"C'est un pauvre garçon, mais tant mieux s'il est heureux" : il y a 11 ans, Tarantino se faisait insulter par son réalisateur fétiche
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le regretté Jean-Luc Godard ne mâchait pas ses mots ! En 2014, il donnait son avis sur Tarantino et ne se gênait pas pour l'égratigner façon puzzle.

Ce n'est un secret pour personne, Quentin Tarantino est un fan absolu du cinéaste Jean-Luc Godard. Chef de file de la Nouvelle Vague, le réalisateur franco-suisse est une inspiration majeure pour le natif de Knoxville. Pour lui rendre hommage, Tarantino a même nommé sa société de production "A Band Apart", référence au film Bande à part de Godard (1964).

Cependant, depuis une dizaine d'années, le metteur en scène américain ne parle plus trop de son homologue. La raison à cela pourrait être une interview de Jean-Luc Godard accordé à France Inter en 2014. En effet, lors de cet entretien face au journaliste Patrick Cohen, le réalisateur de Pierrot le Fou n'a pas été tendre avec Tarantino.

Bande à Part
Bande à Part
Sortie : 7 janvier 2003 | 1h 35min
De Jean-Luc Godard
Avec Anna Karina, Claude Brasseur, Sami Frey
Spectateurs
3,5
Streaming

Tarantino en prend pour son grade

Après avoir allumé un cigare et tiré une bonne bouffée, Godard répond à la question avec la désinvolture et le franc-parler qui ont fait sa réputation. "Tarantino vous adore, il revendique votre influence, il a baptisé sa société A Band Apart...", commence Patrick Cohen, interrompu par le metteur en scène.

"Il n'a rien payé", assène Godard. "Il vous intéresse, Tarantino ?", questionne alors le journaliste. "Non, absolument pas", poursuit le cinéaste, avec flegme. "Comme on disait au 18ème siècle, c'est un faquin. Un pauvre garçon, mais tant mieux s'il est heureux. Autrefois, c'est le genre de gens qu'on détestait. Mais plus maintenant. On laisse aller", a conclu Jean-Luc Godard, acerbe.

Comme on disait au 18ème siècle, c'est un faquin. Un pauvre garçon, mais tant mieux s'il est heureux.

Tarantino n'y croit pas

Au Festival de Cannes 2014, un journaliste de Canal+ a demandé une réaction à Tarantino lors d'une conférence de presse. "Jean-Luc Godard vous a insulté, il vous a traité de 'pauvre garçon' et de 'faquin', ce qui signifie un homme sans valeur en français. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?", a-t-il questionné.

"Eh bien, je n'arrive pas à croire qu'il ait effectivement dit ça. Alors à moins que vous m'apportiez une preuve irréfutable ou qu'il me le dise en face, je suis obligé de conclure que vous exagérez", a répondu Quentin Tarantino, bottant en touche, ne voulant sûrement pas écorner l'image de son cinéaste fétiche.

Eh bien, je n'arrive pas à croire qu'il ait effectivement dit ça. Alors à moins que vous m'apportiez une preuve irréfutable ou qu'il me le dise en face, je suis obligé de conclure que vous exagérez.

Par la suite, le réalisateur a sûrement dû voir la séquence en question car il n'a plus trop reparlé de Godard, sans doute blessé par cette insulte de la part d'un confrère qu'il estimait beaucoup. Décédé en 2022 à l'âge de 91 ans, le cinéaste franco-suisse au phrasé inimitable aura marqué l'Histoire du cinéma de son empreinte, notamment avec les films À bout de souffle ou Le Mépris, considérés comme ses plus grandes oeuvres.

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