Alors que de nombreux cinéphiles s’interrogent sur les industries qui renouvellent le langage du cinéma contemporain, Christophe Gans a une réponse toute trouvée. Pour le réalisateur français, connu notamment pour Le Pacte des loups, l’Inde est actuellement l’un des territoires les plus stimulants pour les amateurs de grand spectacle.
Parmi les œuvres qui l’ont le plus marqué ces dernières années, une se distingue particulièrement : RRR, la fresque spectaculaire réalisée par S.S. Rajamouli et sortie en 2022.
Une expérience de cinéma qui l’a profondément marqué
Le long-métrage plonge les spectateurs dans l’Inde coloniale et raconte l’affrontement entre un soldat redoutable et le défenseur d’une tribu menacée. Mais au-delà de son intrigue, c’est surtout la mise en scène du film qui a impressionné Christophe Gans.
Lors d’une rencontre organisée au Forum des images à Paris, le cinéaste n’a pas caché son enthousiasme.
“Ça a été un des plus grands chocs récents que j’ai eu en regardant un film. Parce que non seulement c’est un film qui ne ressemble à aucun autre, à aucune chose que l’on connaisse en Occident, mais il perpétue à sa façon la tradition du cinéma de Hong Kong.”
Pen Studios
Selon lui, la réussite de RRR repose notamment sur sa capacité à s’approprier un héritage cinématographique tout en le transformant.
“La force de [RRR], tient en grande partie à cet héritage qui s’est réinstallé de manière formidable. Car RRR (...) c’est l'assimilation culturelle parfaite d’une portion de l’histoire du cinéma par un nouveau genre, une nouvelle cinématographie, et ce qu’on voit à l’écran est absolument sidérant. (...) C’est un film merveilleux de mise en scène, un épatant film de trois heures, épique, délirant, il faut le voir pour le croire. Les scènes d’action dans RRR sont littéralement inoubliables, et elle montre clairement que l’expertise, aujourd'hui, elle est du côté de l’Inde.”
La rencontre avec S.S. Rajamouli
Fasciné par le film, Christophe Gans a rapidement souhaité entrer en contact avec son réalisateur. Une démarche qui l’a conduit à découvrir l’ensemble de sa filmographie avant de le rencontrer.
“(...) J’ai eu l’occasion de faire une grande interview avec Rajamouli. Car j’ai demandé instantanément à le voir et à lui parler. J’ai d’abord vu tous ses films, puis je l’ai appelé, on s’est vu et Rajamouli m’a confirmé (...) que Bruce Lee a été son dieu et que le cinéma de Hong-Kong a été l’alpha et l’omega de son idée du cinéma. Il m’a confirmé avec ses mots à lui ce que j’avais reconnu à travers son film.”
Pour Gans, cette influence du cinéma hongkongais est clairement perceptible dans RRR, même si elle a été réinterprétée à travers une identité proprement indienne.
Veeren -Christophe Clovis / Bestimage
Une industrie capable de se suffire à elle-même
L’admiration du réalisateur français ne se limite toutefois pas à ce seul long-métrage. Dans un entretien accordé à la chaîne Faim de Séances, il soulignait la vitalité globale de la production indienne.
“Mais il n’y a pas que [RRR], il y en a des dizaines d’autres. Et c’est un cinéma qui, comme le cinéma de Hong-Kong, n’a pas besoin du reste du monde. Certains films indiens – du moins, ceux qui marchent le mieux – arrivent à faire 50 millions de spectateurs en une semaine. (...) Ils sont auto-suffisants et ils ont créé quelque chose qui ne doit rien au cinéma occidental, mais beaucoup au cinéma de Hong-Kong.”
Une nouvelle vision du film d’action
Pen Studios
Pour Christophe Gans, le cinéma indien a progressivement développé sa propre manière de concevoir le spectacle, après avoir puisé dans diverses influences venues d’Asie.
“Ils ont réussi à l’absorber en commençant par mal le copier, puis rapidement en l’assimilant et en produisant leur propre conception de l’action. Ils ont reformaté le cinéma d’action à travers les légendes du Mahabharata. Ça tourne rapidement au film mythologique, donc je dirais que le cinéma indien est peut-être la forme la plus proche de ce qu’a été le péplum italien à une certaine époque.”
Une analyse qui résume parfaitement l’enthousiasme du cinéaste pour une industrie qu’il considère aujourd’hui comme l’une des plus créatives et audacieuses du paysage cinématographique mondial.
Noté 4,1 sur 5, RRR est à (re)découvrir dès maintenant sur Netflix.
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