Pour les plus cinéphiles, il fut l'incarnation même du Comte Dracula dans les classiques de l'épouvante de la Hammer. Inoubliable Scaramanga dans L'homme au pistolet d'or face à l'agent 007, Christopher Lee est aussi passé à la postérité — du moins auprès des jeunes générations — pour son incarnation du sorcier Saroumane dans la saga fleuve du Seigneur des Anneaux, chez Peter Jackson.
Acteur prolifique à la voix si grave et distinguée affichant au compteur plus de 230 rôles rien que pour le cinéma, ce géant d'1m98, grand fan de musique metal devant l'éternel au point même d'enregistrer un album de metal symphonique en 2010 à l'âge de 87 ans, était un authentique touche-à-tout. Acteur bien sûr, mais aussi producteur, orateur, musicien, chanteur d'opéra, photographe. Et même polyglotte.
C'est justement dans un français absolument impeccable que le comédien évoquait, dans une interview datée de 1969, et précieusement conservée par l'INA, le rôle qui avait fait sa gloire chez la Hammer.
"Je crois que je suis le seul, dans l'Histoire du cinéma, à avoir incarné Frankenstein, La momie, Dracula, Fu Manchu, Sherlock Holmes, Raspoutine..." commence-t-il, avant d'embrayer un peu plus loin sur le légendaire personnage créé par Bram Stoker. "J'ai bien sûr lu le roman de Bram Stoker quand j'étais très jeune, j'étais bouleversé, c'est évidemment un grand classique. Mais je crois qu'on avait jamais présenté à l'écran le comte Dracula comme il était, comme l'avait écrit l'auteur. Par exemple il avait la moustache. Au début du roman, il est très vieux, 70 ans, peut-être plus. Il devient, peu à peu, plus jeune, grâce au sang qu'il boit".
"J'espère que je le ferai..."
Et Lee de glisser le plus naturellement dans la discussion sa grande envie d'incarner à l'avenir "un rôle rêvé" : L'homme qui rit de Victor Hugo. "Le film a été fait en 1928, dans une version muette, par le grand acteur Conrad Veidt [...] J'aimerai bien tourner ce rôle, un jour... J'espère que je le ferai" dit-il. Son souhait restera hélas un voeu pieux, alors que sa carrière se poursuivra encore 45 ans après cette interview.
Lee a bien raison de rendre hommage à cet extraordinaire film signé par Paul Leni. Le récit se déroule en Angleterre, à la fin du XVIIe siècle. Le roi Jacques se débarrasse de son ennemi, le Lord Clancharlie, et vend son jeune fils, Gwynplaine, aux trafiquants d'enfants qui le défigurent. Le garçon s'enfuit et sauve du froid un bébé aveugle, Dea. Tous les deux sont recueillis par Ursus, un forain. Gwynplaine, baptisé "L'Homme qui rit", devient un célèbre comédien ambulant...
L'incarnation très habitée et impressionnante de Conrad Veidt sous les traits de Gwynplaine est aussi passée à la postérité parce qu'elle a été la source direct d'inspiration pour la création du personnage du Joker par Bob Kane.
Si vous n'avez jamais vu ce pur chef-d'oeuvre, il est disponible en DVD / Blu-ray.