Ce soir à 21h00, Arte diffuse un classique du western : Le Vent de la plaine, réalisé par John Huston, et porté par Burt Lancaster, Audrey Hepburn, Audie Murphy, John Saxon et Lillian Gish. Mais saviez-vous que Huston s'était mis tout le monde à dos sur le tournage ? Un indice : il boudait, et voici pourquoi.
Un succès à tout prix
MGM
Initialement, le film doit être dans la lignée de Bronco Apache (1954), déjà avec Lancaster, et selon son scénariste, étudier "les relations entre les gens et les Indiens et (...) un environnement absolument hostile avec certains des Indiens les plus féroces que ce pays ait jamais produits". Lorsqu'il arrive aux commandes, John Huston réécrit une partie de ce sujet pour en faire "un sujet sur le racisme dans une ville frontière et commenter la nature réelle de la 'moralité' des communautés [de l'époque]."
Sauf que quelqu'un va se mettre en travers de ce projet. Quelqu'un qu'on appelle le producteur. En effet, le film est financé par Hecht-Hill-Lancaster, la firme entre autres de Burt Lancaster, star du projet. Et au moment de tourner Le Vent de la plaine, "HHL" a vraiment besoin d'un succès en salles après les échecs successifs de Take a Giant Step, The Rabbit Trap, Summer of the Seventeenth Doll et Cry Tough, tous les quatre sortis en 1959.
John Huston boude
The Dick Cavett Show
Le scénario du Vent de la plaine est donc revu pour atténuer le sujet du racisme et mettre en avant l'aspect spectaculaire afin de faire du film une réussite au box-office. Le projet devient, selon John Huston, "un film de cape et d'épée sur un pionnier plus grand que nature". Plutôt que de partir, le cinéaste choisit de rester malgré ce changement de direction. Son biographe entre autres diront qu'il avait bien besoin de son salaire de 300 000 dollars pour restaurer son manoir irlandais. Sauf qu'il va bouder.
Cité dans Against type : the biography of Burt Lancaster de Fishgall, Gary, le photographe de plateau Inge Morath déclare que : "La moitié du temps, [Huston] n'avait pas la tête à diriger le film", et le scénariste John Gay va plus loin : "Sur ce film, c'était un vrai crétin. Il montait les gens les uns contre les autres. Il était exigeant et vraiment méchant. (...) [Sur Le Vent de la plaine], je ne l'ai jamais vu discuter avec un acteur. Les gens lui demandaient de temps en temps son avis après une prise et il répondait souvent 'Recommence'."
Et pourtant... un succès
Cerise sur le gâteau, Burt Lancaster et lui se heurtent souvent, le premier ayant des velléités de dire au second où placer la caméra. Le film se termine sous tension, et John Huston écrira dans son autobiographe à son propos : "Certains de mes films ne me plaisent pas, mais Le Vent de la plaine est le seul que je n'aime vraiment pas. Malgré quelques bonnes performances, le ton général est pompeux et exagéré."
Cyniquement, Le Vent de la plaine "nouvelle version" sera effectivement le succès espéré par la firme Hecht-Hill-Lancaster, avec près de 9 millions de dollars récoltés sur le sol américain pour un budget estimé à 3 millions.