Benicio del Toro, Michael Cera, Tom Hanks, Riz Ahmed, Benedict Cumberbatch, Bill Murray, Charlotte Gainsbourg, Mathieu Amalric, Scarlett Johansson, Bryan Cranston... Dire que le casting d'un film de Wes Anderson est impressionnant relève aujourd'hui du pléonasme, tant il est devenu normal de voir les acteurs se presser pour passer devant sa caméra, même dans des rôles secondaires.
Sans forcément atteindre le sommet de The French Dispatch, qui profitait du fait d'être découpé en trois histoires distinctes permettant de multiplier sa distribution, The Phoenician Scheme ne déroge pas à la règle et a encore offert au Festival de Cannes, dont le metteur en scène est désormais l'un des habitués, l'un de ses plus beaux tapis rouges avant qu'un visage ne se démarque pendant la standing ovation qui a suivi la projection : celui de Mia Threapleton, révélation du long métrage.
Si elle incarne l'un des trois personnages principaux de cette histoire de relation entre un père et sa fille sur fond d'espionnage industriel, la comédienne est pourtant le moins connu des membres du casting. Beaucoup moins que sa mère en tout cas car, comme son nom ne l'indique absolument pas, Mia Threapleton n'est autre que la fille de Kate Winslet, récompensée par l'Oscar de la Meilleure Actrice en 2009 pour The Reader, et vue à l'affiche de deux des cinq plus gros succès de tous les temps (Titanic et Avatar 2), rien que ça.
C'est d'ailleurs à ses côtés et à la cour de Louis XIV que Mia Threapleton fait ses débuts au cinéma, en 2014. Née le 12 septembre 2000, le fille aînée de Kate Winslet, née de son union avec le réalisateur Jim Threapleton, vient tout juste de fêter ses 14 ans lorsque le drame historique Les Jardins du roi, mis en scène par Alan Rickman, est présenté au Festival de Toronto le lendemain, quelques mois avant sa sortie en France.
Interprète d'Hélène, son rôle est trop réduit pour que les médias la remarquent alors, et il restera sans suite jusqu'au début de la décennie suivante. Mais la future Liesl de The Phoencian Scheme sait déjà, à force de s'être rendue sur des plateaux de tournage, qu'elle veut suivre les pas de sa mère, tout en se défendant d'avoir été poussée par cette dernière : "J'ai vraiment pris cette décision toute seule", a-t-elle raconté à Elle pendant le Festival de Cannes. "Je n'ai pas été influencée sur ce que je voulais faire. J'ai découvert mon amour du cinéma par moi-même."
"J'ai découvert mon amour du cinéma par moi-même"
"Mais quand je lui ai dit ce que je voulais faire - je devais avoir une dizaine d'années - je me souviens qu'elle m'a répondu 'Oh, je croyais que tu voulais devenir biologiste marine. Ce n'est plus ce que tu veux ?' Quand je lui ai dit que je voulais être actrice, elle m'a dit 'C'est génial, fais-le. C'est un travail très difficile.' Ce qui est vrai, mais je suis reconnaissante que les choses se soient déroulées de cette manière, car cela signifie que toutes mes expériences me sont propres."
Des expériences qui reprennent pendant le Covid, avec le thriller horrifique Shadows, jamais sorti en France alors qu'elle y tient le rôle principal, puis sur petit écran. Et, pour de bon, aux côtés de Kate Winslet (et de son demi-frère Joe Anders), dans un épisode de la série anthologique I Am..., collection de portraits de femmes où Mia Threapleton incarne une ado de plus en plus accro aux réseaux sociaux, dans ce qui constitue son rôle le plus actuel à ce jour.
On ne sait en effet pas si c'est lié au fait d'avoir débuté dans un film dont l'action se situe à l'époque de Louis XIV, mais Mia Threapleton accumule les voyages dans le passé grâce aux projets qu'elle se met à enchaîner : la nouvelle adaptation télévisuelle des Liaisons dangereuses qui la propulse aux XVIIIè siècle et dans la peau de Rose (personnage créé pour l'occasion) ; la série d'Apple TV+ The Buccaneers, où elle commence à vraiment se faire remarquer grâce à cette histoire de quatre jeunes femmes américaines qui débarquent dans l'Angleterre de 1870 pour y trouver un mari (et, accessoirement, dynamiter les conventions en place) ; et Le Jeu de la Reine.
Universal Pictures International France
Si elle n'est pas présente au Festival de Cannes 2023 pour présenter, en Compétition, ce drame historique signé Karim Aïnouz dans lequel Jude Law et Alicia Vikander délivrent des prestations de haut vol dans les rôles respectifs du Roi Henri VIII (1491 - 1547) et de sa sixième et dernière épouse Catherine Parr, ça n'est que partie remise pour Mia Threapleton. Qui prend une bonne partie de la lumière des projecteurs braqués sur The Phoenician Scheme deux ans plus tard.
Si sa filiation avec Kate Winslet était mise en avant lorsque la bande-annonce avait été dévoilée et que le public se demandait qui était cette actrice inconnue au milieu de tous ces visages familiers, c'est bien grâce à sa prestation qu'elle fait parler d'elle sur la Croisette. Elle incarne Liesl, fille de l'industriel Anatole 'Zsa-Zsa' Korda (Benicio del Toro), qui renoue avec son père alors qu'elle est devenue nonne et qu'il vient de réchapper à la sixième tentative d'assassinat à son encontre, dans l'Europe des années 1950.
Un nouveau saut dans le passé pour la comédienne dont le timing comique, associé à un visage impassible en toutes circonstances, fait des ravages au coeur de ce récit d'aventures qui convoque aussi bien Tintin qu'Ingmar Bergman, orchestré par un Wes Anderson plus inquiet que jamais du monde qui l'entoure et auquel il fait référence dans son douzième long métrage. Au milieu de ce chaos millimétré, Mia Threapleton fait plus que tirer son épingle du jeu et s'affirme déjà comme l'une des révélations cinéma de l'année 2025.
Kate Winslet bientôt chez Wes Anderson ?
A tel point que l'on a hâte de savoir ce que l'avenir lui réserve, en plus de la saison 2 de The Buccaneers, attendue à partir du 18 juin sur Apple TV+. Car nul doute que ce passage remarqué chez Wes Anderson devrait attirer sur elle l'attention d'autres grands réalisateurs. A moins qu'elle ne réussisse à convaincre sa mère de venir faire un tour dans l'univers de l'auteur de Moonrise Kingdom : "Lorsque je lui ai dit que j'avais décroché le rôle, elle était incroyablement excitée", nous dit-elle après avoir éclaté de rire lorsque nous lui avons fait cette suggestion.
"J'étais dans un train et nous étions toutes les deux très excitées. Je pleurais même et mes mains tremblaient. Mais oui, il va falloir que je lui parle de travailler avec Wes Anderson." On imagine déjà le résultat, et il ne peut qu'être bien.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 17 mai 2025