The Brutalist est l’un des chouchous de la saison des récompenses de 2025. Outre d’innombrables distinctions, le film a notamment remporté l’Oscar de la Meilleure photographie, celui de la Meilleure musique ainsi que celui du Meilleur acteur pour Adrien Brody le week-end dernier.
The Brutalist raconte l’histoire de László Tóth (Adrien Brody), un architecte hongrois qui fuit aux États-Unis pour recommencer sa vie. Un riche magnat des affaires lui propose de financer ses efforts, même si ses intentions ne sont peut-être pas aussi bien fondées que László le pensait à l’origine. The Brutalist résume la lutte de l’artiste afin de contrôler son projet et la façon dont les forces interférentes détruisent souvent la vision originale du créateur.
Complexe et traitant de thèmes sombres, le film n’est pourtant que le troisième long métrage du réalisateur de 36 ans, Brady Corbet. Ce qui est encore plus étonnant, c’est la trajectoire de la carrière de ce dernier.
D’enfant acteur…
Comme le rappelle Collider, la carrière de Brady Corbet a commencé en tant qu’enfant acteur, alors qu’il est apparu dans des séries comme Un Gars du Queens et Oliver Beene, avant de finalement décrocher le rôle principal dans le film Les Sentinelles de l’air de 2004. Pour ceux qui ont grandi au début des années 2000, Les Sentinelles de l’air (ou Thunderbirds en VO) peut rappeler quelques souvenirs. Le film a adapté sur grand écran le feuilleton britannique des années 1960, dirigé par des marionnettes. Les Sentinelles de l’air étaient une équipe de sauvetage composée de cinq frères, chacun pilotant un type différent de véhicule de sauvetage spécialisé dans un certain environnement, des fusées et stations satellites aux sous-marins. La série était avant tout un véhicule pour promouvoir les jouets, comme de nombreuses séries pour enfants, et le remake live-action de 2004 a tenté de faire entrer la franchise dans l’ère moderne en tant que blockbuster d’action à part entière.
Adapter un spectacle de marionnettes n’est jamais une valeur sûre, et le box-office médiocre des Sentinelles de l’air et ses notes de 19% sur Rotten Tomatoes et de 2 sur 5 sur notre site le confirment. Dans le film, Brady Corbet a incarné Alan Tracy, le plus jeune des cinq frères, désireux de prouver qu’il est digne de piloter une Thunderbird. Après que sa famille l’ait sous-estimé, il doit prendre les choses en main pour prouver qu’il est plus qu’un enfant jouant au héros. Bien qu’il ait été un échec, le film a toujours un certain charme pour les enfants de cette époque et bénéficie d’un casting de stars, avec Bill Paxton, une très jeune Vanessa Hudgens, ou encore Ben Kingsley dans le rôle du méchant.
Universal Pictures
… à réalisateur !
Après l’échec du film, Brady Corbet n’est pas vraiment tombé dans l’oubli, mais a eu du mal à décrocher des rôles principaux. Il est apparu dans plusieurs films à succès, comme Melancholia de Lars von Trier, et a joué aux côtés de Joseph Gordon-Levitt dans Mysterious Skin. Néanmoins, dans une interview accordée SeenSome en 2016, il a expliqué que jouer la comédie n’était pas une expérience très gratifiante pour lui sur le plan créatif : “Je pense que me regarder et entendre ma voix n’est pas une expérience très satisfaisante.”
Et c’est ainsi que seulement deux ans plus tard, il a sorti son premier film en tant que réalisateur, L’Enfance d’un chef avec Robert Pattinson, Bérénice Bejo et Liam Cunningham. Derrière la caméra, Brady Corbet a trouvé sa voie et semble s’intéresser vivement aux climats d’après-guerre, étant donné que The Brutalist se déroule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et L’Enfance d’un chef juste après la Première Guerre mondiale. S’en est suivi Vox Lux, avec Natalie Portman et Jude Law, qui racontait l’histoire d’une étoile montante qui se remettait d’un traumatisme de son enfance tout en se concentrant sur sa carrière professionnelle, une expérience qui a sans aucun doute fait écho à son propre passé.
Si chaque film est personnel pour un scénariste/réalisateur, The Brutalist incarne le parcours de Corbet tout au long de sa carrière jusqu’à présent. Dans une récente interview avec Screen Daily, il a expliqué comment le film est l’aboutissement de ses efforts dans l’industrie cinématographique : “Tout le film parle de cette idée de possession, et de collectionneurs qui veulent posséder non seulement l’œuvre d’art mais aussi l’artiste”, remarque Corbet sur les difficultés qu’il a rencontrées pour tenter de financer ses films au fil des ans, jusqu’à être obligé de travailler avec de “vrais sadiques” et de rencontrer des “oligarques” pour réaliser sa vision. Il est choquant d’entendre jusqu’où les créateurs doivent aller pour financer leurs efforts créatifs, un thème qui fait écho au combat de László Tóth dans le film.
Quel que soit le parcours épuisant pour y arriver, The Brutalist, pour lequel il a été nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur, est un véritable triomphe. Le film résume son expérience de réalisateur et le sentiment de perdre progressivement le contrôle de son propre travail. Le réalisateur est un excellent exemple de la façon de réussir sa transition d’acteur à réalisateur, prouvant que nos premiers échecs ne dictent pas nos succès futurs.
The Brutalist est actuellement à découvrir à l’affiche de votre salle de cinéma la plus proche.