John Wick et Matrix lui doivent beaucoup ! 30 ans après, ce film d'action du réalisateur du Pacte des loups est injustement oublié
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
S'il a vibré avec Stallone et Schwarzy, il a aussi été subjugué par Jackie Chan, Jet Li ou Donnie Yen. Dignes successeurs de Bruce Lee, ces 3 experts en arts martiaux ont révolutionné le genre. Vincent aime la castagne bien filmée et bien chorégraphiée ! Et les asiatiques sont les meilleurs pour ça.

Avant Le Pacte des loups, Silent Hill ou La Belle et la Bête, le réalisateur Christophe Gans mettait en scène son premier long-métrage en 1995. Le Français nous offrait un objet de cinéma devenu culte, mais injustement oublié.

Sorti dans les salles françaises le 24 avril 1996, Crying Freeman a suscité un engouement certain, rassemblant plus de 600 000 curieux en salles. C'est un joli chiffre, quand on sait que le réalisateur Christophe Gans mettait en scène son tout premier film, et que l'acteur principal, Mark Dacascos, était quasiment un inconnu à l'époque.

Crying Freeman
Crying Freeman
Sortie : 24 avril 1996 | 1h 40min
De Christophe Gans
Avec Mark Dacascos, Julie Condra, Rae Dawn Chong
Spectateurs
3,4
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Ancien rédacteur en chef du magazine Starfix et passionné de cinéma asiatique et de pop culture, Christophe Gans était tout désigné pour diriger cette adaptation du manga créé par Kazuo Koike et Ryôichi Ikegami en 1986.

Un assassin qui défie les codes

Après un générique stylisé à souhait, le récit nous emmène sur les hauteurs de San Francisco. Emu O’Hara, jeune femme solitaire, voit sa vie basculer lorsqu’elle assiste à l’exécution d’un gangster japonais. Le tueur, d’une beauté troublante, agit avec un sang-froid déroutant… avant de laisser couler une larme inattendue.

Juste avant de disparaître, il lui souffle un nom : Yo. De retour à Vancouver, encore hantée par cette scène, Emu couche sur toile le visage de cet inconnu qui l’obsède. Mais en devenant témoin clé, elle se retrouve au coeur d’un engrenage dangereux.

D’un côté, un clan yakuza dirigé par Shimazaki, bien décidé à venger la mort de son fils en utilisant Emu comme appât pour attirer le mystérieux assassin. De l’autre, l’inspecteur Netah, agent d’Interpol aux liens ambigus, tente de percer les secrets de la jeune femme, qui se mure dans le silence.

Enfin, plane l’ombre des 108 Dragons, une organisation secrète redoutable : Yo, leur exécuteur, surnommé "Freeman", reçoit l’ordre d’éliminer celle qui pourrait révéler son identité. Pris dans une toile de violence et de fascination, Emu et son bourreau semblent liés par un destin aussi dangereux qu’inexplicable.

Davis

Violence et esthétique

Influencé par le cinéma de John Woo, Christophe Gans s'inspire beaucoup de son illustre aîné pour nous offrir une mise en scène à la fois rythmée et poétique. Combats épiques, ralentis stylisés, le cinéaste s'amuse avec la caméra, sublimant la performance brillante d'un Mark Dacascos en état de grâce.

20 ans plus tard, Crying Freeman influencera lui-même un autre grand classique de l'action : John Wick. Keanu Reeves incarnera aussi un tueur insaisissables, adepte du Gun Fu et des mises à mort esthétisées. Certaines scènes évoquent aussi Matrix, 3 ans avant la sortie de l'oeuvre culte des Wachowskis.

La séquence finale avec Yo et Koh en costumes, portant des lunettes rondes, a sûrement inspiré Lana et Lilly Wachowski pour Neo et Morpheus. Fun fact, Koh est une sorte de mentor pour Yo, tout comme Morpheus l'était pour Neo. En VF, c'est Pascal Renwick qui prête sa voix à Koh, tout comme il doublera Morpheus 3 ans plus tard. Une étrange coïncidence !

Davis

Que ce soit au flingue, au katana ou au poignard, Mark Dacascos régale les fans, dynamitant au passage le cliché du héros d'action bodybuildé. Très fin et élancé, l'acteur offrait au public un physique différent, tout comme Bruce Willis avait pu le faire avant lui dans Die Hard. Ainsi, au début des années 90, ces personnages mettaient à la retraite les gros bras musclés à outrance de Stallone ou Schwarzenegger.

De plus, Yo n'est absolument pas un tueur ordinaire. Il est loin des stéréotypes du héros de film d'action. C'est un assassin contraint, qui pleure ses victimes. Ce contraste entre la machine à tuer et l'homme sensible qu'il est au fond de lui, confère au personnage une aura tragique très marquante.

Sensualité et érotisme

Par ailleurs, Crying Freeman n'est pas un simple film d'action. Un peu à la manière de Wong Kar Wai, il impose une sorte de sensuelle poésie à son récit, notamment dans sa façon de filmer les scènes d'amour, comme celle entre Yo et Emu, ou celle entre Lady Hanada et Netah (incarné par un étonnant Tchéky Karyo).

Entre polar, romance tragique, film d'arts martiaux et fresque érotique, Crying Freeman brouille les codes. Cette hybridation le rend unique, mais aussi déroutant, ce qui contribue souvent au statut de film culte. Au-delà de la violence, le long-métrage repose sur une tension sexuelle et émotionnelle constante entre Emu et Yo, donnant au récit une dimension presque opératique.

En restant très fidèle au manga d'origine, Christophe Gans n'a pas du tout cherché à en édulcorer sa violence stylisée ni son érotisme. Ce parti-pris était plutôt audacieux pour l'époque. 30 ans après sa sortie, Crying Freeman reste encore un objet de cinéma excessif, beau et étrange, qui assume pleinement son style et ses obsessions.

Si vous n'avez jamais vu cette oeuvre, on ne peut que vous conseiller de vous la procurer en Blu-ray, DVD ou VOD ! Vous ne le regretterez pas !

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