. C'était difficile.
M.B. : Julie était vraiment de tous les plans et de toutes les séquences donc ça demandait beaucoup de travail.
Quelle a été la plus grosse difficulté lors du tournage ?
M.B. : La difficulté était générale. Nous devions faire un film d'époque dans le temps imparti avec les moyens que nous avions. A tous les postes, les gens devaient être inventifs et devaient trouver des solutions.
Nous avons privilégié les décors déjà existants. Nous avons fait une force des faiblesses. Mais il est sûr que le manque de temps a été le plus dur. Mais finalement, ça ne ressent pas à l'écran.
J.G. : Tout le monde nous dit que ça ne se voit pas. Mais nous avons vraiment vécu le manque de temps. Nous avons tout adapté pour que ça se fasse dans le temps imparti. Nous avons fait des choix qui étaient dans nos engagements et dans nos valeurs. Par exemple, nous ne voulions pas fabriquer.
Cécile MELLA - MSVP - France Télévisions
La location de perruques coûte très chère. Et nous n'en voulions pas parce que nous voulions que ce soit moderne. Donc ça tombait bien. Nous avons donc fait des choix. Après, j'ai quand même eu une difficulté : les corsets. Les femmes qui étaient corsetées, étaient complètement entravées.
J'ai eu des problèmes de dos après le tournage. Avoir un corset une journée, c'est une chose, mais avoir un corset pendant un mois, s'en est une autre. A la fin, j'avais vraiment très mal au dos. Je me suis rendue compte que le corset était quand même une forme de violence. Mais oui, c'était surtout un ensemble de choses.
M.B. : Et tout s'est fait ensemble aussi. Toute l'équipe était solidaire et cherchait des solutions. Nous avions aussi pour volonté de faire une équipe paritaire. Et nous avons réussi à le faire. Nous en sommes fiers. Et les gens étaient aussi heureux de travailler sur un film qui raconte l'histoire d'Olympe, et qui porte sa parole.
Comment vous êtes vous préparé pour le téléfilms ? Avez-vous fait des recherches ? Avez-vous consulté des historiens ?
M.B. : Nous avons beaucoup lu. Nous avons aussi regardé les tableaux qui ont été faits sur elle. Nous avons visionné les films qui ont été réalisés pour voir ce qui a été bien fait, et ce que nous ne voulions pas refaire.
C'était une grosse préparation. Avec l'équipe, nous savions que nous devions tout faire rentrer dans 19 jours et demi de tournage. Nous devions donc savoir à la minute près ce que nous devions faire dans la journée.
J.G. : C'était passionnant de travailler sur l'histoire d'Olympe parce qu'il y a énormément de choses. C'était très intéressant mais en même temps, nous voulions aussi flouter les choses. La fiction s'empare de l'Histoire, et nous racontons l'histoire d'une femme mais nous ne sommes pas historiens. Nous voulions faire quelque chose de plus moderne.
Le téléfilm montre qu’Olympe était une féministe avant l’heure, mais qu’elle était aussi et avant tout une mère de famille aimante. Est-ce que c’était important de montrer cette facette ?
J.G. : Oui c'était important. D'ailleurs c'est sa faille. On voit bien qu'avec lui, tous ses principes volent en éclat. S'il faut faire des passe-droit, elle est d'accord avec ça. Sa dernière lettre, qui est authentique, est adressée à son fils.
C'était quelque chose de fort. Mais elle a réellement interféré pour le pistonner, pour qu'il soit un peu plus protégé et pour qu'il ait un meilleur poste. Mais lui refusait. Il était beaucoup plus radical et il voulait aller dans la lutte armée.
C'est toujours une question sur l'engagement : est-ce qu'il faut être extrême ou beaucoup plus nuancé ? Et là, on parle de son fils donc tout à coup ça prend corps. Et forcément, elle est beaucoup moins campée sur ses positions en ce qui le concerne.
Retrouvez Olympe, une femme dans la Révolution ce mardi 3 mars à partir de 21h05 sur France 2. La fiction est disponible gratuitement sur la plateforme france.tv.